Alexis Kohler, bras droit d'Emmanuel Macron, mis en examen mais maintenu à l'Élysée

Auteur(s)
FranceSoir avec AFP
Publié le 04 octobre 2022 - 09:55
Image
Kohler
Crédits
BENOIT TESSIER / AFP
Le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, est en garde à vue pour ses liens avec le géant du transport maritime italo-suisse MSC, le 3 octobre 2022.
BENOIT TESSIER / AFP

Le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, a été mis en examen en septembre à Paris pour prise illégale d'intérêts dans le cadre de l'information judiciaire visant ses liens familiaux et professionnels avec l'armateur MSC, le bras droit d'Emmanuel Macron contestant avoir "commis tout délit".

Alexis Kohler, reste à son poste auprès du président Emmanuel Macron après sa mise en examen.

Le 23 septembre, le numéro deux de l'Élysée a également été placé sous le statut plus favorable de témoin assisté pour trafic d'influence, et ne fait l'objet d'aucune mesure de contrôle judiciaire, a précisé dans un communiqué le Procureur national financier Jean-François Bohnert, confirmant une information de France info.

L'affaire est née après la publication en 2018 de plusieurs articles de Mediapart sur un éventuel conflit d'intérêts entre ses postes dans la fonction publique et ses liens avec l'armateur italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC), fondé et dirigé par les cousins de sa mère, la famille Aponte.

Basé à Genève, MSC - l'un des plus grands transporteurs de conteneurs au monde - est un important client de l'entreprise STX France (aujourd'hui renommé Chantiers de l'Atlantique) qui gère les chantiers navals de Saint-Nazaire.

Suite aux articles de Mediapart, le Parquet national financier (PNF) avait ouvert une enquête préliminaire, qu'il avait classée sans suite en août 2019 en indiquant que l'analyse des éléments recueillis "ne (permettait) pas de caractériser les infractions initialement suspectées".

Mais l'association anticorruption Anticor a obtenu la relance des investigations en juin 2020 grâce à une plainte avec constitution de partie civile, qui permet la plupart du temps la désignation d'un juge d'instruction.

Alexis Kohler "conteste avec force avoir commis tout délit", a réagi dans un communiqué son avocat, Me Eric Dezeuze.

"Sans que soient pris en considération à ce stade les nombreux éléments objectifs à décharge, Alexis Kohler a été placé sous le statut de mis en examen pour prise illégale d’intérêt pour des faits pouvant remonter à plus de dix ans", explique Me Dezeuze, affirmant que "la suite de la procédure, à laquelle il a désormais accès" allait "lui permettre de démontrer son innocence".

Au cours de l'enquête préliminaire, une douzaine de personnes ont notamment été entendues par la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), dont Alexis Kohler.

Ces investigations avaient donné lieu à la rédaction de deux rapports de police successifs contradictoires, selon des éléments de l'enquête.

Dans un premier - qualifié d'intermédiaire par le PNF -, daté du 7 juin 2019 et faisant 34 pages, un enquêteur écrit par exemple que M. Kohler "ne prend aucune mesure pour organiser un déport formalisé", à savoir ne pas intervenir sur les questions liées à MSC lorsqu'il travaille pour le ministre Pierre Moscovici ou qu'il "ne met en place aucun déport" quand il est ensuite directeur de cabinet d'Emmanuel Macron.

Les conclusions du second rapport, plus court de 11 pages et daté du 18 juillet 2019, sont moins sévères : le même enquêteur détaille ainsi que des déports d'Alexis Kohler ont bien été organisés quand il a travaillé à Bercy.

Emmanuel Macron avait lui-même pris la plume via une "note personnelle" en juillet 2019 faveur de M. Kohler et envoyée au parquet national financier (PNF) par son avocat, assurant que son collaborateur n'était jamais intervenu, au moment où il était son directeur de cabinet à Bercy, dans des dossiers liés à l'armateur italo-suisse MSC.

"Dans la mesure où le plus haut fonctionnaire de l'État est mis en examen pour prise illégale d'intérêts, la question qui se pose maintenant est celle de sa démission", a estimé auprès de l'AFP l'avocat d'Anticor Jean-Baptistes Soufron, évoquant un "énorme travail, sérieux et approfondi" des juges instructeurs.

Alexis Kohler, bras droit du président, auquel il est fidèle depuis huit ans, est un homme extrêmement discret, se tenant loin des médias.

Ce haut fonctionnaire de 49 ans occupe le poste stratégique de secrétaire général de l'Élysée depuis le début du premier quinquennat. Installé dans un bureau voisin du président, il gère au quotidien les situations d'urgence, les gros dossiers économiques et sociaux, mais aussi politiques.

À LIRE AUSSI

Image
Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti lors d'un visite dans un tribunal à Cayenne, le 29
Soupçons de conflits d'intérêts: Dupond-Moretti renvoyé en procès, ses avocats forment un pourvoi
Une première pour un Garde des sceaux en exercice : la Cour de justice de la République (CJR) a ordonné lundi un procès contre Eric Dupond-Moretti, accusé d'avoir prof...
03 octobre 2022 - 12:30
Politique
Image
Ristourne fiscale à Tapie : la CJR prononce un non-lieu pour Eric Woerth
La Cour de justice de la République (CJR) a prononcé lundi un non-lieu en faveur du député macroniste Eric Woerth, visé depuis 2019 par une information judiciaire pour...
03 octobre 2022 - 15:00
Politique
Image
Macron McKinsey
Macron et McKinsey: du renvoi d’ascenseur dans les institutions de la République
TRIBUNE — On vient d’apprendre qu’une plainte a été déposée auprès du parquet financier pour corruption, trafic d’influence, prise illégale d’intérêts (et peut-être vi...
09 avril 2022 - 16:45
Opinions

Dessin de la semaine

Soutenez l'indépendance deLogo FranceSoir

Faites un don

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription à la Newsletter hebdomadaire de FranceSoir est confirmée.

La newsletter FranceSoir

En vous inscrivant, vous autorisez FranceSoir à vous contacter par e-mail.