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Francofolies - Jane Birkin à l'affiche

People

Publié le 10 juillet 2009 à 17h18
Mis à jour le 12 mars 2010 à 13h16

Entre deux balances, les répétitions et les concerts, France-Soir a rencontré Jane Birkin… et sa chienne Dora.

Il y a dix-sept ans, Jane Birkin posait son micro à terre sur la scène des Francofolies de La Rochelle. Elle faisait ses adieux, accablée par la mort de Serge Gainsbourg, intervenue le 2 mars 1991. Mais Jane est revenue avec un nouvel album en 2008, Enfants d’hiver, qu’elle a entièrement écrit. Une première. Fini le temps de l’icône « Baby Doll », Jane est plus que jamais une femme engagée. Avec Enfants d’hiver, elle livre des textes autobiographiques et soutient Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991. Née à Rangoun, Aung San Suu Kyi est une figure emblématique de l’opposition à la dictature militaire Birmane. Après avoir été place en résidence surveillée pendant des années, elle est emprisonnée depuis plusieurs mois. Jane Birkin avec son pin’s « Free Burma » nous parle de cette femme qu’elle soutient contre vents et marées.

FRANCE-SOIR. Vous avez chanté aux côtés d’Arthur H, vendredi soir, pour les 25 ans des Francofolies. Un moment d’émotion car vous avez rendu hommage à Alain Bashung…
JANE BIRKIN. Oui j’ai chanté Madame rêve. J’ai été très contente de chanter pour lui.

Pourquoi avez-vous mis autant de temps à écrire vos propres chansons ?
Enfants d’hiver est un complément de mon film Boxes. Il parle de ma nostalgie d’enfance, de mes peurs, de mes enfants, de la peur de vieillir…

Dans Enfants d’hiver vous avez écrit une chanson pour Aung San Suu Kyi. Pourquoi ?
Parce que personne d’autre ne le fait en France. Je dis en France parce qu’en Angleterre il y a beaucoup d’associations et beaucoup de médias qui parlent d’elle. La Birmanie faisait partie de l’Empire britannique…

Quelle est l’histoire de cette femme ?
Le père d’Aung San Suu Kyi a été leader de la libération de la Birmanie. Elle a épousé un anthropologue anglais avec lequel elle a eu deux enfants. En 1991, il y avait un film de John Boorman qui s’appelait Rangoon… On ne peut que penser à elle. Nous sommes tous imprégnés par ce film et par le charisme d’Aung San Suu Kyi qui est prix Nobel de la paix. C’est la principale opposante à la dictature en Birmanie. Elle est encore en prison. Elle va être jugée dans une semaine et elle risque la prison ferme. Evidemment, elle va être écartée des élections de l’année prochaine. Elle a 63 ans et elle est malade. Par deux fois, j’ai cru qu’elle allait mourir. Je me sens responsable d’elle et je veux faire de mon mieux pour elle. Aucun politique français ne semble intéressé, mis à part le maire du XXe arrondissement de Paris, le maire de Paris et Carla Bruni, qui a fait une plaidoirie pour elle. Elle a d’ailleurs été très critiquée pour cela, mais je la remercie beaucoup. Si la reine d’Angleterre pouvait en faire autant, ça serait très bien. Je pense qu’il n’y a que les sanctions économiques qui marcheront. Je fais donc des manifestations pour elle, je n’arrête pas.

Sur votre site officiel Janebirkin.net, vous postez beaucoup de billets d’humeur pour Aung San Suu Ki. Est-ce pour vous un moyen de la soutenir ?
Oui. Les Anglais et les Belges sont beaucoup plus actifs. En France l’association Info Birmanie est très pauvre. J’ai l’impression que tout le monde s’en fout. Il y a des gens, de bon cœur, qui viennent à nos manifestations mais j’ai l’impression que tout le monde s’en moque. Si nos discours ne passent pas sur les radios ou sur les télévisions et si on ne prend pas des pages de pub dans la presse, personne ne sait. Aung San Suu Kyi est une personne qu’on va regretter énormément. Il y a urgence. Je n’ai pas beaucoup d’armes. Si d’autres artistes se ralliaient à cette cause ce serait bien. Parce qu’au bout d’un moment les gens en ont marre de me voir.

Que Carla Bruni-Sarkozy en ait parlé est un grand pas…
Oui, j’ai trouvé cela très bien. Le temps est compté, il ne faut pas que Aung San Suu Kyi meure.

Vous avez aussi marché pour d’autres…
Pour Aung San Suu Kyi, ce n’est pas trop tard. Elle est bouddhiste et pacifiste, elle est dans les mains de brutes qui ont saisi le pouvoir parce que c’est elle qui l’a gagné en 1990, à 83 %. Aussi sec, ils l’ont mis en taule et c’était fini pour le parti démocratique.

L’avez-vous déjà rencontrée ?
Oui, j’ai eu la chance de la voir une heure en Birmanie il y a dix ans. Et j’ai vu les orphelinats, j’ai vu comment les gens étaient terrifiés de parler. Il y avait un lycée français là-bas où les élèves avaient appris toutes les paroles de Serge Gainsbourg. Ils connaissaient L’Homme à la tête de choux par cœur et j’ai chanté pour 100 personnes là-bas. La condition pour que je chante était que je rencontre Aung San Suu Kyi. Il ne faut pas l’oublier et il faut qu’elle sache qu’on ne l’oublie pas…

Par De notre envoyée spéciale à La Rochelle, Magali Vogel
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