Acte 18: l'extrême droite radicale à Bordeaux, la préfecture craint des violences

Acte 18: l'extrême droite radicale à Bordeaux, la préfecture craint des violences

Publié le :

Jeudi 14 Mars 2019 - 11:50

Mise à jour :

Jeudi 14 Mars 2019 - 12:04
© MEHDI FEDOUACH / AFP/Archives
PARTAGER :

Pierre Plottu

-A +A

Après des semaines à faire le coup de poing dans les manifestations de Gilets jaunes un peu partout en France, l'extrême droite radicale pourrait encore faire parler d'elle samedi 16 pour "l'Acte 18". C'est à Bordeaux cette fois que ces "ultras", appelés ainsi car violents, sont attendus en nombre. Et une bonne partie d'entre eux sont liés au Bastion social, ce groupuscule héritier du GUD et déjà menacé de dissolution pour sa violence.

Un concert de rockeurs racistes, organisé par un groupuscule d'extrême droite radicale, un jour de manifestation Gilet jaune dans une ville très mobilisée: c'est le programme prévu à Bordeaux samedi 16 pour "l'Acte 18". Un menu qui fait craindre de nouvelles violences car la dernière fois que la même configuration s'est présentée c'était le samedi 9 février ("Acte 12") à Lyon. Ce jour-là, la situation avait dégénéré et tourné à l'affrontement géant (voir ici) après l'attaque des organisations d'extrême gauche présentes dans le cortège par des militants d'ultradroite.

Une bataille rangée qui a été jusqu'ici le point d'orgue des affrontements entre les deux camps. Après l'attaque du NPA à Paris par un groupe composé notamment de Zouaves Paris (franchise locale du Bastion social), le 2 février, et l'attaque du cortège d'extrême gauche à Lyon finalement repoussée, le 9 février, la forte mobilisation "d'autodéfense" de la mouvance antifasciste les week-ends suivants a donné un coup d'arrêt à ces violences.

Ce qui n'a pas empêché les identitaires, nationalistes, hooligans d'extrême droite et autres crânes rasés de faire leur retour samedi 2 mars à Lyon: environ 80 d'entre eux ont défilé avec les Gilets jaunes, casques sur la tête et bâtons à la main. Les quelques antifascistes croisés ce jour-là en ont fait les frais et ont été molestés par cette équipe se faisant appeler le "Guignols squad". Un groupe très récent et peut-être même créé uniquement pour camoufler les accointances de ses membres avec l'héritier du GUD, le Bastion social, déjà menacé de dissolution pour sa violence.

Ce scénario pourrait-il se répéter samedi 16 à Bordeaux? Possible, car l'extrême droite s'est donné rendez-vous en Gironde pour "l'Acte 18" et cherche toujours -sans grand succès à ce stade- à s'imposer dans les cortèges pour en orienter les revendications. A tel point que la préfecture nous confirme avoir déjà à l'œil tout ce petit monde et que, tant du côté des forces de l'ordre que du renseignement territorial, tout sera fait pour "prévenir tout risque de trouble à l'ordre public, notamment du fait d'une rencontre entre les organisateurs ou participants au concert et la mouvance antifasciste".

Accaparés par les Gilets jaunes, policiers et gendarmes auront toutefois déjà fort à faire. Les militants du NPA bordelais, habitués des cortèges en jaune, confirment aussi être au courant mais ne veulent pas trop en faire. "On va se préparer oui", nous glisse néanmoins du bout des lèvres un militant local, qui a parfaitement en tête les images de ses camarades roués de coups à Paris fin janvier.

Lire- Acte 11 à Paris: des militants d'ultra-droite attaquent le cortège du NPA (vidéo)

Comme souvent pour l'extrême droite radicale, c'est un concert qui fera office de point de ralliement samedi. Celui-ci est organisé par la "Communauté du Menhir", connue à Bordeaux pour ses "formations" sur "la défense de la notion de race" par exemple. Mais aussi pour avoir accueilli un concert des rockeurs d'In Memoriam, groupe historique de la scène d'extrême droite radicale créé dans la foulée de la mort de Sébastien Deyzieu, jeune militant qui fuyait la police lors d'une manifestation organisée par le GUD et les JNR en 1994.

Les deux groupes qui doivent se produire lors du concert organisé à Bordeaux samedi prochain sont tout aussi radicaux et politisés. Le premier, "Lemovice", est un groupe de RAC (pour "rock against communism") ouvertement néonazi. Les paroles du groupe limousin glorifient le régime hitlérien tandis que ses pochettes d'albums pullulent de symboles nationalistes et ses concerts de skinheads au bras tendu.

À gauche le groupe limousin "Lemovice", à droite les Lyonnais de "Match retour".

Le second groupe -très amateur- s'appelle "Match retour" et est plus tourné vers le hooliganisme tout en restant lié à la scène RAC: son logo mêle une bière et un ballon de foot mais aussi un poing américain et une tête de mort ressemblant fortement à la "totenkopf" nazie. Son leader, Renaud Mannheim, est un vieux de la vieille de l'extrême droite radicale lyonnaise très proche du Bastion social ainsi que de Blood and Honour (menacé de dissolution). Fréquentant à l'occasion des rassemblements du Front national, c'est aussi un proche des activistes violents Alexandre Gabriac, ex-élu FN désormais à Civitas, ou Steven Bissuel, ex-leader du Bastion social.

Autant dire que le concert de samedi ne sera donc pas placé sous le signe de l'amitié entre les peuples. Et pour corser le tout pour les forces de l'ordre, les nationalistes, en habitués au jeu du chat et de la souris avec la police, gardent secret le lieu de l'événement, qui ne sera révélé qu'à la dernière minute. Un folklore anti-flic qui se retrouve sur l'affiche de l'événement: Christophe Dettinger -le "boxeur Gilet jaune"- qui frappe un gendarme...

L'affiche du concert prévu samedi 16 à Bordeaux.

D'autant que des incidents impliquant les nationalistes violents de Bordeaux ont déjà été signalés. Vendredi dernier, une douzaine de "fafs" (pour "France aux Français") ont agressé des "antifas" ("antifascistes") dans le centre ancien et revendiquent avoir envoyé trois d'entre eux à l'hôpital. Le tout à grand renfort de moqueries visant notamment Clément Méric, jeune antifasciste tué dans une rixe avec des nationalistes en 2013 à Paris.

Cette version des faits de vendredi est de l'intox selon les antifas: il n'y a pas eu de bagarre vendredi car les jeunes attaqués ont réussi à prendre la fuite. Une source locale nous confirme que personne n'a été blessé et qu'il n'y a pas eu de contact. Un fait anecdotique donc, mais toutefois révélateur d'une ambiance qui était déjà électrique sur place, une semaine avant "l'Acte 18".

Lire aussi:

A Bordeaux, bastion de "gilets jaunes", les doléances sont rares mais précises

Groupe d'extrême droite et quasi-secte, "Les Brigandes" bannies de YouTube

Gilets jaunes d'extrême gauche agressés à Toulouse: Génération identitaire dans le collimateur?

Les forces de l'ordre ont prévu de tenir à l’œil les mouvances d'extrême droite et d'extrême gauche pour "l'Acte 18" samedi à Bordeaux.


Commentaires

-