Non, la peur ne détruit pas l’imagination

Non, la peur ne détruit pas l’imagination

Publié le 24/05/2020 à 17:21 - Mise à jour le 26/05/2020 à 05:06
mohamed Hassan de Pixabay
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Auteur(s): Anne Jauffret et Marine Balansard pour FranceSoir

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TRIBUNE : Confinés, notre univers s’était brutalement resserré. Nous nous sentions à l’abri, observateurs impuissants qui avions remis nos vies à un Etat tout puissant. La crise est gérée au jour le jour, de façon artisanale, parfois imaginative, avec autorité.

Déconfinés, nous avançons masqués, entre jeu et peur.  Jeu parce que nos vies ressemblent à celles décrites dans les dystopies imaginées pour les jeunes lecteurs, comme dans Hungers Game ou Labyrinthe. Et peur parce que nous ne savons pas de quoi demain sera fait.

Imaginer, voir en image, créer à partir de l’existant, trouver des solutions originales à des problèmes est une nécessité vitale. Surtout pour nous qui avons manqué de tant d’imagination pour prévoir.

Entre imagination et peur, le monde de demain nous appartient.

 

Une absence totale d’imagination

C’est plus facile de l’écrire maintenant, car l’émotion retombe. Et c’est plus facile de l’entendre aussi. L’approche française de la pandémie n’a pas été une approche moderne et réfléchie pour répondre à un problème déjà bien répertorié. La France dispose de nombreux spécialistes des maladies infectieuses et nombre d’études ont prédit qu’un tel évènement pouvait survenir. L’OMS a codifié les différentes phases à suivre en cas de pandémie, le site de la santé publique examine à la loupe les pandémies grippales du XXème siècle, qui font partie du cycle normal de la circulation des virus.  

Face au manque d’imagination qui nous a empêché de prévoir, c’est-à-dire d’être prêts, le plus simple a été de se conformer à ce qu’ont fait les autres. Comme un jeu de domino, une province chinoise confine sa population, puis toute l’Italie débordée suivie de l’Espagne et de la France et d’autres en quelques jours. Retour au Moyen-Age.

Ensuite, la peur surgit comme toujours lorsque l’imprévu est assorti de conséquences graves, réelles ou imaginées d’ailleurs. Destinée à nous sauver, la peur nous donne les ressources pour réagir rapidement : repli sur soi, achats frénétiques, notre horizon est l’immédiat, demain n’existe pas encore.

Et ce qui a conduit notre gouvernement à certaines mesures drastiques, c’est probablement aussi la peur. Cette peur qui détruit l’imagination constructive, positive.

 

Une imagination sous les masques ?

Désormais « déconfinés progressifs », nous sortons masqués. Le masque est à la fois la comédie, le déguisement, la dépersonnalisation, la tromperie, l’attribut guerrier, la protection, tant de représentations diverses pour un seul mot.

Mais aujourd’hui, le masque n’est là que pour nous rappeler que nous sommes fragiles. Au sens propre, il nous asphyxie. Il rend la communication entre les individus difficile en les tenant à distance de paroles. Ce sont maintenant les mots qui sont confinés.

La peur est toujours là, entretenue toujours à coup d’alertes info, au risque de se transformer en peur pathologique et ne nous faire voir le monde que de façon catastrophiste. La peur enterre la raison, modifie nos comportements, nous fissure et nous fait perdre confiance. Nos libertés sont strictement encadrées, pour notre bien ? Il est vrai qu’une fois qu’on a eu très peur, il est difficile de revenir à la raison.

Dans ces conditions, est-il possible d’imaginer et préparer un monde nouveau ?

 

Reconstruire et imaginer le monde

Après la dystopie, l’utopie.  Oui, une partie de notre monde est détruit. Avec la faillite possible de Renault, c’est le symbole du génie de la France qui est malmené.

Avec les écoles silencieuses et les universités qui tournent en 4G, c’est notre avenir qui ne fait plus de bruit. Notre vie sociale se transforme en une vie dématérialisée, sans contact. A l’opposé de ce qui fait de nous des êtres humains.

Mais notre responsabilité est de surmonter cette crise, avec courage. Nous devons nous faire confiance, montrer à ceux qui suivent que nous n’avons pas manqué d’imagination, cette ressource vitale.

« L’imagination est plus importante que le savoir » Albert Einstein.

Pour Einstein, l’imagination reste notre outil de création le plus puissant, et chacun d’entre nous dispose de cette capacité. Ce que nous imaginons est réalisable et les cartes sont rebattues. Saisissons notre chance et profitons-en pour imaginer demain.

« Rappelez-vous qu’il faut regarder les étoiles, pas vos pieds. Soyez curieux, n’abandonnez jamais. Faites confiance à votre imagination. Faites advenir votre futur ». Stephen Hawking

 

Cloué dans son fauteuil, Stephen Hawking affirme que l’imagination est plus vraie que la science, plus réalisable, car elle fait une réalité de données improbables.

C’est l’imagination qui dessine notre avenir. Quelques conditions peut-être ?

Ne pas avoir peur.

Entreprendre, tenter, ouvrir son esprit et se laisser surprendre. Ecouter les autres, ceux qui n’ont pas peur, et imaginer un monde dans lequel l’Homme exprime ce qu’il a de bon, son appétit pour la coopération, le collectif, la confiance, l’autonomie et la responsabilité de son action, à sa mesure.

 

Anne Jauffret est docteur es lettres.

Marine Balansard est co-auteur du livre « Décider ça se travaille », éditions Eyrolles.

 

 

Auteur(s): Anne Jauffret et Marine Balansard pour FranceSoir


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