Marion Maréchal, la première Le Pen au pouvoir?

Marion Maréchal, la première Le Pen au pouvoir?

Publié le :

Vendredi 07 Juin 2019 - 16:33

Mise à jour :

Vendredi 07 Juin 2019 - 17:26
© ERIC GAILLARD / POOL/AFP/Archives
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Pierre Plottu

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L'extrême droite n'échappe pas au mouvement de recomposition initié par l'arrivée fracassante de LREM sur le marché de l'offre politique française. Alors que la gauche est devenue un champ de ruines, confirmé par les résultats des élections européennes, à droite aussi les lignes bougent. LREM et le RN lorgnent ainsi sur l'électorat de LR, traumatisé par le double choc de la non-qualification au second tour de la présidentielle 2017 et du score à un seul chiffre (8,48% seulement) recueilli dimanche 26 mai.

Pourtant, Emmanuel Macron a déjà fait assez largement le plein des voix de droite modérée, selon les analyses des résultats des dernières Européennes. Un gain qui lui a permis de compenser le recul initié par la fuite de ses électeurs de gauche de la présidentielle. Déjà allié au MoDem et à "Agir" (les ex-LR Macron compatibles) et alors que des maires LR préparent une initiative pour le soutenir publiquement, le président ne peut désormais plus espérer de gains électoraux massifs de ce côté de l'échiquier politique. Tant qu'il mènera la même politique du moins.

C'est plutôt l'extrême droite qui pourrait profiter de ce "dépeçage" de la droite. En effet, alors que la question sécuritaire liée au terrorisme reste perçue comme importante par les Français, les thèmes civilisationnels et/ou identitaires ainsi que migratoires ont occupé le devant de la campagne européenne des droites, extrêmes ou non.

Il n'est pas étonnant, compte tenu de la dictature du buzz, que Nicolas Dupont-Aignan (DLF) soit allé jusqu'à préconiser un "contrôle des naissances en Afrique". Ce qui l'est plus c'est que tous à droite, de Bellamy (LR) à Bardella (RN), se soient retrouvés par exemple sur les questions migratoires. Au point que Jean-Christophe Lagarde, pourtant candidat des centristes de l'UDI, proclame sur ses affiches de campagne "migrations: nous protéger".

Lire: Pour Marion Maréchal, "le positionnement populiste semble être une impasse électorale"

Une large partie des droites développent ainsi déjà leurs stratégies électorales sur un socle idéologique commun. Mais les électeurs, et le personnel politique, sont-ils prêts à se rassembler sous une même bannière? C'est en tout cas ce que semble être le pari de Marion Maréchal.

Alors qu'elle s'était –officiellement– mise en retrait de la politique dans la foulée de la présidentielle 2017, l'ex-députée RN semble préparer son retour. Elle avait toutefois pris très peu de distance en réalité, donnant ici une interview à la presse étrangère, là un discours remarqué au CPAC, le grand rassemblement annuel des conservateurs américain, ici encore en organisant un événement pour "débrancher Mai 68".

Une stratégie de "cartes postales" couplée au développement de son image propre. En mai 2018, soucieuse de se démarquer de la dynastie familiale, Marion Maréchal ex-Le Pen a tronqué son nom de ce patronyme devenu une marque politique –qu'elle juge visiblement embarrassante.

En cette fin de printemps qu'elle semble affectionner, l'ex-députée a pour la troisième année consécutive décidé de "faire" l'actualité en répondant à une interview politique sur LCI. Pas tout à fait une rareté pour celle qui jure pourtant se consacrer à son école politique, l'ISSEP à Lyon, et à la "métapolitique". Mais cette fois il était bien question de son avenir et de sa stratégie.

"Si je peux être utile à construire la grande alliance des droites, je le ferai", a ainsi glissé Marion Maréchal lors de cette interview. Son objectif: faire "émerger de cette débâcle des Républicains ce courant de droite qui se structure, qui puisse demain accepter le principe d’une grande coalition avec le Rassemblement national", qu'elle juge "insuffisant". En clair, il s'agit de créer son propre mouvement, dépassant le parti lepéniste et les autres pour les englober et réaliser ce vieux rêve des néo-droitistes, "l'union des droites". Sur quelle base idéologique? La "défense de la nation" et de la "France éternelle" contre le "grand basculement démographique (qui) a commencé" a-t-elle répondu sur LCI, reprenant une nouvelle fois la thèse identitaire du Grand remplacement.  

Lire- "Grand remplacement": quand Marion Maréchal reprend la théorie lâchée par Marine Le Pen

Marion Maréchal fait le constat d'une offre politique en décalage avec l'électorat et entérine l'idée d'un plafond de verre empêchant le RN d'accéder au pouvoir. Tout en qualifiant "d'impasse" le populisme dont se revendique sa tante, qu'elle n'épargne plus, la petite fille Le Pen a assuré qu'elle ne l'affronterait "jamais". Or il ne s'agit pas pour elle de disputer la place de cheffe du parti lepéniste, mais bien de la création d'une nouvelle structure à même de l'absorber, sorte de "En Marche de la droite dure" ou d'"UMP des patriotes".

Marine Le Pen a déjà relevé le gant. Tout en veillant à ce que son entourage ne se rapproche pas de la jeune femme, elle aussi lorgne sur les restes de LR. "Nous tendons la main à tous les cadres et électeurs LR patriotes, attachés à la défense de notre identité, à la fin du matraquage fiscal et à la restauration de la grandeur française", a-t-elle réagit sur Twitter quelques minutes seulement après que Laurent Wauquiez ait annoncé sa démission de la présidence de LR.

Car Marine Le Pen est en position de force. C'est elle qui est à la tête d'un grand parti en pleine dynamique positive. C'est elle qui l'a dédiabolisé et a réédité l'exploit d'une qualification au second tour de la course à l'Elysée, mais pas par "accident" cette fois. C'est elle qui a fait entrer des frontistes au Sénat, leur a fait conquérir des mairies, a remporté les européennes. C'est elle qui a fragilisé le cordon sanitaire, au point d'engranger des ralliements de cadres LR comme Thierry Mariani. C'est elle enfin qui est désormais en deuxième position des personnalités politiques "incarnant le mieux la droite" (source), derrière Nicolas Sarkozy mais devant tous ses adversaires actuellement en lice.

Mais c'est elle aussi qui a été contrainte de renier Florian Philippot après la défaite de 2017. Tout comme elle traîne comme un boulet son débat catastrophique de l'entre-deux-tours. Et si Marine Le Pen n'était pas la bonne personne pour gravir la dernière marche vers le pouvoir? La question en taraude plus d'un et fragilise la cheffe. Il suffit ainsi que sa nièce donne une interview pour qu'elle soit interrogée sur le sujet dans la foulée.

Pour préparer l'avenir, le père de Marion Maréchal, Samuel Maréchal, et son ancien conseiller, Arnaud Stephan, viennent de planter une graine avec la création d'une "Alliance pour la France". Mais attention, il ne s'agit pas d'un parti politique, jure Samuel Maréchal, mais plutôt d'un outil pour "donner aux Français, ceux de la base, l'envie de mettre la pression sur les élus pour qu'ils acceptent le principe d'une «alliance pour la France»". Suivez leur regard…

Probablement la mieux placée, l'ex-députée RN n'est toutefois pas la seule outsider envieuse de mener les droites extrêmes au pouvoir. Il semble qu'Eric Zemmour soit lui aussi tenté de se lancer. Potentiellement un caillou dans la chaussure de la plus jeune des Le Pen tant le chantre du "Grand remplacement", de "l'invasion migratoire" et de "l'islamisation de la France" occupe le même créneau. D'autant que Zemmour est dans la position confortable de celui qui est sollicité, Nicolas Dupont-Aignan ou Marine Le Pen ont en effet tenté de le rallier à leurs listes européennes. Il a toutefois refusé: la troisième place lui était proposée, il voulait la première.

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