Soudain passionné de foot, Mélenchon n'est plus "choqué de voir des RMIstes applaudir des millionnaires"

  •  SOUTENEZ L'INDEPENDANCE DE FRANCESOIR, FAITES UN DON !  

Soudain passionné de foot, Mélenchon n'est plus "choqué de voir des RMIstes applaudir des millionnaires"

Publié le 03/05/2018 à 11:53 - Mise à jour à 12:22
© Franck PENNANT / AFP/Archives
PARTAGER :

Auteur(s): Pierre Plottu

-A +A

Avant, Jean-Luc Mélenchon n'avait pas de mots assez durs pour le foot business, symbole du capitalisme triomphant. Mais, maintenant qu'il tente de s'implanter à Marseille, ville de foot par excellence, le leader de la France insoumise s'est découvert une passion pour le ballon rond et le fait savoir. Gare à ceux pourtant qui y verraient un quelconque opportunisme.

"La politique est l'art du possible", semble être la boussole du Gambetta moderne, Jean-Luc Mélenchon. Possible d'accuser, contre l'évidence, l'extrême droite d'avoir fait dérailler la manifestation du 1er mai (avant de se rétracter); possible d'appeler à la "haine juste et saine" des journalistes et de clamer que, en France, "on ne peut plus nulle part parler librement". Possible, enfin de crier son amour pour l'OM (qui joue ce jeudi 3 au soir pour une place en finale européenne) après avoir dis pis que pendre du football en général, et de son business en particulier.

De longue date le leader de la France insoumise, et autrefois du Parti de gauche, a accusé de tous les maux le ballon rond. "Mais je vais dire franchement, c'est l'opium du peuple cette histoire. Moi, je ne suis pas très footeux", confiait ainsi Jean-Luc Mélenchon en fin d'interview sur RTL en juin 2010 (lien). Puis de trancher: "J'ai une chose à vous dire, ça m'a toujours choqué de voir des RMIstes (les supporters) applaudir des millionnaires (les joueurs)".

"Si j’étais à la tête du pays, ceux qui ne paient pas leurs impôts en France n’auraient pas le droit de jouer en équipe nationale",  affirmait-il également en novembre 2013 à Paris-Match. "Je signale que les footballeurs jouissent déjà de privilèges inouïs, comme le fait de ne pas payer de cotisations sur leur droit à l’image alors qu’ils coûtent très cher à la Sécurité sociale", avait-il expliqué fort justement. En avril 2014, encore: "N’importe qui pourrait être un brillant footballeur! Et donc n’importe qui pourrait gagner des sommes incroyables, sans cause réelle. C’est scandaleux que Franck Ribéry gagne un SMIC toutes les quarante minutes!" (So Foot).

Lire-Critique des médias: Mélenchon et Wauquiez détrônent Le Pen

Bref, Jean-Luc Mélenchon n'aime pas le foot qui "ne l'intéresse pas" et, dans la droite ligne de ses idées, y voit surtout un symptôme du capitalisme triomphant qu'il combat. "Ces gens, peu éduqués, comme vous dites, n’ont pas «réussi» brutalement! Vous vous trompez totalement: ils se sont juste enrichis brutalement! Et ça n’est pas pareil. Réussir, c’est se construire comme être humain", expliquait-il ainsi, toujours à So Foot.

Jean-Luc Mélenchon n'aime pas le foot, vous dit-il: fermez le ban. Ou pas. Car la politique est bien "l'art du possible".  Depuis qu'il s'est choisi Marseille comme point de chute et qu'il entend faire de la cité Phocéenne son nouveau fief électoral après l'Essonne (et des parachutages infructueux dans le Sud-Ouest puis à Hénin-Beaumont), Jean-Luc Mélenchon s'est découvert une passion pour le foot. Il va désormais au stade (et le fait savoir) et en parle même sur son blog (lien), où il narre par le menu son unique aventure au Vélodrome.

En bon animal politique, le leader des Insoumis tance sur son blog les journalistes qui s'interrogent, pourtant à raison puisque c'est leur métier, sur une tentative de récupération: "Bien sûr, ma présence fut interprétée comme un geste à vocation municipale. C’est le maximum de ce qu’une cervelle de commentateur parisien peut imaginer". Le tout entre deux glorifications du public marseillais et des habitants de la ville, si "fiers".

Point de visée électoraliste ici, explique Jean-Luc Mélenchon sur son blog, évoquant plutôt un intérêt presque sociologique. Le journaliste qui aurait l'outrecuidance de noter l'à-propos de cette nouvelle passion de l'ancien sénateur socialiste n'aurait qu'une bien petite "cervelle de commentateur parisien", donc. Tout comme ceux qui verraient dans cette petite phrase un clin d'œil au fameux antagonisme entre la grande ville du sud et la capitale.

Jouer le "nous" contre le "eux", est pourtant un des ressorts classiques du mélenchonisme. Tout comme la critique de la mise en perspective que font les médias lorsqu'elle ne sert pas son propos, par exemple lorsqu'ils soulignent l'incohérence d'une passion -qui plus est subite- d'un candidat antisystème pour le sport roi.

Suivez Pierre Plottu sur Twitter

Auteur(s): Pierre Plottu


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




PARTAGER CET ARTICLE :


Sur le foot, Mélenchon (ici à Marseille le 14 avril) est passé de la critique de "l'opium du peuple" aux louanges de la "fierté" des supporteurs marseillais.

Annonces immobilières

Newsletter


Fil d'actualités Politique




Commentaires

-