Grèves: Macron le réformateur face à son premier vrai test

Grèves: Macron le réformateur face à son premier vrai test

Publié le :

Jeudi 22 Mars 2018 - 11:14

Mise à jour :

Jeudi 22 Mars 2018 - 11:43
© GONZALO FUENTES / POOL/AFP/Archives
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Pierre Plottu

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Après une réforme plutôt aisée du code du travail durant l'été 2017, Emmanuel Macron se retrouve en ce printemps 2018 face à un vrai test avec la réforme de la SNCF.

Il en faut souvent très peu pour que la mayonnaise prenne... ou pas. C'est à cet embranchement que se trouve à ce moment précis Emmanuel Macron: que la colère des cheminots et des fonctionnaires, deux corps en grève et dans la rue ce jeudi 22,  s'agrège et se renforce, sans qu'il y ait nécessairement besoin d'une hypothétique "convergence des luttes" avec le privé, et il devra reculer. Dans le cas contraire il aura le champ libre pour mener son calendrier de réformes ultra-chargé.

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Or la première hypothèse, celle d'un printemps social, est loin d'être acquise. Les centrales syndicales elles-mêmes restent mesurées malgré l'importance du début de la mobilisation des cheminots (le trafic des trains est presque à l'arrêt ce jeudi). La "grève perlée" des prochains mois, si elle est une réussite, pourrait tout autant fédérer les Français contre les syndicats que contre un exécutif qui serait perçu comme jusqu'au-boutiste.

Preuve en est peut-être la relative absence d'Emmanuel Macron du devant de la scène. Très présent l'été dernier lors de la réforme du code du travail, la "loi Macron II", le président se faisait martial, à coups de déclarations choc ("je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes") et légiférant "à la hussarde" par ordonnance.

Sauf que le contexte était bien différent alors. Le texte arrivait quelques mois seulement après une première loi du même type s'étant soldée par une victoire du duo Hollande-Valls. A un chef de l'Etat jouant son image de réformateur et la crédibilité de son début de mandat s'opposait, seule, une gauche contestataire jouant son statut d'opposant de premier plan et voulant remobiliser ses troupes après avoir échoué à se qualifier pour le second tour de la présidentielle.

En ce printemps 2018, rien de tout ça. Cette fois la gauche est unie et, surtout, l'intersyndicale SNCF va des centrales les plus "dures" à celles étiquetées "réformistes" et "pragmatiques". Un front uni. De même chez les fonctionnaires où les trois fonctions publiques sont mobilisées pour la défense de leur pouvoir d'achat et de leurs conditions de travail.

Ces luttes convergeront-elles au-delà du symbolique (les cortèges de cheminots et fonctionnaires doivent se rejoindre ce jeudi place de la Bastille)? L'avenir le dira, bien que cette hypothèse ne semble pas la plus probable tant les intérêts divergent. Le mouvement des agents du public -que sont aussi les cheminots- sera-t-il rejoint par le privé? La réponse semble cette fois clairement "non", en l'absence de réforme ou mesure s'attaquant aux droits des salariés du privé. L'hypothèse d'une grogne plus généralisée basée sur un ras-le-bol fiscal a aussi été déminée avec l'annonce d'une "correction" de la réforme de la CSG pour 100.000 ménages, essentiellement des retraités, mardi 20.

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Emmanuel Macron aurait-il donc déjà gagné? Encore une fois rien n'est moins sûr, tout se jouera sur la détermination des cheminots principalement car ils jouissent d'une capacité de nuisance sans commune mesure avec celle des autres fonctionnaires. Et ça le président le sait comme le prouve donc sa relative absence du débat public. Il laisse ainsi à son Premier ministre les manettes médiatiques, contrairement à son habitude du début du quinquennat, et enchaîne plutôt les sorties sur la francophonie, sujet hautement stratégique... Gagneur mais pas joueur le président?

A voir. Le couple exécutif joue peut-être aussi une autre partition car une réforme peut en cacher une autre. Après la réforme de la SNCF, c'est aux retraites qu'Emmanuel Macron entend s'attaquer. Un sujet bien plus explosif car touchant cette fois à une part bien plus large de la population, si ce n'est son ensemble. S'agirait-il ainsi de "fatiguer" les syndicats dans un premier temps pour mieux les prendre de vitesse ensuite? Si c'était le cas, attention à ce que ce "printemps de lutte" ne soit pas plutôt un round d'observation.

Emmanuel Macron semble laisser son Premier ministre Edouard Philippe "monter au front" face à la colère des cheminots.

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