Célibat: comment bien le vivre?

La vie en solo

Célibat: comment bien le vivre?

Publié le :

Lundi 27 Novembre 2017 - 17:02

Mise à jour :

Lundi 27 Novembre 2017 - 17:28
Choisi par certains, le célibat peut être vécu comme une liberté totale mais lorsqu'il est subi, il peut être synonyme de solitude. Pour "France-Soir", le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer prodigue ses conseils pour vivre au mieux cette période transitoire.
©Apenny/Flickr
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Rodolphe Oppenheimer, édité par la rédaction

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De nos jours, dans une société plus libérée que celle de nos parents et grands-parents, un grand nombre de personnes a vécu ou vivra des périodes de célibat. Pour certains, c’est une renaissance ou une nouvelle adolescence tandis que pour d’autres c’est le drame, une "mort" annoncée. Chacun(e) aura un sentiment différent selon les situations.

Si vous percevez cette période de célibat comme un échec, il faut à tout prix relativiser ce qu’il vous arrive, rien n’est "grave" dans cette période, d’autres évènements le sont. Il faut en premier lieu s’interroger sur le couple que vous formiez avant la séparation: ce qui fonctionnait, ce qui ne marchait pas ou moins bien. Y avait-il des déséquilibres dans votre relation? S’agissait-il de rapports "toxiques"? Dans un couple, souvent les personnes ont parfois l’impression de se scinder, de s’éloigner peu à peu donnant parfois l’impression d’être seul(e) à deux.

Il faut sans doute "positiver" les choses et les voir autrement. Il existe un vrai plaisir que de ne dépendre de personne pour les horaires, de ne plus avoir comme but dans la vie que de faire plaisir à l’autre, de ne plus se rendre chez ses beaux-parents, son beau-frère ou sa belle-sœur.

N’entendre que ses propres envies, ne plus les rêver mais enfin les vivre, vivre de ne pas rendre de comptes, de ne pas sentir de suspicions, ni de regards inquisiteurs. Il est possible de voir tout ceci comme une forme de libération. Vous avez envie d’aller prendre l’air à deux heures du matin, d’aller manger des huitres sur une plage à deux heures de voitures? Chiche: il ne sera même pas nécessaire d’inventer un voyage ou un diner professionnel. Le ciel, le sable et la mer vous attendent sans qu’aucun reproche ne soit en perspective.

Vous ne saviez pas vous oublier, vous étiez "le gardien(ne) du sommeil de ses nuits" comme le chante Cabrel. Mais ça, s’était avant. Vous avez décidé (ou vous subissez) un célibat ou une période de transition: alors à bas la culpabilité, les regrets ou bien même les remords. Il convient maintenant de construire ce nouveau "nid", de fuir les éternels donneurs de leçons et se référer à ses propres envies. 

Cette solitude permet de se sortir de son carcan habituel, de se mettre en phase avec la part la plus secrète de vous-même, celle que vous ne connaissez peut-être pas, la part la plus intime du "soi". Des choses peuvent se révéler à vous: loin de la vie de couple, les désirs et les envies des célibataires ne sont pas forcément les mêmes qu’avant. Béatrice, 38 ans, me dit en consultation (à propos de son entourage): "Je les soupçonne fortement d’être jaloux de ma liberté".

Pour pouvoir savourer cette nouvelle vie, il s’agit d’abord de l’assumer. Célibataires, profitez de cet espace de calme qui vous fera renouer avec vos désirs intimes: que ce soit écouter de la musique à tue-tête, visionner quatre films différents à la suite ou le même d’ailleurs. Chose que vous vous interdisiez en couple ou que votre conjoint(e) ne pouvait tolérer. Cette phase "jeun’s", de rajeunissement ou d’"adolescence" ne devra durer qu’un temps, il faudra après celle-ci vous organiser. Il faut un temps pour savoir vivre seul(e).

Etre célibataire, ne veut pas dire être seul(e) dans un coin, comme puni par la vie. Cela aide souvent pour un développement personnel: vous prendrez seul(e) vos décisions, sans influence ou contrainte externe mais il faut sans doute à un moment donné prendre les choses à bras le corps.

C’est peut-être enfin le moment de faire ce que bon vous semble, quand "bon" vous semble en opposition avec l’idée parfois obsédante d’être constamment en couple sans jamais de périodes de retrouvailles. Accumuler les conquêtes pour fuir votre syndrome abandonnique s’avère une quête usante. Il est indispensable de ne pas tomber pas dans la facilité des relations sans lendemain, à savoir trouver une sorte d’alter ego avec qui vous partageriez un "célibat" en mode sex friends ou coloc. C’est mignon dans les séries, mais vous perdriez les avantages de votre vie de célibataire, sans forcément tirer des avantages durables de cette situation. Ainsi, vous pourriez perdre le bénéfice d’un rendez-vous enrichissant humainement qui pourrait, lui, déboucher sur une véritable relation amoureuse.

C’est pourquoi, il est temps de réfléchir à l’avenir. Dans un premier temps, à ce que vous ne voulez pas, afin de vous laisser réfléchir à tout ce que voulez. En regardant autour de vous, demandez-vous comment se portent et se comportent vos vieux amis déjà en couple? Faites un "reset" sur ce que vous aimez chez l’autre, remettez vos envies "au goût de votre jour" à vous.

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Il n’est incongru de dire que tout un chacun a ses névroses, alors à défaut de chercher un "autre parfait", cherchez ce que j’appelle des "névroses compatibles". Pour exemple, si vous avez du mal avec le fait de faire des tâches ménagères, ne choisissez pas une personne obnubilée par une demi-miette de pain posée sur une table ou sur le sol. Faites le tri pour avoir de vrai(e)s ami(e)s: celui ou celle qui vous semble trop "tordu(e)" ne doit pas rester dans votre cercle. Vous vous redécouvrez et vous savez que vous ne voulez plus perdre de temps avec des personnes qui ne vous correspondent pas.

Si vous avez décidé de refaire votre vie, ne vous perdez pas dans la boulimie de relations d’un soir, multipliez les amitiés mais pas les conquêtes cela peut aller un temps. Mais pour construire quelque chose à nouveau, cela peut être un frein aux véritables rencontres. Il est important également de ne pas chercher compulsivement à vouloir vous mettre en couple en urgence, il est au contraire "urgent d’attendre" pour faire un point sur vous-même.

N’acceptez pas toutes les invitations pour fuir la solitude. Vous pourriez enfiler la panoplie du noceur ou de la noceuse, du ou de la noctambule, du ou de la pique-assiette de service dans l’esprit de ceux qui vous entourent. Sachez vous faire désirer! Quoi qu’il arrive, le célibat n’est pas une "mort" annoncée, ni le cinquième âge avant l’heure. Organisez-vous pour que rien ne soit une fatalité. Que vous fassiez votre vie seul(e) ou que vous refassiez votre vie, c’est à vous de faire ce choix et non de vous le faire imposer par d’autres.

Seul(e), vous pouvez tout faire, alors si vous avez des rêves ou des idées grandioses, allez-y! N’attendez pas de vous remettre en couple, vous pouvez accéder à vos rêves les plus fous en attendant l’âme sœur. Si vous éprouvez des difficultés à vous accomplir dans le célibat, n’hésitez pas à vous faire aider psychologiquement afin de dénouer ce qui vous empêche de vous réaliser. Cela ne peut que vous être bénéfique.

Cet article a été rédigé par Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste (http://www.psy-92.fr/). Son dernier ouvrage, Peurs, angoisses, phobies, par ici la sortie! (Ed. Marie B) est disponible en librairie depuis le 15 novembre.

"Si vous percevez cette période de célibat comme un échec, il faut à tout prix relativiser ce qu’il vous arrive", selon Rodolphe Oppenheimer.

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