Faits Divers

Pédophilie - Francis Evrard demande à être castré définitivement

Bastien Bonnefous, le lundi 19 octobre 2009 à 04:00

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Pédophile multirécidiviste de 63 ans, Francis Evrard a écrit à Nicolas Sarkozy pour lui demander d’autoriser sa castration physique. Accusé de l’enlèvement et du viol d’Enis, 5 ans, en août 2007, il doit être jugé lundi prochain par les assises de Douai.

Ultime provocation ou véritable geste de désespoir ? Déjà condamné à trois reprises depuis 1975 pour des viols sur mineurs et des attentats à la pudeur, Francis Evrard, 63 ans, semble vouloir mettre un terme définitif à sa dangerosité.

Détenu depuis son arrestation en août 2007, il vient d’écrire à Nicolas Sarkozy pour demander à « subir une ablation des testicules par chirurgie ». « Je souhaiterais avoir votre accord […]. Je sais que cela se fait au Canada et c’est sans appel. De toute façon, à mon âge actuel, je n’en souffrirai pas et cela empêchera mes tendances envers les enfants », explique Francis Evrard dans une lettre lue vendredi par son avocat, Me Jerôme Pianezza.

« Il se fout de la gueule du monde ! »

Cet appel au président de la République (1) intervient quelques jours avant son procès devant la cour d’assises de Douai. Francis Evrard doit comparaître à partir du 26 octobre pour l’enlèvement, la séquestration et le viol d’Enis, un garçon de 5 ans, qu’il avait kidnappé en août 2007 à Roubaix, peu après sa sortie de prison (lire ci-contre). Pour ces faits, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

La famille de l’enfant considère que cette demande de castration n’est qu’une nouvelle provocation du pédophile multirécidiviste. « Je pense qu’Evrard se fout de la gueule du monde. Pourquoi demande-t-il la castration neuf jours avant son procès ? Il essaie de se faire passer pour un martyr, c’est un manipulateur. Je suis énervé et en colère », a fortement réagi Mustafa Kocakurt, le père d’Enis, samedi. Pour son avocat, Me Emmanuel Riglaire, la lettre d’Evrard « est de la stratégie » parce que ce dernier « sait que (la castration physique) n’est pas possible en France, car contraire à la dignité humaine ». « Il s’attend à être condamné à perpétuité, alors, il commence sa défense », estime-t-il.

Pour son avocat, Evrard veut « stopper tout ça »

Me Jérôme Pianezza, le défenseur de Francis Evrard, veut croire, lui, en la sincérité de son client. Rencontré par France-Soir vendredi à Lille, il assure qu’Evrard « a conscience de ce qu’il est ». « Il est très malade, c’est un pédophile profond, et il le sait », explique-t-il. Détenu placé à l’isolement depuis deux ans, Francis Evrard « est un homme immensément seul ». « Il n’a plus de famille, il ne voit personne à part les surveillants, il traverse des phases de profond abattement, avec parfois des idées très noires, très radicales », précise Me Pianezza. La castration physique ? Ce ne serait pas la première fois qu’il y pense. « Il réfléchit avec ses moyens pour comprendre comment stopper tout ça. Il lui est souvent arrivé d’évoquer avec moi la castration définitive. »
Décrit par les experts psychiatres comme « un être sexuellement pervers, prédateur, pédophile, et conscient de ses actes », Francis Evrard avait entamé en 2004 durant sa détention un traitement hormonal de castration chimique. Traitement stoppé, selon ses dires, par le psychiatre de la maison d’arrêt. Faux, avaient répondu après enquête les services sociaux de la pénitentiaire, qui reprochaient à Evrard sa démarche dans le seul but de bénéficier d’un aménagement de sa peine, lui-même n’hésitant pas au contraire à évoquer son envie de trouver une femme une fois libre, et s’il le fallait de prendre du Viagra.

Sorti de prison, il prend du Viagra

Promesse tenue puisque le sexagénaire s’était fait prescrire du Viagra par le médecin de la prison de Caen quelque temps avant sa sortie en juillet 2007. Le jour de l’enlèvement et du viol d’Enis, il avait avalé un cachet à son réveil. « Evrard n’est pas malade, on ne peut pas le soigner, il aime violer les enfants, il n’arrêtera jamais », estime Mustafa Kocakurt, le père d’Enis, qui attend de la justice que l’agresseur de son fils « paye et ne sorte plus jamais de prison ». Enis, qui a sept ans aujourd’hui, est « assez perturbé » et « fait beaucoup de cauchemars la nuit » parce qu’il « commence à prendre conscience de ce qui lui est arrivé », a expliqué son père.

(1) L’Elysée n’a pas donné suite, mais dans un entretien au Figaro vendredi, Nicolas Sarkozy a indiqué que les criminels sexuels considérés comme dangereux ne pourraient sortir de prison, une fois leur peine accomplie, que s’ils s’engageaient à subir une castration chimique. Cette obligation figurera dans le projet de loi contre la récidive, examiné au Parlement le mois prochain.

 


Six semaines après sa libération, Evrard récidivait

Le 15 août 2007, à midi, Francis Evrard enlève Enis, 5 ans, à Roubaix. L’enfant jouait devant chez lui, non loin d’une braderie organisée dans la ville ce jour férié. Evrard et l’enfant prennent le bus, puis un taxi, et arrivent vers 14 heures dans un box de garage loué par le pédophile. C’est là qu’Enis, drogué au Lexomil, va être violé à plusieurs reprises par Evrard qui le menace d’un couteau. Le calvaire d’Enis prendra fin à minuit lorsque la police investit les lieux, grâce à plusieurs témoignages de riverains et au déclenchement du plan Alerte-Enlèvement. Placé en garde à vue, Francis Evrard reconnaît intégralement les faits.

Son crime intervient moins de sept semaines après sa sortie de prison à Caen. Le 2 juillet 2007, il a bénéficié d’une remise de peine de sept ans, qui lui permet d’être libéré après vingt ans de détention pour un viol sur mineur commis en état de récidive en 1987. Afin d’éviter toute récidive, il est placé sous surveillance judiciaire et doit se soumettre à un traitement anti-hormonal. Au contraire, le sexagénaire se fait prescrire une boîte de Viagra par le médecin de la prison de Caen – ce dernier comparaîtra comme « témoin assisté » au procès de Douai la semaine prochaine.

Evrard a également pour obligation de résider dans « un lieu déterminé ». Dès le 1er août 2007, il retourne dans sa ville natale de Roubaix. Logeant un temps à l’hôtel, il s’installe dans un box loué depuis plusieurs années pour entreposer les meubles de sa mère décédée. A aucun moment, il n’informe les autorités judiciaires de ces changements de domicile.

Edition France Soir du lundi 19 octobre 2009 page 9

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