L'objectif : éclairer à la fois sur les conditions de vie de la population Rom en pleine agglomération lyonnaise et également dans l'ancien Régime de Ceauşescu.
Bien avant que le débat sur les Roms en France ne prenne l'ampleur de ces dernières semaines, l'exposition à Lyon,
Voyages pendulaires, des Roms au coeur de l’Europe, entendait «
déconstruire toutes les idées reçues » sur cette population. Et mettre à jour, dès son ouverture le 17 juin dernier, leur situation exceptionnelle de ballotement entre la France et la Roumanie.
Avec une très grande proximité, se dressent ainsi six portraits et «
voyages pendulaires » de plusieurs familles Roms installées dans l'agglomération lyonnaise. La plupart d'entre elles viennent de la même région du Bihor à l'Ouest du pays et à la frontière avec la Hongrie.
C’est le cas de Gyöngyi Fekete, sa fille Lena Jeanna et son compagnon Mircea. Expulsés en 2007 de leur bidonville du Puisoz à Vénissieux et renvoyés en Roumanie, on les voit de retour à Tinca, un ghetto qui abrite 2000 Roms. Ils se retrouvent sans eau courante, électricité, gaz, sanitaires et surtout sans travail depuis la révolution qui a renversé Nicolae Ceauşescu et les fermes d’Etat qui employaient 60 % des Roms dans cette région.
Parmi les six autres portraits de Roms exposés au Centre de l'Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD), l'histoire chanceuse de Traian est aussi racontée.
Après avoir été expulsé à plusieurs reprises, et être revenu plusieurs fois, il a fini par obtenir un logement à Villeurbanne. Avec sa femme et ses enfants, Fabian en CP et Fabiana (3ans) qui prépare sa rentrée en maternelle, il habite dans le quartier populaire de Gratte-Ciel sans travail. La famille vit donc de mendicité et de petits boulots au «
noir » et cherchera un vrai travail en 2012 lorsque les Roumains ne seront plus exclus du droit à un permis de travail comme n'importe quel citoyen européen.
« Comprendre la source de ce qui les amène en France »
Le photographe lyonnais Bruno Amsellem, qui suit depuis plus de sept ans la communauté Rom dans les squats et bidonvilles de Lyon, ne voulait pas faire de «
généralités ».
En 2007, suite à son reportage sur la première expulsion du bidonville de Vénissieux (69),
Le Monde lui conseille d'aller «
voir ce qui se passe là-bas et comprendre la source de ce qui les amène en France ». «
Je me suis très vite aperçu qu’ils n’étaient pas en capacité de manger tous les jours, qu’ils étaient rejetés par la population roumaine, qu’il n’était pas toujours possible d’envisager la scolarisation des enfants », explique le photographe dans le communiqué de l'exposition.
Est également expliqué aux visiteurs, la position exceptionnelle de l'Etat français vis-à-vis des Roms : citoyens européens, ils sont libres de circuler à travers l'UE. Pourtant ils doivent justifier d'un emploi dans les trois mois après leur arrivée sur le sol français. Cette position particulière de la France négociée avec l'UE en 2007, les oblige donc à être dans la clandestinité si ils ne remplissent pas cette obligation d'emploi. Dans le cas contraire, leur unique recours est d'accepter le rapatriement et une aide de retour au pays d'environ 361 euros.
Mais ces six familles sont toutes revenues en France quelques temps après.
« On ne se rend plus compte que l'on parle de vraies personnes »
La genèse de ce projet serait partie d'une confusion entre la population tzigane et Rom. En 2007, à l'occasion d'une exposition retraçant l'internement des tziganes pendant la Seconde Guerre mondiale, le public et le staff du CHRD lui-même, aurait en effet avoué «
mal connaître les Roms et ne pas savoir pourquoi ni d'où ils venaient principalement ».
Pour Marion Vivier, attachée de conservation au CHRD, le travail de Bruno Amsellem est «
extrêmement différent de l'effet d'annonce que l'on entend aujourd'hui dans les médias ». Aujourd'hui, elle explique cette migration due à la chute du Mur de Berlin et à l'effondrent du Régime soviétique. «
Cela fait déjà trois ans, depuis l'entrée de la Roumanie dans l'UE, qu'ils connaissent des obligations de quitter le territoire français (OQTF) », rappelle-t-elle.
Une jeune femme venue voir l'exposition lui aurait dit la semaine dernière : «
Avec tout ce qu'on entend ces derniers temps, on ne se rend plus compte que l'on parle de vraies personnes ».
Pic de visites en août
Les récentes actualités auraient ainsi avantagé l'exposition. Suite à l'explosion du phénomène dans l'actualité avec des centaines de Roms rapatriés de France vers leur pays d'origine, elle aurait connu un pic de visites en août et touché un public plus large.
«
Nous recevons généralement la visite d'un public de type jeune et engagé », explique l'attachée de conservation au Musée de l'Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon qui se situe dans la cour du Centre Berthelot où est également abrité l'Institut d'Etudes Politiques de l'Université Lyon2. «
Mais ces dernières semaines, poursuit-elle
, nous avons reçu également de nombreux visiteurs assez âgés, curieux de voir de plus près les conditions de vie des Roms en France et dans leur pays natal ».
Le suivi de ces six familles jusqu'en Roumanie lui fait dire désormais «
qu'ils viennent ici pour trouver un idéal de vie » avant de conclure : «
C'est l'histoire des migrants du monde entier ».
Voyages pendulaires, des Roms au cœur de l’Europe au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon jusqu'au 24 décembre 2010.