Connétable, la boîte à succès de Douarnenez

L'empire de la sardine

Connétable, la boîte à succès de Douarnenez

Publié le :

Lundi 20 Juillet 2015 - 15:10

Mise à jour :

Mercredi 22 Juillet 2015 - 10:36
Depuis sept générations, la famille Chancerelle perpétue la tradition de la pêche à la sardine et de sa mise en conserve, sous la marque Connétable. Elle a fêté ses 160 de mariage en 2013 avec Douarnenez, son inséparable port d’attache.
©Collection Alain Le Doaré
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Ardent partisan de la Révolution, il fut emprisonné pendant la Terreur. Mais c’est pour une autre révolution qu’il laissa son nom dans l’Histoire. Nicolas Appert (1749-1841), aide cuisinier puis confiseur à Paris, inventa en 1795 le procédé de mise en conserve des aliments, connu sous le nom d’"appertisation".

C’est donc à lui que la marque Connétable, entreprise familiale de Douarnenez (Finistère), doit le début de sa saga de 160 ans.

Connétable, c’est la famille Chancerelle. Tout commence en 1853 quand Robert, fort de l’invention de Nicolas Appert, ouvre sa propre conserverie de sardines à Douarnenez, capitale de la sardine: à l’époque, la trentaine de conserveries de la ville fournissaient la majorité des sardines consommées dans le monde.

Les affaires se développent, et son fils Wenceslas lui succède en 1866, tenant bon la barre malgré plusieurs campagnes de pêche désastreuses.

Troisième génération des Chancerelle, son fils Robert, aux commandes à partir de 1895, doit lui aussi affronter au début du siècle une pénurie de poissons, mais est sauvé par la Première guerre mondiale: la nécessité d’approvisionner les "Poilus" en boîtes de sardines relance la conserverie Chancerelle.

En 1937, Marc, le fils de Robert, reprend le flambeau et courbe le dos face aux difficultés de l’entre-deux-guerres, où les conserveries de Douarnenez ferment les unes après les autres.

C’est dans une situation difficile qu’en 1959 son fils Robert (un prénom en vogue dans la famille) incarne la cinquième génération Chancerelle aux commandes de l’entreprise, qu’il va véritablement sauver de la disparition. Machines vieillies, activité limitée, situation financière délicate: le troisième Robert de la saga parcourt la France pour trouver de nouveaux clients, engage des investissements, lance la marque "Connétable", remonte la pente petit à petit.

Quand il laissera la place à la sixième génération (son fils Eric et ses gendres Antoine et Edouard) en 1988, l’entreprise Connétable sera sur de bons rails mais avec un défi à relever: assurer l’avenir durable de la maison Chancerelle,  la plus ancienne conserverie de sardines au monde encore en activité, intimement liée à la ville de Douarnenez.

Une politique d’investissements dans des équipements modernes liée à la promotion du "savoir-faire" et des techniques manuelles traditionnelles permettront à Connétable de garder son rang. Une stratégie poursuivie en 2009 quand, pour la première fois dans l’histoire de la conserverie Chancerelle, la direction générale est confiée à un membre extérieur à la famille: Jean-François Hug.

Celui-ci "perpétue l’esprit +Wences+ (pour Wenceslas Chancerelle) fait d’exigence, d’authenticité, d’indépendance et du souci d’une pêche durable et responsable... en attendant le retour des descendants de la famille, encore trop jeunes aujourd’hui pour manœuvrer ce symbole toujours vivace de la capitale de la sardine", affirme l’entreprise.

Aujourd’hui la conserverie Chancerelle, troisième entreprise française du secteur de la conserverie de poissons, emploie 370 personnes (dont 70% de femmes) sur ses deux sites de production et produit 74 millions de boîtes de sardines chaque année, pour un chiffre d’affaires annuel autour de 90 millions d’euros.

L’entreprise cible une clientèle haut de gamme avec sa marque Connétable, qui assure 70% des ventes avec des sardines de Douarnenez, les 30% restants étant des sardines du Maroc (un accord a été conclu avec un fabricant à Agadir) vendues à des marques de distributeurs.

Pour aller de l’avant et ancrer encore davantage sa production à Douarnenez, Chancerelle vient de réaliser deux investissements importants. Au début de l’année 2013, elle a racheté l’entreprise Cobreco (marques Arok et Jacq), leader de la conserve de coquille Saint-Jacques et du thon fabriqué en France.

Dans un contexte difficile (entre 1960 et aujourd’hui, le nombre de conserveries en France est passé de 230 à une quinzaine, selon la Fédération des industries d'aliments conservés), "nous faisons le pari risqué d'un nouvel investissement en France", a expliqué le PDG Jean-François Hug.

Deuxième investissement, Chancerelle a annoncé son entrée au capital (minoritaire) de SAS Armement breton, qui regroupe plusieurs bateaux de pêche de la région. Une volonté, a expliqué M. Hug au quotidien Le Télégramme,  de "s’approvisionner prioritairement auprès des pêcheurs bretons".

Pour célébrer ses 160 ans en 2013, Connétable a commercialisé "La 1853", une boîte de sardines d’argent à l’huile d’olive vierge extra en édition limitée. Des sardines dites "à l’ancienne", pour symboliser la tradition et le savoir-faire des employés de cette entreprise familiale présente à Douarnenez depuis sept générations.

 

 

Une publicité Connétable de 1920.

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