C’est sur France Soir !

Roberto Alagna : “Le succès dérange”

Le ténor des ténors, qui, tel Don Juan, rêve de faire « la conquête de tous les opéras », pourfend ses contestataires. Avant d’entamer une série de représentations.

Quelle carrière pour ce petit gars d’origine sicilienne qui, dans les bars d’Aubervilliers, grattait sa guitare en chantant ! Roberto Alagna est devenu le plus célèbre des ténors et le voici à Versailles. Ce roi absolu du bel canto est jeudi soir sur le bassin de Neptune où, devant plus de 7.500 spectateurs, accompagné par l’Orchestre de Paris sous la direction de Michel Plasson, il clame son amour pour les grands airs du répertoire français. Tout cela en continuant à chanter les romances de son disque Le Sicilien qui emplissent les Zénith de France et de Navarre. Il fera à nouveau l’an prochain le tour des douze Zénith avant une tournée mondiale. « Ce qui me conduit, c’est mon instinct », dit-il alors que la critique s’acharne sur lui. Il répond avec véhémence.

France-Soir. Au top des chanteurs lyriques, comment voyez-vous l’avenir ?
Roberto Alagna : Heureux dans tous les genres. Je viens de chanter 25 chansons siciliennes à Nantes où j’ai rendu hommage à Caruso, le ténor des ténors qui est mort à 48 ans. Moi, j’en ai 46. J’ai eu envie de faire cet hommage en partie improvisé. Voir tous ces milliers de gens heureux me redemander des chansons, c’était extraordinaire. La sincérité et la vérité sont là. Ma carrière ne s’est jamais portée aussi bien. Dans le milieu spécialisé de l’opéra, voyant que je fais du crossing-over, c’est-à-dire que je vais vers les variétés, on m’ignore, on me conteste, on me critique. Le succès dérange. Mais, le public est là.

On dit que vous n’avez plus les aigus d’avant ?
Je m’en fous du qu’en-dira-t-on ! Caruso n’avait pas, à sa maturité, les aigus de sa jeunesse. Il était devenu encore plus beau. Les trois dernières années de sa vie, alors qu’on parlait de son déclin, il était sublime dans les phrasés et la respiration. Je n’en suis pas là.

Vous voilà à Versailles pour un concert de musique française.
Je chante des airs d’opéra français mais je laisse aussi de la place à la musique symphonique. Quand on a Plasson à la tête de l’Orchestre de Paris, cela s’impose. J’aurais aimé aller jusqu’aux compositeurs d‘aujourd’hui. Mais pour des problèmes de droits, cela n’a pas été possible. Nous jouons donc des œuvres classiques.

Qu’aimez-vous dans la musique contemporaine ?
La musique d’opéra est un art d’aujourd’hui. En voici deux exemples : Cosma avec Marius diffusé à la télévision, et mon frère David avec Le Journal d’un condamné d’après Victor Hugo remportent un succès populaire.

Michel Plasson vous dirige avec l’Orchestre de Paris. Qui est-il pour vous ?
Le meilleur des chefs. Je l’admire depuis toujours. Il fait partie de ma famille. Il est comme un autre chef français, Georges Prêtre, qui ne veut plus diriger d’opéra si je ne suis pas là. Ainsi, il dirige Paillasse, de Leoncavallo, et Cavalleria Rusticana de Mascagni dans lesquels je chante à Orange.

Pourquoi vous entend-on si rarement dans des opéras à Paris ou à la radio ?
J’ai compté. Je n’ai fait que six rôles à Paris. Il a fallu que je fasse un disque d’airs de Luis Mariano pour être invité, après vingt ans, à Radio Classique !

Vous chantez Paillasse et Cavalleria Rusticana à Orange…
Tous les ouvrages m’intéressent. Je suis un amoureux fou de l’opéra. Je suis comme Don Juan qui veut faire la conquête de toutes les femmes, moi je veux faire la conquête de tous les opéras. Ces deux œuvres, l’une sicilienne, l’autre calabraise, sont magnifiques. Les chanter toutes les deux, le même soir, c’est de la démesure. C’est dur vocalement, physiquement, nerveusement tant elles sont intenses, poignantes. C’est un Everest. Je le fais par amour et aussi parce que j’entreprends au fond de moi-même une quête que je ne peux définir.

Quel est le rôle le plus intense ?
Paillasse : c’est Otello en plus concentré. On l’appelle le casse-voix. Le faire à Orange sur une scène de 100 mètres c’est encore plus extravagant. Il y a du vent, de la poussière. Le mur est certes porteur, mais il faut y aller ! L’acoustique d’Orange n’est pas celle d’une salle de bains ! Cela fait quatorze ans que je vais à Orange, il faut dompter cette acoustique. On croit qu’il faut projeter la voix le plus loin possible alors que c’est le contraire. Ma recette c’est d’entrer en moi, de chanter pour moi-même.

Quel rôle rêvez-vous d’interpréter ?
Je viens de chanter à Séville Nadir des Pêcheurs de perles, de Bizet. J’essaye de l’amener aux Théâtre des Champs-Elysées. Si j’ai un jour un théâtre… on verra davantage ce genre d’œuvres.

Roberto Alagna chante un siècle d’opéras français. Bassin de Neptune. Jeudi 9 juillet 21 heures. Renseignements, tél. : 01.30.83.78.89 ou sur le site www.chateauversailles-spectacles.fr
Chorégies d’Orange, Cavalleria Rusticana et Pagliacci les samedi 1er et mardi 4 août. Renseignements, tél. : 04.90.34.24.24 ou sur le site www.choregies.com

Roberto Alagna chante un siècle d’opéras français au bassin de Neptune. © Roberto Alagna chante un siècle d’opéras français au bassin de Neptune.

Ajouter un commentaire

(Votre adresse email ne sera pas divulguée)
Partager
3eb90964820d23dddadd8edcf0767879-murakamie.jpg Plus

L'art contemporain a-t-il sa place au Château de Versailles?

Deux ans après celle, très controversée, de Jeff Koons, la future exposition de l'artiste pop japonais Takisha Murakami à Versailles ne plaît pas à tout le monde.

choice1283743015
votants: 
1121
Une dame qui n'aime pas les chats
Comment se débarrasser d'un chat inoffensif... Lire la suite
Il joue du piano sans les mains !
Ce jeune Chinois joue du piano... avec ses pieds ! Lire la suite