Musique

Rencontre avec Christophe Miossec

Sophie Bouniot, le lundi 14 septembre 2009 à 04:00

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Avec Finistériens, Christophe Miossec, associé au compositeur Yann Tiersen, a imaginé onze morceaux sertis de bourrasques musicales et d’une rugosité verbale et vocale.

Très vite classé dans la catégorie des grands écorchés, Christophe Miossec revient avec un septième album composé à quatre mains. Son duettiste, le compositeur Yann Tiersen, a tourné, avec lui, son regard vers la même terre natale. Nés à Brest, ils composent Finistériens.

FRANCE-SOIR. Pourquoi avoir choisi de marquer votre dernier album du sceau de vos origines ?
MIOSSEC.
C’est assez simple, je viens de Brest tout comme Yann Tiersen avec qui j’ai travaillé sur cet album. Nous sommes finistériens, il n’y a pas de jeu de mots, c’est un titre très simple. Avec Yann, nous vivons dans des endroits où ça pète. Ce sont nos racines, nous adorons les falaises, les tempêtes…

Comment avez-vous concilié vos deux univers musicaux ?
Nous n’avons pas trop gambergé, nous avons travaillé de manière impulsive. Il n’y a eu ni réunion, ni thérapie. Nous nous sommes juste mis au boulot. Et puis comme Yann joue de tous les instruments, nous sommes allés très vite. Si nous devions faire une compétition d’écorchés, je ne sais lequel de nous deux serait le gagnant. Yann désirait casser son image de compositeur d’Amélie Poulain. La rencontre s’est faite naturellement, nous avons des goûts et des dégoûts communs. Et puis, nous savions très bien que nous n’allions pas faire des tubes qui allaient passer sur les radios tout l’été. J’ai l’impression que le disque sent la flotte, j’avais envie de quelque chose d’océanique. Nous voulions surtout avoir un disque cohérent. Nous avons fait les compositions à deux, nous nous sommes amusés à brouiller les pistes.

Vous avez joué vos morceaux en concert, sans avoir finalisé votre album. Comment le disque et la scène se sont-ils répondus ?
J’aime bien faire les concerts avant les disques. Jouer devant un public qui ne connaît pas les morceaux, c’est vraiment le pied. Cela nous a servi à réajuster des chansons, à en supprimer. Si elles ne tiennent pas le coup sur scène, elles n’en valent pas la peine. Et puis ça aide au niveau de la voix. En studio, devant une glace, avec un casque sur les oreilles, on ne s’adresse pas à grand monde. Après, nous ne nous sommes pas forcément fiés aux réactions des gens. La chanson la plus applaudie, par exemple, ne figure pas sur le disque.

« Je n’arrive pas à faire des chansons sur le bonheur. Ça n’est pas ma fonction. »

Les titres comme CDD ou Les Chiens de paille sont une analyse sévère du monde du travail…
Il s’agit juste d’un constat réaliste. Ce n’est pas dans le registre : « Camarades, réveillez-vous. » On ne propose rien, on ne dit rien de plus, il n’y a pas de jugement réel. Aujourd’hui, il n’est pas possible, si l’on est un petit peu sensible à ce qui se passe, de faire un disque qui n’en tienne pas compte.

Vos textes portent surtout sur les tumultes sentimentaux. Est-ce à dire que le bonheur ne vous inspire pas ?
Non. Je n’arrive pas à faire des chansons sur le bonheur. Ça n’est pas ma fonction. D’ailleurs, les textes qui chantent le bonheur sonnent souvent faux, je n’en connais pas beaucoup qui tapent juste, à part peut-être Charles Trenet.

Comment faites-vous la part des choses entre votre propre travail et celui de parolier pour Johnny Hallyday, Juliette Gréco, Alain Bashung ou encore Jane Birkin ?
J’ai commencé dans ce métier à 31 ans, je me sentais complètement imposteur. J’ai mis un temps fou à me dire que je pouvais faire ce boulot. Travailler pour les autres a été une manière d’être adoubé. Et puis c’est le pied d’entendre ses mots chantés par un autre. Cela change du côté narcissique qui peut être très pénible. Il y a une jubilation à rentrer dans la tête d’un autre. Ce sont des bouffées d’air qui me régénèrent.

Au fil du temps, vous semblez vous être posé. Est-ce juste une impression ?
Quand on est chanteur, on devient très vite une caricature ambulante. On est mis dans une case. J’ai eu une époque où je n’avais pas commencé à écrire pour les autres et où je pensais faire un métier de passage. Il y avait une bonne part de je-m’en- foutisme et un côté punk sur le retour qui faisait du bien. C’était presque une thérapie de ne pas caresser le public dans le sens du poil, c’était de l’autodéfense.

Est-ce qu’il y a une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?
Est-ce que je vais changer de voiture ? Euh… Non. Je viens d’en acheter une.


Sans tambour, mais avec tempête

Les puristes continueront, sans conteste, de louer le premier opus de Miossec, Boire. Dans la septième tournée offerte par le chanteur avec Finistériens, les mots touchent au plus près l’air du temps : le monde du travail est passé à la moulinette analytique, les joggeurs du dimanche ne sont pas plus heureux et les relations humaines restent empreintes de cassure et de désespérance.

Bref, ça ne respire pas la joie. Pourtant, Miossec n’a jamais autant fait respirer son auditoire. Ce souffle d’air frais doit sans aucun doute à sa collaboration avec Yann Tiersen, cet autre artiste du Finistère. Loin de son registre d’Amélie Poulain, le plurimusicien (piano, violon, batterie, guitare…) envoie des embruns mélodieux dans ce qui est, au final, une très belle partition à quatre mains.

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