Surinformation et Fake News: comment démêler le vrai du faux

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Surinformation et Fake News: comment démêler le vrai du faux

Publié le :

Jeudi 18 Janvier 2018 - 16:29

Mise à jour :

Jeudi 18 Janvier 2018 - 18:26
Emmanuel Macron a récemment déclaré la guerre aux fausses informations en annonçant un projet de loi visant à lutter contre ces "Fake News". Pour "France-Soir", le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer délivre ses conseils pour se protéger de ces intoxs et pour démêler le vrai du faux.
© INDRANIL MUKHERJEE / AFP/Archives
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Rodolphe Oppenheimer édité par la rédaction

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Fake News et inexactitudes sont diffusées en continu sur Internet. Il peut s’agir d’annoncer la mort d’une star ou de tenter de diffuser de fausses informations sur un candidat aux élections. Une information erronée ou fausse est très accrocheuse par son titre et peut faire des ravages épouvantables. Dans le cadre de la course à l’information, une dépêche qui tombe peut rapidement être reprise par un autre média comme elle peut être partagée par des milliers de followers ou d’utilisateurs de réseaux sociaux.

La première chose à faire lorsqu’une nouvelle tombe est avant tout de se renseigner sur la provenance de cette information. Si elle provient des réseaux sociaux, il est primordial de la rechercher et de la vérifier tout d’abord dans les quotidiens les plus connus afin de savoir si cette dernière est bien fondée ou si ce n’est juste qu’une rumeur ou une Fake News reprise.

Si elle n’est reprise que par un tabloïd de seconde zone connu pour ses idées fantoches, il vaut mieux se méfier et poursuivre ses investigations. Evidemment, si l’ensemble des grands journaux reprennent cette information, son taux de fiabilité augmente plus que très largement.

Il ne faut pas oublier qu’entre le moment où un tweet est envoyé par un passant se trouvant sur les lieux d’un attentat ou d’une fusillade et le moment où les journalistes professionnels sécurisent et vérifient leurs sources pour justement ne pas créer de Fake News, il peut se passer quelques heures. Une Fake News qui n’est pas démentie assez rapidement peut créer une rumeur solide. Victor Hugo en son temps disait déjà: "La rumeur est la fumée du bruit".

Autrement dit, parfois sur les réseaux sociaux, des chaînes se montent avec comme intitulé: "ce que la presse ne vous dira jamais". Nous entrons ainsi dans l’antre du complotisme qui est une métascience dont raffole le peuple. Il est important de savoir si nous avons envie de rire ou de voir une personnalité que nous n’aimons pas prendre du plomb dans l’aile, comme on regarde un match de foot. Ou bien si l’on considère que la morale ne doit pas accepter la calomnie, la diffamation et considérer que cette fausse information aura un préjudice sur la vie d’une personne et même d’une nation.

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Beaucoup se souviendront de Dominique Baudis venant s’expliquer sur le plateau du JT de 20h, en sueur suite à une accusation, qui sera démentie longtemps plus tard. Malheureusement, même blanchi, le mal était fait. Le temps joue contre l’accusé. Combien de milliers, de millions de personnes auront commenté cette affaire? Auront extrapolé ce qu’ils ont entendu? Ne distillez pas des informations non vérifiées au préalable, demandez-vous à qui profite le crime.

Parfois, une image choque plus qu’un article. Vous souvenez-vous de la phrase "le poids des mots, le choc des photos"? . Il existe un grand nombre de clichés truqués, tous les amis de Photoshop vous le diront. Le président Georges Pompidou en a d'ailleurs fait les frais. 

Là aussi, vous pouvez décortiquer une image. Vous pouvez toujours faire comme Sherlock Holmes ou Colombo, enquêter. Il suffit de prendre cette photo soi-disant datée, la mettre dans TinEye ou Google image et vous découvrirez peut-être qu’il s’agit d’un vieux cliché que l’on veut vous vendre comme une "news".

Si vous voyez une photo du RAID, de la BRI ou du GIGN en position de mener un assaut mais que vous voyez en zoomant qu’il y a un minuscule drapeau américain ou allemand sur les uniformes, il y a de grandes chances que la photo ne concerne pas l’assaut indiqué. Il faut absolument contourner la propagande. Lorsque vous voyez un message quasi automatique "fais tourner à tous tes contacts", ne l’envoyez surtout pas. Qui n’a jamais reçu un message alarmiste expliquant que Facebook devenait payant si 15 mails n’étaient pas envoyés d’ici lundi prochain? L’idée même de vous demander de relayer une information est déjà une raison de ne pas le faire. N’hésitez pas à aller sur le site Hoaxbuster qui a vocation à répertorier les rumeurs. 

A noter qu'un outil du nom de CrossCheck va arriver dès le mois de février, un outil qui fera gagner un temps fou aux rédactions de journaux qui pourront identifier les photos mais aussi les contenus des informations reçues. Cette initiative sera également soutenue par des étudiants en journalisme, recrutés, triés sur le volet et formés par Google. Le tout sera supervisé par l’AFP (Agence France Presse) et les informations pourront être consultées sur le site CrossCheck.

En résumé, depuis que le monde est monde les hommes ont besoin de rêver ou de partager leurs cauchemars. Les Fake news ne s’arrêteront donc probablement jamais. Il y a encore quelques années devant un célèbre café parisien, un homme vendait un grand journal national et criait: "Achetez cette édition spéciale! Le président est mort. Achetez l’édition spéciale! Le président est mort". Il faisait cela tous les jours et vendait plus d’exemplaires que son collègue sur le trottoir d’en face.

Cet article a été rédigé par Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste (http://www.psy-92.fr/). Son dernier ouvrage, Peurs, angoisses, phobies, par ici la sortie! (Ed. Marie B) est disponible en librairie depuis le 15 novembre.

Pour le psychanalyste Rodolphe Oppenheimer, il est impératif de se renseigner sur la provenance de l'information lorsqu'une nouvelle tombe.

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