FRANCE-SOIR. En 1995, Dieter Krombach a été condamné par contumace à quinze ans de prison. Quel souvenir gardez-vous de ce procès ?
Me FRANÇOIS GIBAULT. Je me rappelle surtout que, dans un premier temps, le procès a été ajourné, sans que je sois consulté. Je me souviens parfaitement d’avoir rencontré, alors que je me rendais dans le bureau du président Wacogne (NDLR : président de la cour d’assises de Paris), un haut fonctionnaire allemand – peut-être était-ce même l’ambassadeur d’Allemagne ? – qui exigeait ce report d’audience. Heureusement, le procès s’est néanmoins tenu une quinzaine de jours plus tard.
Absent du procès, condamné donc par contumace, Dieter Krombach a fait l’année suivante, en 1996, l’objet d’un mandat d’arrêt international. Pourquoi n’a-t-il jamais été arrêté ?
Cet homme a bénéficié de soutiens extraordinaires, considérables, tant en Allemagne qu’en France ! Lorsque je me suis inquiété de savoir où en était la procédure, le procureur général de l’époque, Jean-François Burgelin, m’a clairement dit avoir reçu des instructions de la Chancellerie pour que le mandat d’arrêt international ne soit pas diffusé et qu’il reste au dossier. C’est un scandale absolu ! Le pouvoir politique a donné instruction au pouvoir judiciaire de mettre son chapeau sur le dossier !
Le Dr Krombach a été condamné pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner ». La justice ne disposait-elle d’aucune preuve attestant un éventuel viol commis sur l’adolescente ?
Lorsque la petite Bamberski a été découverte morte près de Constance, des médecins légistes allemands ont pratiqué une autopsie. Ils ont prélevé les organes génitaux de l’enfant et les ont placés sous scellés. Lorsqu’en 1985 une contre-expertise a été réalisée à la demande de la famille, les experts ont réclamé aux Allemands ces scellés. Le tribunal de Kempten leur a répondu qu’ils avaient disparu.
Pensez-vous le père de Kalinka responsable de ce rebondissement à Mulhouse, vingt-sept ans après la mort de sa fille ?
Tout ce que je sais, c’est que c’est le combat de sa vie. Peut-être certains se disent-ils que, lorsque la justice ne fait pas son travail, on pourrait avoir tendance à se faire justice soi-même. Si c’est le cas ici, cet homme s’est contenté de livrer le coupable de la mort de son enfant à la justice, sans lui nuire autrement. En quelque sorte, c’est un bel hommage à l’idée qu’il se fait de la justice.
Le Dr Krombach est un justiciable… comme un autre
P.-A. S.
La justice française peut-elle juger un fugitif illégalement enlevé en Allemagne ? Oui, si l’on se réfère à l’abondante jurisprudence de la Cour de cassation, la plus haute juridiction française. Le Dr Dieter Krombach, enlevé en Allemagne dans des conditions non encore connues, a été retrouvé dimanche à Mulhouse pieds et poings liés par la police à la suite d’un appel anonyme. Ce ressortissant allemand était recherché depuis sa condamnation, en 1995, à quinze ans de réclusion pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Une découverte qui tombe à pic.
« La procédure pénale est enclenchée quand la personne se trouve sur le territoire français », a expliqué mardi à France-Soir un magistrat parisien. En clair, peu importe comment elle est arrivée en France ; dès qu’elle s’y trouve, elle est appréhendée. La justice a eu à connaître des cas similaires comme ceux du nazi Klaus Barbie, expulsé en 1983 de Bolivie en France où il était recherché, ou du terroriste Carlos, remis aux autorités françaises en 1995 par les autorités soudanaises. En février 1963, le colonel Argoud, membre de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), avait été enlevé en Allemagne par des inconnus, avant d’être retrouvé, ligoté dans une voiture, à quelques mètres du Quai des Orfèvres. La plus haute juridiction avait constaté que son arrestation avait été légale au vu du mandat d’arrêt dont il faisait l’objet.


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