Musique

Benjamin Biolay : “Ressembler à Serge Gainsbourg serait sclérosant”

Propos recueillis par Nicolas Palita, le lundi 19 octobre 2009 à 04:00

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Pour son cinquième disque, le chanteur a enregistré vingt-deux chansons inédites.

De plus en plus d’artistes voient leur contrat non renouvelé. Tel vient d’être le cas pour Benjamin Biolay. Il a néanmoins fini par retrouver une maison de disques. Réputé pour son franc-parler, il est souvent incompris. Relativement détendu, il s’en est expliqué et s’est confié quitte à déplaire à nouveau.

FRANCE-SOIR. Dans quel état d’esprit avez-vous créé vos nouvelles compositions ?
BENJAMIN BIOLAY.
Mon avant-dernier album devait sortir en mai 2007. Pour cause de plans sociaux à répétitions, il ne s’est retrouvé dans les bacs qu’une année plus tard. Par ailleurs, la direction de la maison de disques pour laquelle je travaillais (NDLR : EMI) n’a pas souhaité me prolonger. Je l’ai relativement mal vécu car j’avais bien mouillé le maillot pour eux en enregistrant plusieurs albums et en collaborant sur ceux de Julien Clerc, Henri Salvador, Françoise Hardy, etc. Plutôt que de me mettre sur le marché, j’ai voulu profiter de cette chance de n’avoir aucune obligation. J’ai donc pris le temps de ressentir le besoin de me remettre à la musique. Au final, j’ai ressenti un vrai plaisir à monter mon studio et à ne pas avoir d’inspecteur des travaux finis qui juge mes chansons.

Musicalement, l’inspiration est-elle venue facilement ?
N’ayant pas la velléité de faire un album, j’ai travaillé comme un peintre du dimanche. Au début, je pensais enregistrer des sons très urbains, à la limite du rap blanc. A l’écoute du résultat, je suis sorti de mon cahier des charges sans réellement m’en rendre compte.

Vous intitulez ce double album La Superbe. N’est-ce pas un peu prétentieux ?

Le titre vient de la première chanson de l’album. Il représente un générique qui évoque des situations de ruptures tout en gardant une dignité. En revanche, c’est un peu gênant car à l’étranger ils croient que j’affirme être quelqu’un de super (rire).

Que pensez-vous de votre image en France ?
Elle est brouillée. Chaque fois que j’ai voulu inverser la tendance, la situation a empiré. Du coup je préfère ne pas m’en préoccuper. J’essaye aussi d’être le plus rare possible et de ne pas participer à des émissions dans lesquelles je n’ai pas ma place.

On vous a beaucoup reproché de vous prendre pour Serge Gainsbourg…
C’est stupide de penser que je puisse avoir ce genre de prétention ! C’est d’autant plus ridicule qu’étant de nature angoissée et hypocondriaque je n’arrive pas à rêver de reconnaissance ni de carrière. Quand Serge Gainsbourg était vivant, tout le monde lui crachait dessus. Je l’admire énormément et je sais qu’il était infiniment plus brillant que moi. Ce serait sclérosant d’essayer de lui ressembler. Vous verrez, bientôt on dira de tous les artistes qu’ils rêvent d’être Alain Bashung…

Etes-vous toujours aussi critique à l’égard de vos collègues ?
Je suis connu pour avoir fait de grands reproches à mes congénères. En toute sincérité, c’était juste un acte pour que l’on me sorte de cette catégorie de nouvelle chanson française qui ne représente qu’un terme marketing. Par ailleurs, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Je ne voulais pas faire de la peine à la maman de Benabar mais je ne peux pas effacer ce que j’ai dit ni mentir en écrivant sur un blog que j’aime ses chansons. La vraie musique est un langage d’amour. Le reste c’est du bla-bla. J’aime Emilie Simon, Phoenix, etc. Par ailleurs, on oublie trop souvent que la scène c’est aussi l’orchestre national de Paris, les frères Belmondo, etc.

Vous êtes-vous réconcilié avec Christophe Willem ?
Il n’a pas accepté mes critiques. Ces dernières étaient surtout destinées aux personnes qui lui ont proposé des chansons uniquement pour des raisons financières. Il a mal réagi et a dit beaucoup de choses sur moi. Si je le croise, je lui mettrai peut-être une gifle…


 

De belles chansons

Ce nouveau disque de Benjamin Biolay est une bonne surprise. Alors que sa musique n’était pas forcément toujours accessible, les chansons sont plus simples que celles de ses précédents opus. Si le premier CD reste assez sombre, le deuxième contient des airs plus dynamiques. Certes la majorité des textes peuvent sembler assez mélancoliques et introvertis mais l’artiste joue avec les mots. Qu’il soit ironique sur Assez parlé de moi ou qu’il se confie dans Jaloux de tout, l’ensemble s’écoute avec plaisir. Ce double album pourrait bien lui permettre de retrouver les faveurs du grand public.

Edition France Soir du lundi 19 octobre 2009 page 24

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