Faits Divers

Affaire Flosse - Le sénateur expédié nuitamment à l’ombre

Samy Mouhoubi, le mercredi 11 novembre 2009 à 04:00

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L’ex-président de Polynésie a été écroué lundi dans la soirée. Impliqué dans un véritable « pacte de corruption », selon les termes du parquet de Papeete, l’élu, 78 ans, avait été mis en examen, le 30 septembre, pour « corruption passive », « recel d’abus de biens sociaux », et « complicité de destruction de preuves ».

De l’atoll à la taule. Des ors du Sénat à la paille humide des cachots. Moins d’une semaine après la levée de son immunité parlementaire, Gaston Flosse, le sénateur polynésien divers droite (DVD), a été placé, mardi, à Tahiti, en détention provisoire dans le cadre d’un vaste dossier de corruption dite « affaire des annuaires de l’Office des postes et télécommunications » (OPT). Des malversations consécutives à un véritable « pacte de corruption », selon les termes de la justice locale, mis en place par l’inoxydable élu, titulaire de plusieurs mandats électoraux. Selon le parquet de Papeete, il aurait passé sa première nuit en prison dans des conditions « compatibles avec son âge et son état de santé ».

L’ancien président polynésien, 78 ans, dont le rôle est qualifié de « central » au sein d’un véritable « pacte de corruption » par José Thorel, le procureur de la République de Papeete, est soupçonné d’avoir bénéficié, dix ans durant, pour lui-même et le Tahoera’a Huiraatira, son parti, de substantiels versements d’anciens responsables de l’OPT, ainsi que de 2H, un groupe chargé de la publicité de l’annuaire officiel de la Polynésie (lire notre édition électronique du 4 novembre). L’homme à la chevelure argenté est en outre fortement soupçonné d’avoir favorisé en contrepartie l’attribution à cette même société des régies publicitaires de l’OPT, d’Air Tahiti Nui (ATN) et de Tahiti Nui Télévision, la chaîne du Territoire.

Fervent soutien de Jacques Chirac, dont il répète inlassablement le nom en guise de mantra, l’ancien secrétaire d’Etat chargé du Pacifique Sud dans le premier gouvernement de cohabitation de 1986-1988, avait été mis en examen, le 30 septembre, pour « corruption passive » et « recel d’abus de biens sociaux » ce qui lui avait été signifié dans le cabinet de Philippe Stelmach et Jean-François Redonnet, les juges d’instruction chargés de démêler les contours sinueux de malversations présumées entamées dès 1993.

« Bienvenue au vieux lion »…

L’incarcération de Gaston Flosse devenait inévitable une fois son immunité passée à la trappe. Depuis le printemps dernier, l’enquête s’approchait de lui dangereusement. Le Sénat avait autorisé, en juillet, sa garde à vue, quarante-huit heures, tout en rejetant les autres demandes coercitives des deux magistrats instructeurs. L’homme fort de Polynésie avait été entendu, le 24 juillet, à Nanterre (Hauts-de-Seine), onze longues heures. Or le même bureau du Sénat avait refusé, le 15 septembre, de statuer sur une nouvelle demande de la justice, estimant les mesures envisagées par les juges Stelmach et Redonnet « imprécises et insuffisamment motivées ». Jusqu’à ce que l’immunité de l’élu, sénateur depuis 1998, vole en éclats voilà une semaine. Gaston Flosse avait en outre été auditionné par les deux magistrats, le 20 octobre, une convocation qualifiée par Me François Quinquis, l’un de ses avocats, de « tout à fait détendue, émaillée quelquefois d’éclats de rires »…

Moins enjouée, mine blême, le rictus forcé, Gaston Flosse a été prestement dirigée, lundi à la tombée de la nuit, vers la prison de Nuutania, à Faa’a, dans la banlieue de Papeete, un cortège d’indéfectibles soutiens à ses côtés. Des dizaines de militants du Tahoera’a Huiraatira l’ont accompagné jusqu’à l’entrée de la prison. Chauffée à blanc, la foule, tunique virginale, ne s’est pas privée de prier, redoublant de cantiques sonores, en lançant moult invectives destinées à « la France et sa justice ». Harangués par certains cadres du parti de Gaston Flosse, les adhérents ont battu la semelle, tout l’après-midi, sous les fenêtres du palais de justice de Papeete, symbole désormais honni des partisans de « M. Gaston », jusque-là insubmersible.

Son audition par le seul juge Stelmach s’est déroulée deux heures durant. Interrogatoire à l’issue duquel il a aussitôt été présenté à un juge des libertés et de la détention (JLD), lui ayant signifié son placement en détention provisoire. Le sénateur déchu est sorti par une porte de service, afin d’« éviter les débordements », a précisé le procureur Thorel, conscient du comité d’accueil encerclant dangereusement les abords du tribunal. Par précaution, plusieurs dizaines de policiers et gendarmes ont été prudemment placés tout le long du parcours reliant le palais de justice à la maison d’arrêt. Sur place, l’impétrant a été intronisé par ses nouveaux compagnons d’infortune aux cris de « le vieux lion est en prison » et « bienvenue au vieux lion »…

Enveloppes en liquide

Selon plusieurs sources judiciaires, son placement en préventive a été décidé afin de contrer d’éventuelles pressions et concertations entre l’influent sénateur et l’homme d’affaires Hubert Haddad, le patron de 2H, à l’ombre, lui aussi, depuis le 27 avril, mis en examen pour « corruption active ». Melba Ortas, son ancienne secrétaire particulière, extraite de prison le 5 octobre, après plusieurs mois derrière les barreaux, avait été mise en examen pour « recel d’abus de biens sociaux », « abus de confiance » et « corruption active ». Selon toute vraisemblance, les confrontations entre les principaux protagonistes de ce vaste dossier de corruption devraient être organisées dans les prochains jours. Hubert Haddad et Jeffrey Salmon, l’ancien patron de l’OPT et d’ATN, également écroué depuis plusieurs mois, devaient être auditionnés mardi en fin de journée. Les juges Stelmach et Redonnet prévoient d’interroger dans les tout prochains jours Gaston Flosse, en présence d’Hubert Haddad et de Michel Yonker, l’ex-bras droit de ce dernier et l’indispensable mais peu diserte Melba Ortas. Longtemps écroué, l’ex-homme lige du patron de 2H a reconnu devant les enquêteurs avoir remis, durant plusieurs années, des enveloppes contenant d’importantes sommes en liquide à la secrétaire particulière de l’élu.

Mes François Quinquis et Jean-Yves Leborgne, les conseils de Gaston Flosse, ont en outre déposé une demande de remise en liberté dont l’examen est prévu, vendredi 13 novembre, par la chambre de l’instruction. Selon eux, la détention de leur éminent client ne devrait excéder deux semaines, le temps nécessaire aux confrontations entre les différents acteurs de ce dossier truffé d’acrobaties comptables.

 

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