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Journée de la jupe - Dans les entreprises, la disparité homme-femme n'évolue pas

Société

Publié le 25 novembre 2010 à 07h10
Mis à jour le 25 novembre 2010 à 09h04

La France détient le record européen du nombre de femmes cadres, mais l’écart de salaire de 25 % avec les hommes, toutes catégories confondues, est pratiquement inchangé depuis vingt ans.



Elles réussissent mieux aux épreuves du bac (85 % de lauréates, contre 82 % pour les garçons), leur niveau d’éducation moyen est supérieur, elles ont investi le monde du travail (83 % des femmes de 25 à 49 ans travaillent), tout est fait en apparence, en tout cas dans les discours, pour éviter la discrimination et favoriser une réduction rapide de l’écart des salaires entre les hommes et les femmes, et… rien ne bouge ou presque.

Il faut prendre une longue-vue pour voir se combler l’écart entre les femmes et les hommes. Tout était figé, jusqu’au milieu des années 70, quand il y eut une réelle prise de conscience de l’injustice – en même temps que l’essor du Mouvement de libération des femmes (MLF). Mais, depuis, les choses vont à la vitesse d’un gastéropode hermaphrodite. Dans le secteur privé, à postes comparables, l’écart entre le salaire d’une femme et celui d’un homme reste de 19 %. Et la fonction publique ne fait pas beaucoup mieux avec un écart de 13 %.

Pour être concret, il faut savoir qu’en 2007, dans l’industrie, un cadre masculin gagnait 49.400 € dans l’année contre 41.000 pour son homologue féminine. On peut toujours plaider que l’univers de la production est plus machiste, alors allons faire un tour dans des secteurs plus féminisés, comme le commerce ou les services. Eh bien ! l’écart y est plus important encore, puisque dans le commerce le cadre gagne presque 50.000 € quand il porte une cravate et moins de 40.000 € quand il porte une jupe.

10 % de femmes dans les conseils d’administration

Et quand les statisticiens de l’Insee mesurent la distance entre le salaire moyen perçu par un homme et celui perçu par une femme, tous secteurs et tous niveaux hiérarchiques confondus, ils trouvent 25 % en 2002, soit un progrès de 1 % par rapport à 1990 ! C’est ce que constatent, un peu désorientés, deux chercheurs de l’Insee, Dominique Meurs et Sophie Ponthieux. Pas de quoi envoyer le grand pavois de l’égalité.

Comment expliquer un tel écart ? La place des femmes dans l’entreprise reste, la plupart du temps, subalterne. Elles ne représentent aujourd’hui qu’à peine plus d’un cadre sur quatre, et plus l’on monte dans la hiérarchie, plus la part laissée aux femmes se réduit. Elles sont moins de 20 % parmi les dirigeants et à peine plus de 10 % dans les conseils d’administration des groupes du CAC 40. Très logiquement, si l’on ose dire, au moment de la retraite, la différence entre ce que touche une femme (1.191 €) et un homme (1.672 €) se creuse pour atteindre 29 %.

Censés être à la pointe du combat pour l’égalité des salaires entre hommes et femmes, les syndicats ont, eux aussi, beaucoup d’efforts à consentir, puisque les femmes ne représentent que 35 % des élus dans les comités d’entreprise, selon les données de l’Insee.

Les pays nordiques à la traîne

« Quand je me considère, je me désole, mais quand je me compare, je me console » ; un seul point est positif en France pour les partisans de la promotion des femmes dans le monde du travail : nos partenaires européens sont plus misogynes que nous. La France vient en tête des 27 pays de l’Union européenne pour la proportion de femmes dans l’encadrement, au sens large des entreprises privées, avec un taux de féminisation de 39 %, selon Eurostat, l’institut européen de statistiques. Les pays nordiques, qui souvent font la leçon en matière d’égalité hommes-femmes, sont carrément à la traîne avec des scores compris entre 26 et 28 %. Il existe, aux yeux des étrangers, un paradoxe français : les femmes travaillent plus tout en faisant plus d’enfants. Reste à combler l’écart de salaires, et tout sera parfait.


Par Philippe Douroux
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