Discrimination anti-LGBT: EELV fait scandale en retirant son investiture à un suppléant travesti

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Discrimination anti-LGBT: EELV fait scandale en retirant son investiture à un suppléant travesti

Publié le :

Mercredi 17 Mai 2017 - 10:47

Mise à jour :

Mercredi 17 Mai 2017 - 10:57
Y-a-t-il un problème de LGBT-phobie à EELV? Un scandale prend de l'ampleur ce mercredi (journée mondiale de lutte contre l'homophobie...) alors qu'un suppléant investi à Paris accuse le parti, ou du moins certains cadres influents, de l'avoir mis sur la touche pour avoir posé travesti sur une affiche de campagne. Ce que démentent les responsables incriminés.
©Capture d'écran Twitter
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Pierre Plottu

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Le scandale, embarrassant pour EELV, prend de l'ampleur en ce mercredi 17 de journée mondiale de lutte contre l'homophobie. Le 13 mai dernier, le parti écolo a ainsi retiré son investiture au suppléant de la candidate Douchka Mir Markovic, binôme qui se présentait dans la 17e circonscription de Paris (XVIIIe et XIXe arrondissement). Motif? Celui-ci a partagé une affiche de campagne "de travail", c'est-à-dire non encore officiellement validée (mais comportant tous les éléments d'un visuel définitif), a justifié la candidate, invoquant son droit à l'image. Un prétexte qui peut sembler un peu léger et que conteste fermement Thierry Schaffauser, le suppléant, contacté par FranceSoir. Selon ce travailleur du sexe militant au Strass le vrai problème est plutôt qu'il est travesti sur cette photo, portant une robe moulante et une perruque. "On risque de passer en dessous des 5%", lui aurait ainsi envoyé par texto Douchka Mir Markovic.

"Il est évident qu'elle a reçu des pressions, mon militantisme déplaît en interne", assure à FranceSoir Thierry Schaffauser qui ne fait pas mystère de son homosexualité. Le déroulé des faits interroge effectivement. Samedi 6 mai, le binôme est photographié, comme beaucoup d'autres candidats, au siège du parti pour les affiches officielles. Thierry est alors arrivé travesti, tout en ayant pris soin de prévenir Douchka Mir Markovic. Le lundi suivant ils sont officiellement investis.

 

 

Les faits débutent réellement mercredi 10 lorsque Thierry Schaffauser publie sur Twitter, "comme la plupart des autres candidats", un des visuels de travail mis à disposition sur un serveur interne, sorte d'intranet dédié. "Quelques heures plus tard je reçois un texto de Douchka me demandant de refaire les photos et que plusieurs personnes le lui ont conseillé". Le suppléant pense alors que ce sont des internautes "type Manif pour tous" qui font pression et répond qu'il "faut résister". Fin de non-recevoir de la candidate tandis que son suppléant, qui n'était pas à Paris ce jour-là, ne peut revenir en catastrophe pour une nouvelle séance photo.

"Je finis alors par comprendre qu'elle a reçu des pressions, que des apparatchiks (d'EELV) sont intervenus", confie Thierry Schaffauser qui s'appuie également sur les réactions hostiles à sa démarche de militant ou de cadres du parti sur les réseaux sociaux. Résultat: "le soir même elle envoie un mail pour demander de me retirer l'investiture". Elle démissionnera ensuite dans la foulée, avant de se raviser en arguant que "c'était plutôt à lui de partir car dans cette histoire la victime c'est (elle)", a affirmé la candidate à franceinfo. La commission électorale lui donnera raison dès le samedi 13, actant le retrait de l'investiture à Thierry Schaffauser. "Il n'existe pas de processus de désignation formelle des suppléants" qui "peuvent donc changer jusqu'au dernier moment", a justifié le directeur de cabinet d'EELV Vincent Madeline. Depuis, silence radio, constate le suppléant.

Thierry Schaffauser dénonce pour sa part un "coup monté". "J'ai des positions fortes depuis longtemps sur la lutte en faveur des travailleurs du sexe et des minorités en général qui déplaisent", continue-t-il. Puis de pointer un "drag shaming", la stigmatisation des drag-queen, au sein du parti mais aussi plus largement contre la communauté LGBT. "EELV n'est pas homophobe, les faits le prouvent, mais les propos anti-LGBT dans le parti ne sont jamais sanctionnés ou même simplement combattus, contredits", déplore-t-il.

Des propos forts dont Thierry Schaffauser dit avoir la preuve, évoquant son expérience, comme cette candidate dans les Yvelines qui ne voulait pas mettre en avant la lutte contre l'homophobie car La Manif pour tous est puissante dans son département, ou encore ce cadre parisien qui refusait de porter la cause LGBT... "Pour certains, le score, leurs carrières, sont plus importants que les idées".

Il ne pense toutefois pas porter plainte ("est-ce le meilleur moyen de lutter contre ça?") par souci de ne pas éclabousser son parti et ses militants. De sa mésaventure, Thierry Schaffauser préfère qu'une question ressorte et interroge le plus largement possible: "pourquoi certains sont-ils exclus de la politique, notamment, en raison de ce qu'ils sont, de la minorité à laquelle ils appartiennent?".

L'affiche de campagne concernée par la polémique.

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