«
Je ne savais pas qu’elle était condamnée. » Quand Benjamin Castaldi quitte la propriété familiale normande d’Autheuil-Authouillet, à la fin du paisible été 1985, le jeune adolescent n’imagine pas qu’il ne reverra plus jamais «
mamie Simone ». Il a 15 ans quand cette dernière s’éteint à la suite d’un cancer du pancréas. Ce long et douloureux combat contre la maladie, il ne l’a jamais soupçonné. «
On m’a préservé », lâche-t-il. Sa grand-mère aura consumé 64 ans d’une vie riche en convictions amoureuses, cinématographiques et politiques. Une existence aussi brûlante que les cigarettes qu’elle n’a jamais cessé de griller.
« Benji » n’est alors qu’un petit blondinet à la frimousse angélique. Il ne mesure pas réellement quel monstre sacré est Simone Signoret. «
Ce n’était pas une grand-mère gâteau, reprend-il. Mais elle était présente, attentive et plutôt exigeante sur les études… » Ce décès est «
un coup dur ». «
Pendant le trajet qui me conduisait au petit cimetière d’Autheuil, j’entendais les radios qui retraçaient son parcours, son œuvre, ses récompenses… J’ai compris qu’elle n’était pas une mamie ordinaire. Si j’avais su, je ne l’aurais pas regardée avec les mêmes yeux. »
De la politique au dîner
Vingt-cinq ans plus tard, il publie Dans les yeux de Simone, sorte d’album de photos familial et intime dans lequel il lève un coin du voile sur le mythe et sur ce couple fusionnel qu’elle formait avec Yves Montand. «
Quand je revois les images d’elle à Hollywood et d’autres avec Delon ou Gabin, je regrette qu’elle n’ait pas eu le temps de me raconter tout ça. » Lui s’amusait avec insouciance. «
Dans le jardin de cette grande maison blanche, je faisais du vélo, construisais des cabanes… Mamie, je la retrouvais pour le dîner et le déjeuner. » Des moments sacrément animés ! Surtout lorsque Yves Montand était encore de ce monde. «
J’ai baigné dans le discours politique, sourit-il. J’ai dû connaître le mur de Berlin avant de savoir placer Brest sur une carte de France. Avec Montand, ma grand-mère avait des discussions passionnées, ils n’arrivaient pas à se parler calmement. Généralement, ça finissait dans des éclats de voix et je quittais la table pour aller prendre mon dessert ailleurs. »
Ce recueil, s’il n’est pas une thérapie, lui a fait prendre conscience de la beauté de sa grand-mère. «
Ce qui m’a frappé, c’est surtout l’écart entre la femme militante forte en gueule et l’épouse totalement dévouée à son mari… Elle était capable de faire n’importe quel sacrifice, à mon avis, consenti. » Depuis, la maison aux souvenirs a été vendue. «
En même temps, je me dis que c’est peut-être mieux comme ça. » Aujourd’hui ? «
Je dirais à ma grand-mère qu’elle me manque et que je l’aime. Je lui demanderais aussi si elle est fière de moi. »
Dans les yeux de Simone, Benjamin Castaldi avec Jean-Michel Caradec’h, éditions Albin Michel, 50 p., 29 €.
Trouble Yves Montand…
Quand, en 2004, Benjamin Castaldi publie Maintenant, il faudra tout se dire (Albin Michel), il fait grand bruit en dévoilant les relations ambiguës qu’avait entretenues Yves Montand avec sa fille adoptive, Catherine Allégret (la mère de Benji). « C’était un secret de famille comme il en existe malheureusement beaucoup, explique-t-il aujourd’hui. Depuis, j’ai fait un chemin sur cette histoire, en parler est quelque chose qui m’a permis de me libérer. A présent je regarde devant. »
Cette photo de 1979 est l’une des préférées de Benjamin Castaldi. « C’est tout ma grand-mère ! Elle portait toujours cette blouse, comme ce cœur en diamant que lui avait offert Montand. » © Gamma/Michèle Pelletier
Photo datant de 1953. Simone Signoret et Yves Montand sur le tournage du Salaire de la peur. « Entre eux, c’était fusionnel », dit Benjamin Castaldi. © Gamma/R.A.
Sur cette photo prise par sa mère, Catherine Allégret, Benjamin Castaldi a une douzaine d’années. Il pose avec cette « grand-mère pas si ordinaire ». © Collection privée/Catherine Allégret/S.R.