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Le piano dans tous ses états à la Roque-d’Anthéron

Littérature

Publié le 14 août 2010 à 06h49
Mis à jour le 13 août 2010 à 17h36

Depuis trente ans, ce petit village des Bouches-du-Rhône accueille les dingues du clavier. Cette année, le vétéran Aldo Ciccolini est à l’honneur.

Bordée de ses 365 platanes frémissant dans le mistral, la prairie où se déroule le festival de La Roque-d’Anthéron est un site magique. Le chant des cigales et les coassements des crapauds se mêlent à l’envolée des notes. Cent pianistes se retrouvent cette année pour le trentième anniversaire de cette « Mecque » du clavier.

Le plus jeune, âgé de 14 ans, s’appelle Arthur Jussen. Lui et son frère Lucas (18 ans), deux blondinets hollandais, ont fortement impressionné en jouant Mozart. Et sans doute entendra-t-on encore beaucoup parler d’eux… Le vétéran de la manifestation fut, lui aussi, plus jeune encore, un enfant prodige. Il s’appelle Aldo Ciccolini et fête demain, dimanche 15 août, son 85e anniversaire. Derrière son piano, en interprétant des œuvres de Chopin. Il n’a jamais cessé de subjuguer le public.

Comment l’explique-t-il ? Par « l’impérieuse nécessité de transmettre l’amour de la musique que je vis comme un sacerdoce », dit-il. Eternel curieux, il assure qu’en jouant une œuvre « il n’est jamais sûr d’avoir tout compris ». René Martin, directeur du festival, voit d’ailleurs Ciccolini comme « un seigneur, l’un des plus grands pianistes du siècle, qui défend un répertoire immense, notamment français. Virtuose éblouissant, poète au chant mélodieux, il met en valeur tous les plans sonores. Pas de superflu, il va à l’essentiel ». En revanche, c’est d’un pas hésitant, presque trébuchant, que Ciccolini se fait accompagner jusqu’à son piano. Mais dès qu’il s’assoit derrière son instrument, il se métamorphose, habité par une étonnante jeunesse.

Toutes les générations


Un autre jeune homme de 85 ans a été fêté cette année, le compositeur Pierre Boulez, auteur de Sur incises, flamboyante pièce pour trois pianos. Comme le jazz et les musiques du monde, la création contemporaine trouve également une place à La Roque. Au concert de clôture, le 22 août, participeront dix pianistes. L‘un d’eux, Jean-Frédéric Neuburger, 24 ans, est également compositeur et professeur au Conservatoire ; il a écrit une œuvre pour deux pianos et des percussions. Bref, la jeune génération aura le mot de la fin.

Presque 100.000 spectateurs seront venus cette année à La Roque. Pourquoi le piano fascine-t-il tant ? René Martin a sa réponse : « Beaucoup de gens en jouent et il est considéré comme un confident, un ami. Il a depuis longtemps quitté les salons bourgeois et conquis le monde entier. En Chine, on compte dix millions d’élèves. Le piano se porte bien. »


Festival international de piano. Jusqu’au 22 août à La Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône). Tél : 04.42.50.51.15. Rens. : www.festival-piano.com.

Par Nicole Duault
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