
La Star Ac à l’opéra
Nicole Duault, le jeudi 18 juin 2009 à 04:00
Parmi les onze chanteurs, deux viennent des émissions de télé-réalité. La chorégraphie est de Kamel Ouali. Connu pour les comédies musicales Cléopâtre, Les Dix Commandements et la revue French Cancan des Folies-Bergère, il ajoute la breakdance à sa palette. Quant à la mise en scène, elle est signée d’un trublion créatif et décalé de la vidéo et des arts plastiques : Pierrick Sorin multiplie l’intervention de l’image sur de nombreux écrans et fait d’un détail un univers. Ainsi, il situe la pastorale au cœur d’une laitue de 15 mètres de haut et change le temple de Vénus en hammam…
Voilà un spectacle qui tient plus du melting-pot humoristique que de l’opéra traditionnel. Le compositeur truffe également l’orchestre de sonorités les plus cocasses tels le bruit du vent dans des tuyaux d’arrosage, celui d’appeaux ou de jouets d’enfant. Pince-sans-rire, il s’amuse.
FRANCE-SOIR. Comment tire-t-on un opéra moderne d’un roman du XVIIe siècle de 5.399 pages ?
GÉRARD PESSON. L’Astrée est un point de départ. L’atmosphère, les noms des personnages, les lieux sont le prétexte de créer un monde. Ce sont des gens de condition qui prennent le rôle de bergers : un jeu de rôle. Des jeunes gens et des jeunes filles se réunissent alors pour s’embarquer dans une aventure… comme L’Ile de la tentation avec une notion d’épreuves, genre Loft Story ou Fort Boyard.
Bergers, bergères certes, mais il y a aussi des candidats… à un jeu télévisé…
Les candidats sont à la recherche de l’amour impossible, comme Astrée et Céladon, sous le regard de manipulateurs qui sont peut-être la méchante télé commerciale, les fabricants de logiciels, de jeux vidéo.
Qu’est-ce qui vous amusé dans le mélange des genres ?
A partir du moment où nous faisions référence à la télé-réalité, Jean-Luc Choplin, directeur du Châtelet, a eu l’idée de faire appel à des chanteurs de variétés. Nous avons fait énormément d’auditions. La Star Academy s’y est intéressée. Les deux jeunes filles que nous avons choisies, Hoda Sanz et Raphaëlle Dess, ont du tempérament. Elles sont justes dramatiquement.
Il s’agit du choc de deux cultures…
C’est une rencontre et une estime réciproque avec leurs collègues lyriques. Elles n’ont rien à leur envier quant à l’exactitude, au travail, à la ponctualité. Elles sont professionnelles. Certes ce n’est pas leur monde, mais une expérience de croisement.
Avez-vous écrit spécialement pour elles ?
Oui. J’ai d’abord laissé beaucoup de plages musicales sans texte pour donner de la place à des images pures. L’opéra, ce n’est pas tout le temps du chant. J’ai écrit des chansons spécialement pour ces chanteuses de variétés avec des cantilènes, un couplet, un refrain. On les différencie d’autant mieux qu’elles sont chantées par des voix que l’on reconnaît tout de suite. Elles apportent à l’opéra une ambiguïté stylistique indispensable. Si elles n’étaient pas là, on perdrait quelque chose.
Ne craignez-vous pas que cette œuvre crée des malentendus ?
Peut-être. Ceux qui viennent pour ma musique, ceux qui viennent pour la Star Ac ne sont pas les mêmes. Je souhaite qu’ils soient tous sensibles à la poésie et à l’humour du spectacle.
Pastorale, d’après L’Astrée, d’Honoré d’Urfé.
Opéra de Gérard Pesson, mis en scène par Pierrick Sorin, du 18 au 24 juin au théâtre du Châtelet.
Rens. au 01.40.28.28.40 ou sur www.chatelet-theatre.com.




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