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Exposition du corps humains - Présumés innocents et Our Body

Littérature

Publié le 29 juin 2009 à 20h10
Mis à jour le 12 mars 2010 à 13h13

En pleine affaire des crânes maoris, décidément, l’exposition du corps humain passionne la justice française.

Et pas seulement lorsqu’il s’agit d’exhibition de cadavres (lire page ci-dessous). La simple représentation du corps peut déchaîner les passions.

La semaine dernière, un juge bordelais a décidé de renvoyer devant le tribunal correctionnel l’ancien directeur du CAPC, le musée d’art contemporain de la ville, et deux commissaires de l’exposition Présumés innocents. Motif de cette décision surprenante (le parquet avait requis un non-lieu) : « diffusion de l’image ou de la représentation d’un mineur présentant un caractère pornographique ».

L’exposition, organisée durant l’année 2000, présentait des œuvres contemporaines d’artistes réputés comme Nan Goldin, Jeff Koons ou Garry Gross. Sans les avoir vues (!), une association locale s’est dévouée pour défendre de hautes valeurs morales en déposant plainte.

Qu’importe que certaines de ces œuvres aient été exposées au MoMa de New York, à la Tate Modern de Londres, qu’importe que des enseignants aient visité l’expo avec leurs élèves en saluant sa haute qualité, qu’importe que les pièces les plus « chaudes » aient été présentées dans des pièces interdites aux mineurs. Trois éminents représentants de la haute sphère culturelle française seront traînés devant un tribunal comme de vulgaires tenanciers de sex-shop et sous une accusation infamante.

La décision du juge soulève une bronca sans précédent. Pourtant personne n’a encore suggéré d’embastiller les artistes. Pour le moment.

 


Our Body - La sentence de l’inviolabilité du corps humain

La très polémique exposition de cadavres humains Our Body/A corps ouvert s’est heurtée à de malheureuses coïncidences, et aux principes de respect du cadavre et d’inviolabilité du corps humain. Le 21 avril dernier, la justice a donné raison à deux organisations de défense des droits de l’homme réclamant son interdiction.

Exposition du voyeuriste, nouvelle pédagogie révolutionnaire ou simple curiosité morbide, science, art ou commerce de corps humains ? Our Body n’aura pas survécu longtemps dans la capitale : deux mois.
L’exposition initiale Body Worlds, utilisant la technique de l’anatomiste Gunther von Hangens, procédé appelé « imprégnation polymérique » ou « plastination de corps humains » presque ad vitam æternam, a pourtant fait le tour du monde (Japon, Etats-Unis, Canada, Allemagne, Belgique, Espagne).

En France, l’ancien tourneur du groupe Téléphone, Pascal Bernardin, conscient du succès de l’expo voilà trois ans en Californie, s’essaye, mais ne convainc pas le Comité national d’éthique en 2007 pour exposer au musée de l’Homme et à la Cité des sciences, au nom d’« une atteinte à la dignité humaine ».

La Sucrière de Lyon et le Palais des Arts de Marseille l’acceptent en leurs murs en 2008, avec respectivement 150.000 et 50.000 entrées. Le 21 avril dernier, décision inédite en France, la justice laisse vingt-quatre heures à l’organisateur pour suspendre la manifestation ouverte à Paris à l’Espace 12 Madeleine depuis le 12 février, au prix de 15 euros l’entrée sur 1.200 mètres carrés de superficie privée.

Commerce du corps humain

Le scénario de sa vie. « Une exposition qui offre l’intouchable sacre du corps humain à tout un chacun », se targuait l’organisateur de l’événement. Mais d’où proviennent ces corps ?

La justice a suivi l’argumentaire des associations Ensemble contre la peine de mort et Solidarité Chine, qui ont émis certains doutes sur l’accord qu’aurait donné de leur vivant les personnes exposées et craignant qu’il s’agisse de cadavres d’anciens prisonniers politiques ou de condamnés à mort.

Coïncidences malheureuses : en mars dernier, un rapport de la Fédération internationale pour la justice en Chine évoquait une société du Pr Gunther von Hagens à Dalian, une ville chinoise malheureusement connue pour ses trois laogai (camps de travaux forcés) situés alentour !

Les corps de Our Body ont été fournis par la fondation Anatomical Sciences and Technologies de Hong Kong, qui assure que les personnes exposées avaient donné leur accord de leur vivant.

Selon Me Tomasi, avocat de Pascal Bernardin, l’exposition Body Worlds de l’anatomiste allemand aurait séduit nombre de ses compatriotes, et obtenu leur don et consentement pour être exposés à leur mort. Alors pourquoi pas un tel engouement en France ?

« Le pourvoi en cassation a été envoyé pour inversibilité des preuves, puisque aucune des deux parties n’est en mesure de confirmer la traçabilité des corps et que l’exposition Our Body respecte la loi bioéthique de 1994, ne portant pas atteinte à l’indisponibilité et la non-patrimonialité du corps humain dans son cadre scientifique », précise-t-il.

Le juge des référés Louis-Marie Raingeard avait demandé à ce que les corps exposés soient placés entièrement ou partiellement sous séquestre « aux fins de chercher, avec les autorités publiques françaises compétentes, une solution conforme aux droits de l’inhumation ».

 

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