Stuxnet a été repéré en juin 2009 par une entreprise de sécurité biélorusse VirusBlokAda, mais il circule depuis plus d'un an sur Internet. Le code infiltre les ordinateurs via des clés USB, ce qui signifie qu'une intervention humaine a été nécessaire pour le propager. Il utilise alors des certifications numériques volées à des firmes taïwanaises, Realtek et Jmicron, pour faire passer pour authentiques les pilotes dont il a besoin, et exploite trois à quatre failles (« zero day ») de Windows pour agir.
L'objectif de ce
Cheval de Troie est de chercher WinCC, une application développée sous Windows par la firme Siemens, afin d'infecter un programme particulier, type
SCADA, qui contrôle oléoducs, centrales électriques ou installations nucléaires. Stuxnet n'est donc pas programmé pour engendrer des pannes sur des machines, mais pour provoquer des sabotages.
Le virus aurait la capacité de s'améliorer, selon Hamid Alipour, directeur-adjoint de la société d'Etat iranienne des technologies informatiques. «
Trois nouvelles versions sont apparues depuis que nous avons commencé le nettoyage », a-t-il ainsi déclaré en début de semaine.
Qui est à l'origine de Stuxnet ?
Pour Laurent Heslault, directeur des technologies de sécurité chez Symantec, ce « malware » n'a été programmé ni par un «
petit hacker » isolé ni par un «
gang de cybercriminels classiques ». «
Ce 'maliciel' est 10 à 20 fois plus gros que les autres », explique-t-il. «
On estime le temps de développement à l'équivalent de 6 à 10 personnes sur 6 ou 9 mois, au minimum ».
Selon Siemens, Stuxnet «
n'apparaît pas être le développement d'un hacker isolé, mais le produit d'experts en informatique ». L'entreprise suspecte que «
cette équipe est composée d'experts doués de connaissances en ingénierie des contrôles industriels ». D'après Mahmoud Liayi, responsable des technologies de l'information au ministère de l'Industrie, plus de 30.000 ordinateurs iraniens ont été infectés par le virus. C'est «
probablement un gouvernement étranger qui est à l'origine de ce virus ». De son côté, le quotidien gouvernemental
Iran Daily n'a pas hésité à évoquer une «
guerre électronique de l'Occident contre l'Iran ».
Autre argument en faveur de l'intervention d'un gouvernement, un piratage s'illustre généralement par l'exploitation d'une ou deux failles de Windows, selon
Rue89. Dans le cas de Stuxnet, trois à quatre failles ont été utilisées. Sur le marché noir, une faille se négocierait près 250.000 euros.
Selon Jacques Benillouche, journaliste spécialiste des questions concernant Israël, le virus Stuxnet constitue «
une véritable attaque » lancée «
par les Israéliens et les Américains contre l'Iran ». «
Des informations en provenance des services de renseignements dévoilent qu'une offensive cybernétique clandestine a été menée contre l'Iran par les Etats-Unis avec l'aide d'unités d'élites israéliennes, expertes en guerre informatique », écrit-il sur
Slate.
Toutes les interprétations circulent à propos de Stuxnet. Pour Ralph Langner, expert en informatique, le code du virus contient le mot « Myrtus », qui fait référence au terme hébreu « Esther ». Le Livre d'Esther est un récit contenu dans l'Ancien Testament qui raconte comment cette reine perse a empêché l'extermination de son peuple. «
Si vous lisez la Bible, vous pouvez faire cette supposition », a déclaré Ralph Langner au
New York Times.
Shai Blitzblau, responsable du laboratoire israélien de Maglan, connu pour former des cybersoldats, a démenti toute implication de l'Etat hébreu dans cette attaque. Depuis, la presse chinoise a rapporté que plusieurs millions d'ordinateurs du pays ont été touché par le virus. Une situation qui pourrait mettre en porte-à-faux l'hypothèse d'une attaque clandestine visant exclusivement l'Iran.
Y'a-t-il une autre origine possible à Stuxnet ?
L'hypothèse d'une conception du virus pilotée par une ou deux nations en sous-main est toutefois la plus probable, si l'on s'en réfère au principe du rasoir d'Okham. Mais sur la Toile, des informaticiens estiment que Stuxnet pourrait aussi avoir été créé pour relancer le marché de la sécurité numérique, évoque
Le Monde.
L'hypothèse d'un virus élaboré par un Etat a aussi été mis en question mercredi par
Owni. «
Aux yeux de bon nombre d’experts, Stuxnet ne peut avoir été conçu que par un État, ou sous le haut patronage d’un gouvernement qui aurait délégué auprès de petites mains. Pourquoi ? Parce que son objectif à la précision millimétrée ne viserait pas à voler des données, ni à extorquer ses victimes ».
Faut-il craindre une cyberguerre ?
C'est en tout cas ce que craint le général Keith B. Alexander, chef du Cyber Command de l'armée américaine. Les lobbies de la Défense américains se préparent déjà à une cyberguerre. La semaine dernière,
Keith B. Alexander a appelé à sécuriser le réseau électrique américain, considéré comme particulièrement vulnérable et dont il craint qu'il pourrait être la cible d'une cyberattaque.
La cyberguerre n'est pas une fiction. Des agressions informatiques menées par des nations ont eu lieu ces dernières années. En 2007, la Russie a lancé une attaque massive sur l'Estonie afin de paralyser ses infrastructures. Des radars syriens auraient été la cible d'une attaque virale dans le cadre d'un raid israélien sur une centrale nucléaire, rapporte
Le Télégramme, ajoutant qu'en 2008, un ver russe se serait introduit dans l'ordinateur d'un «
touriste » américain, mettant en péril «
toute l'informatique militaire des Etats-Unis ».
La France est-elle en mesure de faire face à ce type d'attaque ?
La question a été posée par
ReadWriteWeb. «
SCADA est plutôt utilisé par des Etats, et l’Etat Français, en entrant en guerre ouverte avec l’internet, s’est peut être aventuré sur un terrain sur lequel il n’est – pas plus que l’Etat Iranien – en mesure de se défendre d’une attaque massive et cordonnée. »
«
La première formulation de la menace remonte à 1992 chez les Américains, qui ont alimenté en données erronées les réseaux du commandement irakien dès 2003 », explique Daniel Ventre, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris, auteur d'un récent livre intitilé
Cyberguerre et guerre de l'information. «
Sommes-nous armés pour faire face à des opérations similaires ? On peut s'interroger sur la sécurité des systèmes de gestion (dits « SCADA »)
permettant de faire tourner les industries et les réseaux de distribution d'énergie ou de transport ».
De son côté, l'Union européenne a estimé jeudi être en mesure de se protéger contre une attaque informatique sur ses infrastructures vitales, bien qu'il reste encore à assimiler à un crime la création et l'utilisation de logiciels malveillants. «
Non, nous ne sommes pas complètement nus » au sein de l'UE face à une cyberattaque contre des infrastructures vitales, a assuré Cecilia Malmström, commissaire en charge de la Sécurité, venue présenter une proposition de loi avec sa collègue chargée des nouvelles technologies, Neelie Kroes.
La Commission a toutefois proposé un renforcement de l'Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l'information (Enisa), créée en 2004, notamment «
pour améliorer l'état de préparation » des 27 pays de l'UE «
face à ces défis ».