Résultats Présidentielle 2012

» S'identifier
Vendredi 25 mai, 11:48
Accueil > Loisirs > Littérature > La Rencontre - Emmanuel Lepage, témoin du bout du monde

La 9e bulle

Philippe P Par Philippe P
A propos de l'auteur

Né l'année du lancement de la série XIII sur une terre qui a donné naissance à quelques grands noms du 9ème art (dont Jacques Martin et Blutch), je n'ai pas vraiment été élevé dans le culte de la bande dessinée, même si la littérature a bercé ma jeunesse. Mon enfance est partagée entre les incontournables de la ligne claire et les comics Disney et Marvel. Ce n'est qu'à l'adolescence - par le biais de ma passion pour l'aéronautique, de Buck Danny, de Tanguy et Laverdure, de Biggles et des autres - que je m'aventure vraiment dans les méandres de la bande dessinée. Un univers sans fin dans lequel j'aime me perdre, cueillant au passage quelques perles qui feront autant de grands moments de lecture. De Bilal à Goscinny, de Van Hamme à Tardi, ces influences plurielles guident toujours mes choix aujourd'hui et prouvent qu'il existe de la bande dessinée pour tous les goûts. L'important étant d'essayer avant de juger.


La Rencontre - Emmanuel Lepage, témoin du bout du monde

Auteur singulier, Emmanuel Lepage a embarqué un peu plus d'un mois à bord du Marion Dufresne, navire ravitailleur qui assure la liaison entre La Réunion et les Terres Australes et Antarctiques Françaises (T.A.A.F.). En ressort un récit époustouflant et lumineux sous forme de journal de bord.

Les carnets de bord, Emmanuel Lepage connait. L'auteur de Brésil et America (deux ouvrages publiés aux éditions Casterman, avec des textes de Nicolas Michel) se sent à l'aise avec cette technique narrative. Alors lorsque son frère, photographe et reporter, lui propose d'embarquer sur le Marion Dufresne en compagnie d'une autre journaliste pour une rotation dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (T.A.A.F.), l'artiste est immédiatement emballé.

Il y a deux ans, une première tentative de reportage échoue. Pas de place sur le bateau. Il est vrai qu'elles sont chères pour ce voyage exceptionnel au bout du monde. Et puis « il y a un an, juste avant le festival d'Angoulême, nous sommes allés à Paris afin de rencontrer le préfet des T.A.A.F. », se souvient Emmanuel Lepage. « Il était d'accord sur le principe du reportage, mais nous a dit qu'il ne restait plus que deux places ». La déception est énorme pour le dessinateur. Jusqu'à ce coup de téléphone inespéré de son frère, trois semaines plus tard, qui lui annonce la bonne nouvelle : l'une des personnes qui devait prendre part au voyage a annulé. Emmanuel n'a que trente minutes pour prendre sa décision. Il ne lui en faudra que quinze. C'est d'ailleurs sur cette scène décalée, façon robe de chambre, café et croissants, que s'ouvre Voyage aux Iles de la Désolation.

Leçon d'humilité

Pressé par le temps - après l'appareillage, impossible de rejoindre le Marion Dufresne en mer - Emmanuel Lepage s'envole à la hâte pour La Réunion et embarque de justesse à bord du navire. Il vit ensuite coupé du monde pendant un peu plus d'un mois avec pour seuls compagnons de croisière les autres « touristes » (en fait des scientifiques, journalistes, responsables politiques, représentants de l'État ou encore chercheurs à la retraite) embarqués à bord, ainsi que l'équipage du ravitailleur. « On a le sentiment d'être loin, de vivre une chose exceptionnelle », raconte-t-il avec émotion. « Sur le bateau, le temps n'existe plus ».

Une façon de parler, car la vie à bord est quant à elle très bien organisée et rythmée par les convocations express aux différents repas. Le temps est compté car « on est dépendant du climat », en particulier pour les manoeuvres de déchargement du matériel lourd qui se fait à l'aide de la portière, sorte de gros radeau, qui ne peut cependant pas prendre la mer par gros temps. C'est alors à l'hélicoptère de bord de se charger de cette mission. Les transferts de passagers se font par la voie des airs et les livraisons de pétrole s'opèrent à l'aide d'une manche sous-marine qui n'est pas sans causer quelques frayeurs. Si les conditions climatiques sont trop mauvaises, le navire se retrouve donc temporairement immobilisé. Et avec lui les passagers bloqués à terre. « Ces terres-là, c'est une grande leçon d'humilité. La nature gagnera toujours, quoi qu'il arrive. Ce n'est pas toi qui décides, si la nature ne veut pas, elle ne veut pas ».

L'influence de Tintin

S'il doit sa vocation de dessinateur en grande partie à sa rencontre avec Fournier - à l'époque dessinateur et scénariste des Aventures de Spirou et Fantasio - à l'âge de treize ans, elle lui vient surtout de sa lecture assidue des aventures de Tintin. « Je suis convaincu que c'est Hergé qui m'a amené à faire de la BD ». A l'âge de six ans, alors qu'il est hospitalisé, ses parents lui en offrent un album. Avec la lecture de Tintin au pays des Soviets, il prend « conscience qu'il y a quelqu'un qui fait la BD ». Aujourd'hui ses préférés sont Tintin au Tibet, Les Bijoux de la Castafiore ou encore L'Etoile mystérieuse, dont la couverture est visible dès les premières pages de Voyage aux Iles de la Désolation. Un clin d'œil de rigueur vue la nature de son expédition et qui n'est d'ailleurs pas le seul tout au long des 156 pages de cet ouvrage magnifique et passionnant, alliage subtile d'aquarelles lumineuses, de portraits cocasses et de paysages splendides que l'on lit comme on prendrait un grand bol d'air frais.

Ce voyage dans les T.A.A.F. aura en tout cas marqué Emmanuel Lepage à vie. « On a le sentiment d'aller au bout du monde, mais en réalité on est à l'aube du monde. On est sur des terres d'avant l'homme. Ces sont des terres où il n'y a ni internet, ni la télé, ni les téléphones portables. Et il faut une semaine pour y aller ». Des terres vierges et préservées où vivent et travaillent quelques dizaines de scientifiques un peu dingues, qui ont accepté l'idée ahurissante de s'installer quelques mois au milieu des manchots et de nulle part.

 

Voyage aux Iles de la Désolation, Emmanuel Lepage, éd. Futuropolis, 156 p., 24 euros, disponible

 

Et aussi

BD - La Sélection : Castilla drive

Au programme cette semaine Castilla drive, le nouveau roman graphique de l'excellent Anthony ...

commenter

BD - Mathieu Sapin embarqué dans la campagne de Hollande

L'auteur de bande dessinée Mathieu Sapin a suivi pas à pas la campagne de François Hollande, de ...

commenter

BD - La Sélection : 3 grammes

Au menu cette semaine, le récit autobiographique d'une auteure sud-coréenne atteint d'un cancer ...

commenter

Réagissez à cet article

Réagissez avec votre compte Francesoir.fr :

Ou créez GRATUITEMENT votre compte Francesoir.fr :

Les blogs de la rédaction

France-Soir sur Facebook

Sondage

Allez-vous suivre "Secret Story 6" qui débute vendredi 25 mai ?

456 votants

En images

Festival de Cannes : La journée du mardi 22 mai en images


Plus d’articles


 

Dernières vidéos

Secret Story 6 : Une "manipulatrice" dans le casting

» Voir toutes les vidéos

En images

Festival de Cannes : La journée du mardi 22 mai en images



Les membres les plus actifs

  • nellyolson nellyolson, le 25 mai à 11:08

    277410 points
    2681 commentaires

    En savoir plus sur nellyolson


  • HeyBaal HeyBaal, le 25 mai à 11:00

    269700 points
    4059 commentaires

    En savoir plus sur HeyBaal


  • Bluesun Bluesun, le 25 mai à 08:13

    174190 points
    2326 commentaires

    En savoir plus sur Bluesun


  • pasloi pasloi, le 25 mai à 11:06

    163240 points
    1489 commentaires

    En savoir plus sur pasloi


  • rafale rafale, le 24 mai à 20:02

    116370 points
    724 commentaires

    En savoir plus sur rafale


Quiz

Testez vos connaissances

Quiz Info : Nicole Kidman, Gouvernement, Roland-Garros et Vin Rouge


Programmes TV du jour

Horoscope Quotidien 2012

TV Tout sur Koh Lanta

TV Tout sur Pékin Express