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Jack Lang : « Une symphonie de colonnes »

Culture

Publié le 7 janvier 2010 à 12h36
Mis à jour le 5 février 2011 à 16h19

Invité à dévoiler vendredi, aux côtés du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, la restauration des colonnes de Buren qu'il a initiées, Jack Lang revient sur l'histoire tourmentée de cette sculpture.

FRANCE-SOIR. Comment les colonnes de Buren sont-elles nées ?
JACK LANG.
Quand j'étais ministre de la Culture au début des années 1980, j'ai sollicité l'artiste Daniel Buren pour qu'il imagine une sculpture dans la cour du Palais-Royal. C'était quelques mois avant les législatives de 1986, le combat entre la gauche et la droite faisait rage. Notre initiative a été décriée, les critiques ont parfois été plus véhémentes encore que pour la pyramide du Louvre. Daniel Buren a d'ailleurs conservé des lettres qui témoignent de cette grande brutalité, il devrait publier une partie d'entre elles en avril ou en mai prochain. Moi-même, j'ai été surnommé par Le Figaro Magazine, à l'époque, « le pape du sida mental ». Nous passions pour des barbares qui détruisaient le patrimoine et insultaient l'histoire.

L'oeuvre a tout de même été réalisée...
Oui, nous avons mené ce chantier tambour battant. A l'époque, j'étais un peu seul contre tous. Même mes collaborateurs, qui étaient convaincus du bien-fondé du projet, me recommandaient de patienter jusqu'à ce que les passions soient retombées. Je n'ai pas cédé. Mais nous avons commis une erreur formelle en oubliant de déposer le dossier à la Ville de Paris, si bien que les travaux ont dû être arrêtés pendant quelques semaines. Or, nous avons perdu les législatives, et François Léotard m'a succédé à la Culture. A droite, on l'incitait à raser le chantier, qui était déjà aux deux tiers réalisé. Le nouveau gouvernement voulait arrêter tout ce que nous avions entrepris pour tourner la page du mitterrandisme. Mais François Léotard a fini par prendre la décision de la sagesse.

Auriez-vous imaginé, à l'époque, que les colonnes de Buren feraient aujourd'hui l'objet d'une telle unanimité que la droite a demandé qu'elles soient restaurées ?
Dès que l'oeuvre a été achevée, elle a été adoptée. Car elle ne détruit pas l'architecture ancienne mais, au contraire, la valorise. C'est une symphonie de colonnes. Il faut remercier Christine Albanel, qui a précédé Frédéric Mitterrand à la Culture, pour sa décision de restaurer cette oeuvre, qui s'était fortement dégradée. »

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