Point de vue : L’art subtil de la décision

Point de vue : L’art subtil de la décision

Publié le 10/06/2020 à 18:54 - Mise à jour à 19:12
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Auteur(s): Marine Balansard pour France Soir

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En cette fin de confinement en France, nous sommes appelés à nous renouveler. En tout cas, l’occasion est trop belle pour ne pas la considérer, et certains chantiers ont commencé comme le Grenelle de la Santé.

Comme toujours en situation d’incertitude, les décideurs sont challengés dans leurs méthodes et habitudes de décision. La tribune du comédien Vincent Lindon « Comment un pays si riche … »  fait sensation avec près de 6 millions de vues sur YouTube ces dernières semaines. L’artiste, pour changer les choses, propose quelques décisions fortes qui lui ressemblent.

Que gagnerions-nous à nous laisser inspirer par la démarche des artistes dans cet art si sérieux de la décision ? Quels ressorts pourrions-nous leur emprunter pour déployer pleinement notre propre capacité à décider ?

Oser l’impertinence

Impertinent, c’est l’adjectif qui revient souvent dans les différents hommages à Guy Bedos.

L’impertinence au sens d’insolence est une façon personnelle d’être face au monde, une posture qui dérange. Parfois voulue et travaillée, parfois inéluctable lorsque l’artiste exprime ce qu’il ressent et que cela n’est pas dans la norme, l’impertinence devient intéressante lorsqu’elle permet la remise en cause de certaines habitudes inefficaces ou de situations inadaptées.

L’impertinence est disruptive, elle pointe les absurdités et finalement nous invite à remettre du sens dans le monde qui nous entoure. Oser l’impertinence, ajouter de la dissonance à un processus de décision facilite en réalité le travail du décideur, à l’inverse d’une l’idée préconçue qui veut qu’une décision qui se passe bien soit la condition d’une décision réussie.

S’il n’est pas challengé, le décideur risque de prendre des décisions routinières, et tomber dans le conformisme et/ou le statu quo.

A lui de susciter l’impertinence, à lui de chercher son fou du roi.

Composer avec le réel 

Comme l’artiste dans sa démarche de création, le décideur doit composer avec le réel, et donc agir sous contraintes, la première étant ce qu’il est et la seconde le monde dans lequel il évolue.

L’enjeu principal est de faire de ces contraintes un support - et non un frein- à l’action. C’est une des facilités que développent les artistes dans presque tous les domaines : sur les murs de Lascaux, nos ancêtres se servaient du relief de la roche pour créer de la perspective ; sourd, Beethoven composait ; aveugle, l’écrivain Jacques Lusseyran entrait activement dans la Résistance ; handicapé Matisse peignait de son lit ...

Partir du réel pour le transformer grâce à ce que l’on est : en s’appuyant sur ce double de ressort de la volonté et de l’imagination, le décideur, comme l’artiste, fait de l’existant un tremplin à son action.

 

Oser tenter

Les artistes s’octroient la liberté de tenter ce qui n’existe pas encore, ils s’aventurent au-delà de ce qui est connu. Quelle chance, en art, une erreur n’existe pas, elle fait partie de la démarche créative. Les essais, les épreuves, les manuscrits sont imparfaits. Alors pourquoi présente-t-on dans les musées les esquisses des tableaux ? Pourquoi les ratures dans les manuscrits sont-elles déchiffrées et intégrées sous forme de « notes » dans La Pléiade ? Parce que tous ces éléments nous donnent l’intention et l’intuition de l’artiste et permettent de comprendre la progression. Il en va de même pour les décisions :

Les tentatives et les ratés gagnent à être analysés, débriefés, repensés, enregistrés comme mémoire du processus de décision. Ils deviennent notre expérience et notre force pour maintenant et pour l’après.   

A l’image des artistes, remplaçons le mot erreur lorsqu’il n’est pas pertinent par ‘tentative’ sur laquelle capitaliser.

 

Oser l’incertain

L’incertitude, voici en apparence un paramètre de nature à freiner ou biaiser les décisions.

Observons la démarche de l’artiste : dans l’incertitude, l’artiste peut souffrir et peiner. Pourtant il continue à créer. En réalité, l’artiste vit des moments exaltants et entrevoit, avant même de l’avoir achevée, la beauté de l’œuvre à venir. Dans cette tension se développe sa motivation, c’est-à-dire ce qui le met en mouvement au sens propre.

Pour le décideur, c’est la même chose : l’incertitude le déstabilise mais stimule en même temps la profusion d’idées et l’inspiration. Elle lui permet une plus grande marge de manœuvre, en termes plus clairs, du pouvoir.  

L’incertitude est une invitation à sortir de la routine du ‘manager de beau temps’ pour entrer dans celle du décideur.

 

La décision est un art subtil. Et notre chance est que la distinction artiste versus décideur est artificielle puisque nous possédons tous une capacité à créer. Face aux difficultés dans l’action, le décideur peut donc s’inspirer de quelques ressorts plus artistiques, pour plus de créativité, pour rester fidèle à lui-même et gagner en liberté dans l’action.   

 

Auteur(s): Marine Balansard pour France Soir


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