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Livre - Douglas Kennedy publie Quitter le monde

Littérature

Publié le 6 mai 2009 à 16h08
Mis à jour le 12 mars 2010 à 13h04

 “Le bonheur est toujours ailleurs”, l’écrivain Douglas Kennedy signe un nouveau roman, Quitter le monde, qui s’annonce comme un best-seller.

Douglas Kennedy, américain d’origine, est un écrivain abonné au succès. Il partage son temps entre l’Europe et l’Amérique, deux continents où il puise l’inspiration. Après avoir écrit La Femme du Ve, une intrigue située à Paris, il publie aujourd’hui Quitter le monde, une tragédie sentimentale et familiale qui se déroule au cœur de la société américaine. L’auteur entame un questionnement existentiel sur le bonheur et devient de plus en plus philosophe.
L’histoire commence lorsque Jane déclare à son treizième anniversaire : « Je ne me marierai jamais et je n’aurai jamais d’enfants. » Une affirmation naïve mais lourde de sens…

FRANCE-SOIR. Quitter le monde est-il le roman le plus noir et le plus dur que vous ayez écrit ?
DOUGLAS KENNEDY.
Effectivement, émotionnellement c’est un livre très dur, parce que j’espère avoir écrit une certaine vérité. Ce n’est pas seulement une tragédie, mais il me semble qu’il est impossible d’éviter les ombres de l’enfance. Selon mon expérience personnelle, chaque vie est ponctuée de grandes déceptions. Il y a beaucoup de thèmes dans ce roman et j’espère que c’est le plus ambitieux.

Quel a été le facteur déclencheur de cette nouvelle histoire ?
Une copine de ma fille a été renversée par une voiture il y a deux ans et elle en est morte. Ce fut le début de ce roman, car j’ai vu que rien n’était stable.

Jane, le personnage central de cet ouvrage, déclare à sa famille lors de son treizième anniversaire « Je ne me marierai jamais et je n’aurai jamais d’enfants ». A-t-elle scellé son destin ce jour-là ?
A la suite de cette déclaration, son père a quitté sa mère. La question du père est partout dans ce roman puisque, plusieurs années après, elle va tomber amoureuse de son prof à Harvard qui est plus vieux qu’elle. A travers lui, elle cherche la figure paternelle.

Cette héroïne est une femme moderne et intelligente, mais à cause de ses choix parfois peu judicieux son destin la rattrape toujours…
Tout le monde fait des erreurs. Honnêtement, je pense que nous sommes emprisonnés dans des choses très complexes psychologiquement. Elle cherche le bonheur, mais le bonheur est toujours ailleurs. Etre content est un piège. C’est un mot horrible, parce que lorsqu’on est content la vie s’arrête.

Elle cherche le bonheur et l’amour mais choisit toujours les mauvais hommes…
Effectivement. Jane est une femme très seule et cherche à panser ses blessures dans l’amour. J’ai aussi été avec quelqu’un qui était incapable d’accepter le bonheur. C’est impossible de construire quelque chose avec une personne qui résiste au bonheur. Pourquoi tombons-nous amoureux ? La question est complexe et ce sera d’ailleurs le sujet de mon prochain roman. L’amour est central dans notre culture. Quatre-vingt-dix pour cent des chansons populaires parlent d’amour. La poésie aussi traite le sujet. Mais l’amour est souvent source de grande déception. Regardez le taux de divorces ! Mon propre mariage s’est terminé cette année après vingt-cinq ans de vie commune.

Sommes-nous maîtres de notre destin ?
Non. Tout le monde pensent qu’on peut le maîtriser, mais ce n’est pas possible. Le destin est le hasard et le hasard est le destin. Il y a quelques semaines, je rentrais chez moi, dans le Maine, au volant de ma petite Mercedes bon marché (rire). J’ai changé de voie de circulation à la dernière minute, et le camion derrière moi m’a serré et m’a cogné deux fois. Résultat, je dois déposer ma voiture au garage (rire). Ce fut un grand choc, mais c’était le hasard. La vie est une aventure. Tout peut changer en un instant.

L’écriture est-elle une thérapie pour vous ?
Je déteste l’autofiction. Je ne sais pas si c’est une thérapie, mais on peut commencer à comprendre certaines choses pendant l’écriture et y faire face. C’est un soulagement psychologique. Je suis très proche de Jane, car je pense que c’est une personne complexe mais très humaine. Dans mes romans, il y a de plus en plus un aspect philosophique. Je me pose beaucoup de questions…

Les thèmes de vos ouvrages sont très différents…
Il faut évoluer en tant que romancier, parce que si on écrit toujours le même roman, comme certains auteurs dont je tairai le nom, ça ne vaut pas la peine. On utilise la vie et ses expériences pour écrire, et quand on est plus âgé on a une connaissance de la vie plus profonde que lorsqu’on avait 25 ans.

Quitter le monde, de Douglas Kennedy, éd. Belfond, 492 p., 23 euros.

Par Propos recueillis par Magali Vogel
 

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