Ensemble2Générations: jeunes et seniors sous le même toit

Ensemble2Générations: jeunes et seniors sous le même toit

Publié le :

Lundi 15 Décembre 2014 - 16:05

Mise à jour :

Mardi 16 Décembre 2014 - 00:02
Les personnes âgées souffrent de leur isolement et les jeunes ont toujours plus de mal à se loger. Des préoccupations pas si éloignées pour Typhaine de Penfentenyo –qui a eu l’idée de rassembler sous le même toit ces deux générations. Son association, Ensemble2Générations, créée en 2006, a formé cette année plus de 300 binômes.
©DR
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De nombreux étudiants ne savent plus comment joindre les deux bouts pour se loger dans les grandes villes de France, où les prix de l’immobilier ne cessent de grimper. Pourquoi ne pas se tourner vers un logement intergénérationnel? 

Le concept séduit d’avantage chaque année, selon Typhaine de Penfentenyo. La fondatrice de l’association Ensemble2Générations s’occupe de mettre en relation une personne âgée, souvent seule, et un étudiant à la recherche d’un toit disposé à donner un peu de son temps et rendre quelques services. 

Près de 1.700 binômes

Ce sont "la canicule de 2003 et les 16.000 personnes âgées décédées" qui ont mis la puce à l’oreille de Typhaine de Penfentenyo. Cette mère de famille de cinq enfants et amie de l’abbé Pierre est sensible à son cri d’alarme contre la précarité des jeunes en 2006. Quelques mois plus tard, elle fonde en région parisienne Ensemble2Générations. 

L’année du lancement, l’association compte 12 binômes. Cette année, elle en a constitué près de 340, et 1.700 en huit ans. "Nous sommes très heureux de l’évolution de l’association. Les jeunes et les seniors que nous mettons en relation sont ravis", assure Typhaine de Penfentenyo à FranceSoir

"Nous faisons dans la dentelle", ajoute-t-elle. Effectivement, faire cohabiter deux générations séparées par près d’un demi-siècle n’est pas toujours simple. Et pourtant, des complicités musicales, littéraires, sportives, se nouent au fil des mois. De plus en plus de seniors sont désireux d’apprendre les rudiments de l’informatique. Et l’association tente de trouver à l’accueillant un étudiant qui puisse lui enseigner les bases. 

"Nous faisons passer un entretien à l’étudiant. Cet échange est tout à fait libre, il nous permet simplement de savoir dans quel état d’esprit est le jeune, ce qu’il aime et ce qu’il attend". Ce dialogue permet de déterminer quel type d’engagement va se constituer entre le jeune et le senior, le tout supervisé par l’association. La personne âgée est elle aussi visitée, avec un membre de sa famille si possible.

Trois formules de cohabitation peuvent être mises en place. La plus courante (et la plus essentielle pour l’association) est un logement gratuit en échange de présence, la nuit et deux week-ends par mois, ainsi que de partage de moments (cinéma, promenades, musées…). 

Il est également possible de convenir d’un logement économique. Dans ce cas, l’étudiant participe aux dépenses de la maison, assure quelques services déterminés à l’avance et passe un peu de temps avec la personne qui l’accueille. 

Enfin, pour les étudiants des classes préparatoires qui n’ont pas le temps de s’investir réellement dans le quotidien de la personne âgée mais veulent d’une cohabitation intergénérationnelle, ils s’accordent pour le versement d’une indemnité d’occupation qui permet aux retraités en situation précaire de toucher un complément de revenu.

L’association assure être dans un esprit de confiance vis-à-vis des étudiants qui passent la porte de l’établissement. Aujourd’hui, les jeunes sont particulièrement touchés par la précarité, conséquence de la crise et de l’atonie du marché de l’emploi. Typhaine de Penfentenyo s’offusque de cette France qui laisse ses jeunes sur le côté de la route. "Nous sommes à un moment charnière, de basculement. Beaucoup de jeunes refusent le système politico-médiatique. Mais je leur dis: restez!".

Prix européen de l'entrepreneuriat social

A la tête de son association, Typhaine de Penfentenyo a plusieurs fois été tentée de renoncer, de baisser les bras. "C’est dur, surtout que je suis presque seule pour assurer la gestion de Ensemble2Générations. Mais la vie c’est l’autre, la rencontre. Et mon mari m’a aidée à maintenir le cap"

Une force que Typhaine de Penfentenyo tire aussi de ses années de vie en Afrique, en Ethiopie, au Zaïre et en Guinée, où elle fut notamment institutrice. Son travail et celui de son association a été récompensé du Prix européen de l’entrepreneuriat social en 2012. 

Le réseau Ensemble2Générations se développe dans une dizaine de villes de France. Mais la question des financements est lancinante pour l’association. Des subventions et des donations lui permettent de mener à bien ses missions mais restent insuffisantes. 

"La peur de l’autre relayée par les médias encourage le développement de projets alternatifs", soulève Typhaine de Penfentenyo. "Aujourd’hui, nous avons l’impression qu’il faut nous en sortir par nous-mêmes, mais si on peut donner un sens à sa vie en même temps, c’est encore mieux. Et la personne âgée est d’une grande richesse", conclut-elle. 

 

L'association Ensemble2Générations met en relation des jeunes et des seniors, désireux de vivre sous le même toit.


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