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Vendredi 25 mai, 12:51
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Télévision : La révolution ne fait que commencer !

Révolution de la télévision


TNT dans tous les foyers, explosion du Web, « replay », interactivité, nouvelles technologies qui se développent à un rythme fou : Pascal Josèphe, un des meilleurs connaisseurs des médias en France, décrypte « la plus grande révolution technologique qui va changer notre vie ».

La TNT est dans tous les foyers français
La TNT est dans tous les foyers français SIPA/MEIGNEUX/SIPA

FRANCE-SOIR  La TNT, avec 19 chaînes gratuites et bientôt 6 de plus, est désormais chez tous les Français. Vous considérez que ça change tout ?

PASCAL JOSÈPHE  Cela s’inscrit dans cette révolution qui bouleverse toutes nos habitudes, et qui façonne un monde nouveau, sans que nous nous en rendions compte. Avec ce choix élargi, et qui s’élargira encore car la TNT a de la ressource, le regard du téléspectateur change : plus son choix est large, plus il est exigeant, plus il est critique et expert. Avec en plus les dispositifs de télévision de rattrapage, comme Pluzz pour les chaînes publiques, M6 replay ou My TF1, désormais c’est le téléspectateur qui a pris le pouvoir. Il regarde ce qu’il veut, quand il veut, où il veut, sur sa télé, son smartphone, sa tablette, son ordinateur.

F.-S.  Est-ce si important ?

P. J. Oui, parce que la télévision est au centre de nos vies, de nos choix, de nos pensées, de nos comportements. Non seulement le téléspectateur prend le contrôle de la programmation, mais en plus, avec le phénomène de la télé-réalité et les émissions de témoignages, ou même les télé-crochets, il est devenu le principal protagoniste des programmes…

Le téléspectateur a pris le pouvoir

F.-S. Vous dites que le téléspectateur est devenu « expert ». C’est ce qui expliquerait l’échec de tant de nouvelles émissions à la rentrée ?

P. J. Sans doute. De plus en plus critique, le téléspectateur cherche à la télévision de quoi nourrir une attente complexe. Il n’y a pas d’un côté ceux qui s’abrutissent et d’un autre côté ceux qui se prennent la tête.

F.-S. La multiplication des chaînes et des supports permet donc au public, devenu exigeant, de cibler exactement ce qu’il veut…

P. J. Oui, mais parce qu’il est devenu expert, dans tous les genres, le public attend du contenu, de la qualité, de la surprise, de l’émotion, de la sincérité. Quel qu’en soit le genre – divertissement, fiction, jeu ou magazine – il recherche des programmes dont il aura envie de parler en famille, au bureau, à l’usine, au collège, à la cantine, au bistrot. Et aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, Facebook en tête, les conversations sont encore plus nourries. On se recommande les bons plans, on alerte sur les mauvais !

F.-S. Les émissions qui se sont « plantées » n’ont pas répondu à cette attente ?

P. J. Forcément, même si la création n’est pas une science exacte. Mais il y a quand même des erreurs à éviter. Par exemple, quand on met une émission à l’antenne, quand on innove, il ne faut pas se précipiter. Il faut mûrir sa réflexion, son concept, travailler tous les aspects du programme. Il faut des audaces, mais des audaces maîtrisées.

F.-S. Mais le public n’est-il pas infidèle par définition ?

P. J. Il est hyper-zappeur ! Mais quand il y trouve son compte, il est fidèle. Il y a des rendez-vous qui traversent le temps, avec leur public fidèle, comme ceux de Nagui, Michel Drucker, Patrick Sébastien, Laurent Ruquier. Et les nouveautés peuvent aussi s’installer, comme Un dîner presque parfait ou L’amour est dans le pré. Il y a aussi des émissions qui accompagnent des publics très divers, qui ne créent pas de polémique, comme C dans l’air, Le Magazine de la santé, C à vous. La liste est longue ! Sans parler des nouvelles chaînes de la TNT qui bouillonnent d’une offre nouvelle.

La télévision détrônée ?

F.-S. La révolution ne se limite-t-elle pas à la seule TNT, avec son offre élargie ?

P. J. Bien sûr que non. Désormais, la télévision – autrefois hégémonique – est en compétition avec d’autres formes de médias, de divertissement et d’accès à la connaissance, Internet en tête. Le Web est un concurrent insaisissable, imprévisible. On y trouve tellement tout que la télévision doit revoir sa grammaire, sa manière d’être, de penser ses contenus, son rapport au public. Pour faire face, elle doit faire ami-ami avec le Web, aller au-delà de la télévision de rattrapage, proposer de vrais prolongements numériques de ses contenus, pour que le téléspectateur puisse vivre une expérience de télévision enrichie, interactive, qui l’écoute et surtout lui réponde !

L’effet turbo du Web

F.-S. Ne surestimez-vous pas le poids du Web face à la puissance de la télévision ?

P. J. Il y aura bientôt 30 millions de Français sur Facebook, on ne peut pas ignorer cette nouvelle manière d’être de l’individu ! La prendre en compte, c’est s’assurer ce que j’appelle l’« effet turbo du Web » : plus la télévision intègre le Web comme prolongement de son offre, plus le public peut être attiré par ses programmes, et l’audience devient meilleure… si le programme est bon bien sûr.

F.-S. Justement, n’avez-vous pas l’impression que la télévision est un peu molle en ce moment ?

P. J. Sans doute pour des programmes qui n’ont pas trouvé leur public à la rentrée, notamment en soirée, et qui, normalement, structurent l’audience et donnent une identité à la chaîne. Ce sont des programmes dont le public attend beaucoup. Alors, en retour, on a beaucoup parlé de leurs échecs. En tout cas, il y a un genre qui n’est pas « mou », comme vous dites, mais s’active fort aujourd’hui, c’est l’information. Avec la richesse de l’actualité, le traitement de l’information est trépidant. Il permet aux journaux télévisés de faire de très belles audiences, et aux chaînes tout info d’entretenir tous les suspenses… Là encore, nos attentes et nos habitudes ont complètement changé, je ne sais plus qui a dit que le public souffrirait d’« infobésité » !

F.-S. Au risque de ne plus rien comprendre…

P. J. Sans doute. Il n’est pas facile pour le téléspectateur de mettre de l’ordre dans sa tête, de ne pas être submergé par l’émotion et l’angoisse. C’est un vrai problème. Comment faire la part entre la recherche de l’audience et l’accompagnement du public dans une réelle compréhension des événements ? La crise économique, par exemple, à la fois on en parle beaucoup, et à la fois on n’ose pas dire ce qui va réellement se passer dans les années qui viennent.

F.-S. Qu’est-ce que les médias nous cachent ?

P. J. Quand Angela Merkel dit qu’on en a pour des années, on devrait expliquer encore plus clairement, concrètement, sans détours, ce que cela va signifier pour les gens, en matière d’emploi, de retraite, de couverture sociale, de consommation, de vie collective et de vie quotidienne, de solidarité, de répartition des richesses. Les médias auront un rôle et une responsabilité essentiels dans l’accompagnement des gens confrontés à la crise. Si le pire arrive, il faut surtout éviter la panique. Les médias doivent donc anticiper.

Une technologie ahurissante

F.-S. Le Web, les évolutions technologiques, tout va très vite… où cela nous mène-t-il ?

P. J. Bien malin celui qui a la réponse ! Le Web n’a que 17 ans, les premiers SMS 10 ans, Facebook 5 ans. On n’a rien vu venir… alors qu’est-ce qui pourrait surgir demain ? Des systèmes étonnants de télévision interactive, une totale circulation des contenus entre tous les écrans, y compris les plus grands dont on ne parle jamais, les panneaux d’affichage qui deviendront de grands écrans numériques sur la voie publique et dans les centres commerciaux. Et puis il y a le téléviseur connecté, qui transporte simultanément la télévision et le Web, on ne saura plus si les contenus nous arrivent par l’une ou l’autre voie. Des innovations incroyables sont en développement dans quantité de laboratoires, comme la commande par la pensée : vous penserez au nom de la chaîne que vous avez envie de regarder, et elle arrivera comme ça ! Ce sont les Chinois qui ont mis au point ce système de commande par la pensée. On pourra commander par la pensée une radio, une chanson, un film, enfin tout ce qui vous passera par la tête, si je puis dire ! Les nanotechnologies vont se déployer, s’appliquer à tous les registres de notre vie, et les progrès qu’elles vont engendrer sont incommensurables, bien au-delà de la communication. L’humanité n’a jamais vécu une telle révolution.

 

Bio : Enfant (surdoué) de la télé


Pascal Josèphe est l’un des meilleurs connaisseurs de la télévision en France : programmateur, découvreur de talents (tels Naguy ou Mireille Dumas), patron de chaîne, spécialiste des nouvelles technologies, il en maîtrise tous les aspects. Plus jeune programmateur de France, il a dirigé les antennes de TF1 (il en a fait la chaîne leader quand elle était encore publique), puis de La Cinq, puis de France 2 et France 3. Il a créé et dirige aujourd’hui IMCA, société de conseil qui intervient auprès d’acteurs de la communication et de médias, en France et à l’étranger. Son job : scruter, avec ses experts, jour après jour les évolutions technologiques, éditoriales, et comportementales, prévoir ce qui nous attend, et accompagner ses clients dans leurs stratégies.

 

 

« Le Web n’a que 17 ans, les premiers SMS 10 ans, Facebook 5 ans. Alors, qu’est-ce qui va surgir demain ? Des technologies ahurissantes, qui vont changer notre vie. »

 

« Avec le choix élargi de la TNT, qui s’élargira encore, le regard du téléspectateur change : plus son choix est large, plus il est exigeant. Il est devenu expert. »

 

« Dans tous les genres, le public attend du contenu, de la qualité, de la surprise, de l’émotion, de la sincérité. »

 

« Avec les réseaux sociaux, comme Facebook, les conversations sont encore plus nourries. On se recommande les bons plans, on s’alerte sur les mauvais. »

 

« Plus la télévision intègre le Web, comme prolongement de son offre, plus le public est attiré par ses programmes. C’est l’effet turbo du Web. »

 

« Les Chinois on mis au point un système de commande par la pensée. Vous pensez au nom de la chaîne, elle arrivera comme ça. On pourra commander par la pensée une radio, une chanson, un film, tout ce qui vous passera par la tête. »

 

 

Par Patrick Meney
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Réactions à cet article1 commentaire

  • remilyonnais, le 11 déc à 22:54

    remilyonnais
    médias

    Rassurer les médias nous sommes au courant, au fait que nous allons droit dans le mur avec l'euro !



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