
Marie-Pascale Treiber : “Il se sentait invincible et fort”
Propos recueillis par Sandrine Briclot, le lundi 23 novembre 2009 à 04:00
FRANCE-SOIR. Dans le livre(*) que vous venez de publier, vous décrivez un mari « manipulateur ». On constate aujourd’hui qu’alors qu’il n’a eu de cesse d’écrire dans ses lettres qu’il vivait tel un ermite au fond des bois, la police l’a appréhendé dans un appartement du centre-ville de Melun. Qu’en pensez-vous ?
MARIE-PASCALE TREIBER. Effectivement, il ne cessait d’écrire qu’il vivait dans les bois. Or tous les gens un peu sensés savent bien que vivre en cette saison dans la forêt relève du défi impossible, surtout sans équipement adéquat, et ce n’est certainement pas en prison qu’il aurait pu se le procurer ! De plus, trouver de la nourriture est également compliqué, d’autant qu’il ne reste plus grand-chose à cette époque de l’année. Manger des herbes, des glands, des châtaignes, des mûres et des champignons est une pure légende ! Je ne suis pas étonnée qu’on l’ait retrouvé dans un appartement, bien au chaud.
Vous connaissiez l’immeuble dans lequel il s’était réfugié, 30, rue Dajot. Expliquez-nous dans quelles circonstances ?
C’est tout à fait fortuit. J’ai effectivement habité l’immeuble Lamartine, rue Dajot, quand j’ai commencé à travailler à Paris. C’était un logement pratique car il était proche de la gare et le loyer n’était pas cher. C’est un bâtiment très modeste composé de studios très petits qui font environ 16 m2.
Comment vivez-vous la fin de la cavale de celui qui est encore votre mari ?
Honnêtement, je suis contente pour les familles de Géraldine Giraud et de Katia Lherbier, et pour la police. Pour les familles qui subissaient un affront terrible car cette cavale faisait oublier à beaucoup les raisons qui l’avaient envoyé en prison. Pour la police, car j’avais mal au cœur que les policiers soient ainsi et à ce point tournés en ridicule alors que ce sont des gens très professionnels, compétents et profondément humains.
Comment votre fille commune, âgée de 20 ans, a-t-elle réagi à l’annonce de l’arrestation de son père ?
Elle n’a pas eu de réaction particulière.
Plusieurs personnes sont soupçonnées d’avoir aidé Jean-Pierre Treiber dans sa fuite, notamment un certain Michel Huys et son épouse. Les connaissiez-vous ?
Je connais Michel Huys et son épouse, ce sont des gens extrêmement gentils, charmants.
On évoque également un autre homme, Régis Charpentier, appréhendé à Châtelet-en-Brie…
Je ne connais pas cette personne et je ne sais pas quel lien il a avec Jean-Pierre.
Comment interprétez-vous le fait que des personnes soient venues en aide à Jean-Pierre Treiber, l’homme le plus recherché de France pendant 74 jours ? Possède-t-il un charisme tel qu’il a pu persuader des amis de le secourir au risque d’être condamnés ?
Je pense que ces personnes sont sans doute très naïves, très manipulables finalement. Mais une autre question peut également être soulevée : pourquoi l’ont-elles aidé ? Peut-être parce que les gens n’ont plus confiance en la justice… Les pouvoirs publics devraient s’alarmer et réfléchir à ces réactions populaires qui sont une sorte de révolte contre l’injustice. Cela n’excuse pas le geste de ceux qui ont aidé Jean-Pierre, mais peut l’expliquer.
Après ces dernières péripéties, doutez-vous de la culpabilité de votre mari dans l’affaire Giraud-Lherbier ?
Mon opinion personnelle est faite depuis un bon moment. Dans son premier courrier envoyé au journal Marianne, il a écrit qu’il allait tout faire pour prouver son innocence, et qu’a-t-il fait ? On a attendu, on a juste eu droit à un cœur dessiné sur un arbre, à des lettres dans lesquelles il essaye de manipuler l’opinion publique en se faisant passer pour un Robin des bois, victime innocente d’une justice aveugle. Il a occulté le fait que les deux victimes sont bel et bien mortes, et que nous attendions des explications qu’il possède très certainement. Il a presque réussi à faire oublier les charges qui pèsent sur lui.
Pourquoi, selon vous, a-t-il ainsi nargué les policiers, notamment dans une lettre publiée par Paris-Match ?
Il a nargué la police parce qu’il se sentait invincible et fort. Un sentiment entretenu par un comité de soutien qu’il a su manipuler. Et par un intermédiaire rompu à ce genre d’exercice : une certaine presse qui a voulu le faire passer pour ce qu’il n’est pas, n’hésitant pas à laisser admirer, finalement, la manière dont il s’est évadé. En quelque sorte, il a pris la grosse tête.
(*) Ma Vérité, éd. L’Archipel, octobre 2009, 213 pages, 16,95 euros
Edition France Soir du lundi 23 novembre 2009 page 8




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