Curry and Coco mélange à sa sauce
«We are beauty », le titre de leur premier album sorti le 12 avril 2010, résume toute l'insolence et le second degré de ces deux oiseaux de nuits hédonistes. Aux Solidays vendredi, les deux frères adeptes de « pop de la danse », ont apporté l'expérience physique qu'ils voulaient.
Pourquoi ces jeunes Lillois ont décidé d'appeler leur groupe Curry and Coco ? Parce qu'ils sont « Thaïlandais mais ça ne se voit pas »
Sylvain au synthétiseur et Thomas à la batterie sont donc de gros farceurs. Ils usent et abusent de pics provocateurs et de blagues puériles. Malgré des idoles très engagées et tout aussi effrontées - tel le joueur de foot nord-irlandais George Best connu pour ses citations acerbes ou la rockeuse dissidente allemande Nina Hagen - les mots d'ordre de ces deux frères sont tout simplement «
marrez vous la gueule » et s'étendent jusqu'à «
luxure et décadence ».
Loin de manquer d'autodérision et d'ambition, ils veulent relancer l'électro-techno mais rêvent de ressembler à Eddy Mitchell. «
Parce qu'il a la classe internationale et qu'il est très beau. Et surtout parce qu'il a créé à partir de son trip des ''States of America'' quelque chose de très personnel », explique Thomas.
Quant à la propre sauce de Curry and Coco, elle est agrémentée de disco, de new wave et son mélange s'en prend instinctivement aux jambes du public. Il s'agit d'une expérience physique où mieux vaut laisser son cerveau et ses complexes de côté. Car le beat et les refrains sont dignes des plus grandes récurrences des années quatre-vingt et les paroles sont trempées de superficialité. «
On veut vraiment que le public ressente physiquement quelque chose, qu'il soit là pour danser et ne pas se prendre la tête », poursuit Thomas. Influencés par trois ans de tournée et 200 concerts, «
les thèmes de l'album s'inspirent tous de nos nuits et vies passées à faire la fête sur la route », raconte Sylvain.
« Tu entends ce que tu vois »
De la musique classique à AC/DC en passant par Cindy Lauper, leurs goûts divergent. Ils aiment se retrouver dans la « pop de la danse ». Le dancefloor est donc omniprésent. Les titres « Top of the Pop » et « Sex is Fashion » pourraient tout autant être des tubes aussi efficaces qu'éphémères.
Survivront-ils aux années, comme leur collection de vieux matériels et de machines vintage ? Une chose est sûre ce duo de fêtards et d'hyperactifs est fait pour la scène. Sans sample ni ordinateur, le tandem aime «
tout donner » et n'aime pas le purisme. «
Tu entends ce que tu vois, reprend Thomas.
On est à l'inverse de cette pseudo-mode actuelle de rajouter beaucoup de séquences, de se sentir complexés et obligés de mettre des voix et des instruments alors que les groupes sont déjà cinq ou six sur scène ». «
On veut montrer qu'à deux on peut faire bien plus de bruit que ces groupes-là », conclut-il très sérieusement.
Drôles et ambitieux, un brin sûrs d'eux, ils nous ont avoué être impressionnés de jouer aux Solidays devant un public si «
fourni ». Les mêmes, qui en 2006 dans leur Nord natal, tenaient sur scène avec «
un seul morceau mais durant trois heures… », sont en tournée jusqu'à mi-juillet et ont déjà joué dans de nombreux pays d'Europe.
"Top of the pop" de Curry and Coco a cappella :
Oldelaf - « On aime ce côté bric-à-brac musical »
Connu pour son célèbre clip « Le Café », Oldelaf, sans Monsieur D mais avec sa nouvelle équipe, a fait ses premiers pas aux Solidays.
F.S. Qui est Oldelaf ?
Oldelaf. Mon nom est Olivier Delafosse. Tout s'explique ! Depuis janvier Monsieur D est parti du groupe. Nous sommes cinq maintenant sur scène. Il y a Jacques F, l'homme que j'ai croisé dans le métro et sur qui j'ai flashé, Amaury Canté qui est le batteur de Michel Sardou, puis les jumeaux Charles et Alain Bertier. Ce dernier fait des maracasses acrobatiques et me glisse de mauvais conseils dans l'oreille. Ils sont tous bien évidemment des personnages fictifs qui me donnent la réplique. Toutes nos chansons sont prévues pour la scène, nous sommes des artistes comédiens. Notre vocation est de faire de la chanson humoristique. C'est comme ça qu'on a commencé dans les cabarets pour finir sur le même concept mais dans des grosses salles comme l'Olympia en janvier 2010 ou dans les festivals comme ici.
F.S. Qu'est ce que cela représente pour vous de faire les Solidays ?
O. Nous sommes ravis de faire les Solidays, on apporte une petite pierre à l'édifice de cette cause, même si nous ne sommes pas spécialement engagés dans une association. Il y a un côté ambivalent dans notre participation. C'est aussi pour nous une occasion gratifiante et un moyen d'avancer dans notre métier.
F.S. Racontez-nous votre succès sur internet. Vous attendiez vous à cela ?
O. On existe depuis 2000 mais notre succès a vraiment commencé quand on a participé à une émission sur Direct 8 en 2006.
Notre groupe connait en effet un phénomène très drôle car énormément de personnes reprennent nos chansons et se mettent en scène dessus sur YouTube et Dailymotion.
Le clip de notre titre « Le Café », qui date de 2007, a été réalisé par deux filles étudiantes en école de cinéma et réalisation. Elle nous ont contacté peu après sa sortie et deux semaines plus tard le clip était fini. Pareil pour « Nathalie, mon amour des JMJ », le clip a été fait par un fan.
Pour l'instant, nous n'avons pas encore assez de budget pour les développer nous-mêmes.
F.S. Comment expliquer vous ce phénomène ?
O. Le compliment qu'on reçoit le plus souvent tient dans le fait que nous réussissons à « rendre la vie plus jolie avec des choses tristes ». Nous nous inspirons beaucoup des groupes des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix tels Les VRP ou Nentrepot. On aime ce côté bric-à-brac musical. Cette manière justement humoristique pour dire des choses graves. On trouve ça plus engagé. Notre titre la « Tristitude » en est le reflet. Nos chansons traitent du grotesque de la vie, des relations humaines avec les filles surtout et des différentes manières de penser.
F.S. Travaillez-vous sur un prochain album ?
O. « Dernière chance de se faire du fric » est sorti cette année mais oui on espère rentrer en studio en septembre pour un prochain album début 2011. Cette fois-ci j'aimerais qu'il comporte des ballades, de jolies chansons plutôt que notre pâte « riromètre ». On fera toujours de l'humour mais je ne veux plus être catégorisé. Je suis prêt à faire du rock, du jazz voire même de l'électro.
"Et si on chantait ?" d'Oldelaf a cappella :
Par
Stéphanie Villeroy et Romain Katchadourian (photo)