HISTOIRE - Avec Christian Fouchet, "Pour l'Avenir du Peuple Français"

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HISTOIRE - Avec Christian Fouchet, "Pour l'Avenir du Peuple Français"

Publié le 23/08/2020 à 08:34 - Mise à jour à 08:51
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Auteur(s): Alain Tranchant pour FranceSoir

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Du 18 juin 1940 au 27 avril 1969, Christian Fouchet a été l'un des plus proches compagnons du Général de Gaulle. "Je ne vous oublie pas, vous surtout qui n'avez cessé de m'apporter votre concours pendant ces trente années", écrivait d'ailleurs le Général à son ancien Ministre le 7 juillet 1970.

Français Libre, à Londres dès le 17 juin 1940, membre du Comité exécutif du Rassemblement du Peuple Français (RPF) sous la IVème République, Président de la Commission intergouvernementale destinée à élaborer un projet d'Union politique de l'Europe en 1961, Haut-Commissaire en Algérie en 1962, Ministre de l'Information, Ministre de l'Education Nationale pendant plus de 4 ans, Ministre de l'Intérieur en 1968, puis Député de Meurthe et Moselle, Christian Fouchet a été de tous les combats du gaullisme, et en première ligne.

En 1971, Christian Fouchet se sépare de l'UDR pour des raisons de moralité politique. Déjà, les premiers scandales éclatent et éclaboussent la vie publique de notre pays. Pour lui, le gaullisme est d'abord une morale avant d'être une politique. Il reproche aussi aux successeurs du Général de Gaulle de conduire une politique de pure gestion, alors qu'il aurait fallu reprendre le combat du Général de Gaulle pour la transformation de la société française par la participation.

Le 17 novembre 1972, il lance un "Appel aux gaullistes" dans Le Figaro. On peut notamment y lire : "Dans l'univers de ceux qui désespèrent, les gaullistes n'ont pas leur place. C'est donc de l'extérieur qu'il faut agir et j'y suis pour ma part décidé (...). Le travail devant nous est immense. Il faut retrouver dans le passé, ranimer dans le présent, rajeunir pour l'avenir l'idée d'une vocation de la France". Je l'assure immédiatement de mon adhésion.

Quelques semaines plus tard, le 8 décembre, à Pontoise, Christian Fouchet annonce la création de "L'Avenir du Peuple Français". Le sigle APF étant déjà déposé, la nouvelle formation politique prend finalement le nom de "Mouvement pour l'Avenir du Peuple Français"(MAPF).

Après plusieurs échanges de correspondances, Christian Fouchet m'écrit le 25 janvier 1974 :

"Mon cher Tranchant, Je veux vous voir et le plus tôt sera le mieux (...). J'attache de l'importance à la conversation que nous aurons. A bientôt donc et bien sympathiquement".

Rendez-vous est pris pour le lundi 4 février 1974, en début d'après-midi. Il fait ce jour-là, à Paris, un froid de canard !

 

C'est à propos de ce combat "Pour l'Avenir du Peuple Français" que je souhaite aujourd'hui apporter mon témoignage.

46 ans après sa disparition, en relatant cet entretien avec Christian Fouchet, à partir de notes très précises gardées par-devers moi, je voudrais restituer l'action qui a été la sienne pour donner vie à un gaullisme d'avenir et rendre un hommage mérité à ce véritable homme d'Etat, en qui De Gaulle voyait l'un des trois ou quatre hommes capables de lui succéder.

Pendant près d'une heure et demie - mais je ne m'étais pas rendu compte que l'entretien avait été aussi long- Christian Fouchet aborde avec moi tous les problèmes, ceux de la politique à proprement parler, et ceux des hommes. S'agissant de ceux-ci, il me dit :

"Excusez-moi, nous allons faire du jeu de quilles, mais il faut que vous sachiez !"

Christian Fouchet me cite l'exemple d'Alexandre Sanguinetti qui l'avait assuré de son soutien -"en m'appelant Christian (dans ma génération, on s'appelle par le nom, pas par le prénom)"- et qui revient sur sa décision pour devenir Secrétaire Général de l'UDR. Il déplore que des Parlementaires de l'UDR, qui partagent son opinion, se sentent tenus par la discipline de parti et ne le rejoignent pas. Il m'explique qu'une petite équipe travaille à ses côtés ; elle comprend notamment Raymond Barre, l'homme à qui le Général de Gaulle a demandé, en 1967, de représenter la France à Bruxelles en tant que Vice-Président de la Commission Européenne.

En une autre circonstance, après l'élection présidentielle de 1974, et alors qu'il avait refusé de voter la confiance au gouvernement Chirac, nommé par Monsieur Giscard d'Estaing, Christian Fouchet évoque avec moi cette frange de l'UDR mal à l'aise avec le nouveau pouvoir : "Bien sûr, ils m'ont applaudi. Mais qu'est-ce qu'ils attendent pour me rejoindre ?"

Et il avait poursuivi :

"Il ne faut pas désespérer, Tranchant. Surtout pas. Nous sommes dans le tunnel, mais nous en sortirons".

J'en retire l'impression que la solitude de Christian Fouchet, du moins au plan parlementaire, lui dicte sa conduite de rigueur et d'intransigeance.

Je ne connaissais pas Christian Fouchet, autrement que par la télévision. Et lorsque je vois arriver, car j'étais un peu en avance, cet homme impressionnant, par sa taille, par sa stature, par son allure, je ne peux m'empêcher de faire la comparaison avec le Général de Gaulle. Et il était encore plus impressionnant quand après un retentissant : "C'est vous Tranchant ?", il s'était légèrement reculé pour me dévisager en renchérissant : "Que je vous regarde !"

La scène se passe sur un palier du 4 rue Piccini, près de l'avenue Foch. Christian Fouchet entre le premier : "Je vais vous montrer le chemin". Nous quittons nos pardessus et entrons dans son bureau aux murs d'un blanc immaculé.

Deux photos attirent aussitôt mon attention. Une du Général de Gaulle, dédicacée "A Christian Fouchet, l'un de mes premiers compagnons". L'autre représente Christian Fouchet sur une affiche placardée à Valence, où il est allé tenir une réunion du Mouvement pour l'Avenir du Peuple Français.

Et le long dialogue commence. "Alors, quel est votre sentiment ?", me lance l'ancien Ministre du Général de Gaulle. "Je suis très pessimiste, Monsieur le Ministre", répondis-je, et comme j'allais lui en donner les motifs, Christian Fouchet m'interrompt : "Eh bien ! Vous avez raison, moi aussi je le suis de plus en plus". Et il se lance dans un long exposé sur la situation politique, économique et sociale, diplomatique de la France.

J'entends ainsi Christian Fouchet me dire que "la France va connaître une crise qui durera des années et se traduira par un niveau de chômage massif, tel que notre pays n'en a jamais connu". Nous étions au lendemain du premier choc pétrolier de 1973. Une seconde secousse allait se produire en 1979. Et, en 2020, la France n'est toujours pas sortie du chômage de masse qui gangrène notre société et rend si difficile le financement de notre protection sociale.

Une heure et vingt minutes plus tard, l'entretien se termine sur ces mots de Christian Fouchet :

"Que je vous regarde bien ! Oui, je me trompe rarement sur les hommes".

"Je souhaite que vous ne vous trompiez pas", dis-je alors. "Non, non, reprend Christian Fouchet, j'ai vu beaucoup d'hommes, notamment dans le fauteuil où vous êtes assis, et je vois bien à qui j'ai affaire. Tranchant, je vois que vous pensez comme moi. Eh bien ! Nous allons faire la route ensemble si vous le voulez bien. Vous allez être mon Délégué pour Nantes et la Loire-Atlantique".

J'ai déjà dit combien Christian Fouchet était impressionnant. Et pourtant tout notre entretien s'est déroulé le mieux du monde. Comme il m'avait indiqué : "Je souhaite que vous répondiez très franchement aux questions que je vais vous poser", je lui avais répliqué : "Naturellement, Monsieur le Ministre, sinon je ne serais pas venu".

Ainsi me demande -t-il ce que je pense de son action, comment son action est comprise par l'opinion et même si on sait qui est Christian Fouchet, question surprenante on l'avouera. Je lui réponds ce que je pense au fond de moi, c'est-à-dire que son action gagnerait à être menée avec plus d'intensité, que dans l'opinion il y a un immense travail à accomplir pour expliquer que le pompidolisme, ce n'est pas le gaullisme, et que je me demande si la jeunesse connaît bien Christian Fouchet.

Parce qu'il situait son action dans la perspective d'un gaullisme d'avenir, Christian Fouchet s'intéressait beaucoup à la jeunesse. C'est à ce moment de notre entretien qu'il me dit : "Quel âge avez-vous, Tranchant?" "Vingt cinq ans, Monsieur le Ministre". Christian Fouchet me dit alors : "Vous êtes jeune. J'en ai soixante-deux, moi ! Il faut qu'il y ait des jeunes comme vous. Mais il faut qu'il y ait un vieux comme moi qui puisse canaliser les énergies. Je me donne encore 10 ans pour mener une action politique".

C'est aussi en parlant de la jeunesse qu'il me fait part, en me demandant de ne pas le répéter, de son intention de suggérer prochainement une relance de la construction de l'Europe. Il s'interroge encore sur la manière dont il procédera : article ou conférence de presse, et ce sera un entretien avec les journalistes.

 

La crise de l'énergie vient de se produire. Il estime que cette crise, qui a tant secoué le vieux continent, est justement la preuve qu'il faut construire l'Europe et l'occasion d'aller de l'avant, en s'appuyant pour cela sur les peuples qui la composent.

Comme les Chefs d'Etat ou de Gouvernement des neuf pays de la Communauté Economique Européenne viennent de se réunir à Copenhague sans qu'aucune décision sérieuse ne sorte de leurs travaux, il s'exclame manifestement heureux de l'effet produit par sa petite phrase : "Vous avez lu ce que j'ai dit à Lille : les ombres de De Gaulle, de Churchill, d'Adenauer ont dû frissonner de froid au pays de Hamlet". En l'entendant me dire cela, je ne peux m'empêcher de comparer son intonation avec la gouaille qu'affectionnait parfois le Général de Gaulle.

C'est dans la ville natale du Général, le 17 décembre 1973, que Christian Fouchet avait tenu ces propos devant les militants du Mouvement pour l'Avenir du Peuple Français. Déplorant qu'"aucune voix n'ait su s'élever avec les accents qui s'imposaient", il allait émettre une idée forte : "Si on avait annoncé que les neuf pays avaient décidé de créer un Ministère européen de l'énergie, soutenu par un Directoire européen, c'eût été tout autre chose".

Au cours de sa conférence de presse organisée le 4 mars 1974, un mois jour pour jour après notre entretien, Christian Fouchet stigmatise "l'Europe d'aujourd'hui, énervée de bons mots, gavée de procédures, encombrée de Comités et de Sous-Comités, paralysée de technocratie et donc, comment s'en étonner, accablée d'échecs".

"Aucune ardeur, aucune idée directrice, aucune âme", déplore -t-il.

Et, alors que "des regroupements s'affirment de toutes parts dans le monde", l'Europe "qui a fait l'histoire du monde depuis la Grèce antique jusqu'à la dernière guerre, ne cherche que ce qui la divise, au lieu de ce qui devrait l'unir".

Citant un propos que lui a tenu le Général de Gaulle au lendemain des accords d'Evian, en 1962, "la page des Empires coloniaux est désormais tournée, voici que s'ouvre le livre des continents organisés", Christian Fouchet poursuit :

"J'affirme qu'il faut concilier le respect des aspirations historiques des hommes avec la constitution d'abord d'une Confédération qui reprendra le plan d'Union politique des Etats que j'ai eu l'honneur de proposer au nom de la France, puis d'une Fédération unitaire qui prendra un jour en charge, de par la volonté des peuples d'Europe, les grands secteurs de la vie communautaire, en particulier la vie économique, la politique étrangère et la politique de défense".

En 2020, nous sommes évidemment loin du compte ...

 

Christian Fouchet profite de cette conférence de presse pour parler aussi de la situation intérieure et des buts qu'il assigne au Mouvement pour l'Avenir du Peuple Français. "Notre société profondément lézardée, revêtue encore des oripeaux du 19ème siècle, ne tient encore debout que grâce à la force conjuguée du conservatisme majoritaire et du conservatisme marxiste. L'un et l'autre complices pour empêcher la sève de jaillir".

Estimant que "tout est à craindre quand les voies de l'espoir sont ainsi bloquées par l'aveuglement du conservatisme", Christian Fouchet résume l'objectif de son Mouvement par un triptyque : "Liberté, Egalité, Fraternité, dans la vie moderne, cela veut dire Dignité, Responsabilité, Solidarité. Ce sont les trois points essentiels du nouveau programme que le Mouvement pour l'Avenir du Peuple Français est en train d'élaborer". Il s'agit de "donner une réalité nouvelle au plus beau des rêves antiques, demeuré au cœur même de la démocratie : à toutes les décisions qui intéresseront les citoyens, le citoyen devra être associé. C'est cela la participation, exigeant à la fois le prestige retrouvé de l'Etat et de nouvelles institutions de délibération collective".

Cette parenthèse sur la conférence de presse étant refermée, après avoir parlé de l'Europe nous évoquons les questions institutionnelles, et d'abord l'affaire du quinquennat engagée par le Président Pompidou. "J'ai lu votre article dans Le Monde, c'était bien", me dit gentiment Christian Fouchet (1).

Je lui raconte alors l'origine de cet article "Le Général de Gaulle, Michel Debré et la durée du mandat présidentiel", paru dans l'édition du 10 octobre 1973, ainsi que la remarque qui m'était venue à l'esprit en apprenant qu'il avait été publié le jour où Michel Debré déjeunait à l'Elysée en tête à tête avec Georges Pompidou. Ayant envisagé de rédiger une thèse sur les idées constitutionnelles du Général de Gaulle et de Michel Debré, j'avais réuni une abondante documentation et je m'attendais vraiment à ce que Michel Debré -partisan d'un long mandat du Chef de l'Etat- intervienne publiquement, et fermement, comme le fit Maurice Couve de Murville, pour condamner cette grave atteinte aux institutions de la Vème République.

Mais, le 9 octobre, Michel Debré n'avait toujours pas pris position et au vu de son abstention lors du débat à l'Assemblée Nationale le 16 octobre, j'avais pensé qu'il était allé expliquer à Georges Pompidou qu'il n'approuvait pas son projet de quinquennat, que pour des raisons personnelles il ne voterait pas contre, mais qu'il ne voterait pas davantage pour, et qu'en tout cas il éviterait d'en trop parler. Et j'imaginais Georges Pompidou prenant congé de Michel Debré en début d'après-midi et découvrant la première édition du Monde, traditionnellement apportée au Chef de l'Etat, où se trouvent très longuement exposées, sur quatre colonnes et trois quarts de page, les idées du Général de Gaulle et de Michel Debré, totalement incompatibles avec le passage du septennat au quinquennat. J'entends encore Christian Fouchet rire franchement de cette petite histoire. Mais je ne sais pas ce qu'en a pensé Michel Debré.

Le quinquennat, c'était aussi pour moi l'occasion de dire à Christian Fouchet combien j'avais trouvé remarquable son intervention, d'ailleurs fort remarquée, à l'Assemblée Nationale. "C'était accablant, c'était impressionnant ce silence de mort dans lequel j'ai parlé. Quand je m'interrompais, pour reprendre ma respiration, je n'entendais pas un bruit, j'aurais entendu une mouche voler dans l'hémicycle, s'il y en avait eu une. Et quand j'ai quitté la tribune, il n'y a pas eu un seul applaudissement, il y avait comme un sentiment de gêne dans l'Assemblée. Mais c'était bien ainsi, car s'il y avait eu des applaudissements, mon discours aurait moins porté", se remémore Christian Fouchet.

Je lui indique, non par flagornerie, mais véritablement parce que telle avait été ma réaction, que j'avais comparé son discours dans ce silence glacial à celui du Général de Gaulle en 1946, disant aux Députés que c'était sans doute la dernière fois qu'il parlait dans cette enceinte, et leur prédisant qu'ils regretteraient amèrement de ne pas l'avoir suivi.

"Eh bien ! Figurez-vous que moi aussi j'y ai pensé", me rétorque Christian Fouchet.

Puis, comme j'évoque sa comparaison avec Montoire et Sigmaringen (à l'instar de la poignée de main de Montoire entre Pétain et Hitler en octobre 1940 qui mènera à l'assignation à résidence de Pétain à Sigmaringen en septembre 1944, la mise en cause des institutions commence avec la brèche ouverte sur les cinq ans et aboutira au démantèlement de la Vème République), il me répond en se réjouissant de son effet de séance : "Bien sûr que j'exagérais quand j'ai dit que quand on commençait à Montoire, on finissait à Sigmaringen. Mais si Messmer m'avait interrompu en disant : "Monsieur le Député, ou Monsieur le Ministre, je vous demande de retirer vos paroles", je les aurais retirées et il aurait cassé l'effet de mon discours. Mais il n'y a pas pensé. C'était terrible, vous savez !"

Alors que nous avons abondamment parlé du projet de quinquennat (finalement abandonné par Georges Pompidou, parce qu'il n'a pas l'intention de recourir au référendum, et qu'il ne dispose pas de la majorité requise au Congrès réunissant l'Assemblée Nationale et le Sénat), je souhaite en venir aux conditions de candidature à l'élection présidentielle. Le Sénat vient en effet de voter, avec l'accord du gouvernement Messmer, une proposition de loi tendant à les renforcer, d'abord en instaurant une caution de 25 Parlementaires, ensuite en multipliant par cinq le nombre des parrainages : de 100 signatures recueillies dans 10 départements, il s'agit de passer à 500 signatures dans 30 départements. 

Christian Fouchet n'y croit pas : "Ils n'oseront pas aller jusque-là. Songez qu'avec un pareil système, le Général de Gaulle, le Général de Gaulle insiste -t-il, n'aurait pas pu être candidat en 1957. Il n'aurait pas eu 25 Parlementaires avec lui. Mais, s'ils vont jusque-là, alors je crierai au coup d'Etat légal. Naturellement, gardez le pour vous !" Si le gouvernement de l'époque a reculé sur la caution de 25 Parlementaires pour être candidat à l'Elysée, en revanche il a maintenu l'obligation des 500 signatures. Christian Fouchet y était opposé. C'est à Gaston Palewski que De Gaulle avait déclaré : "Je veux qu'un Tixier-Vignancour puisse se présenter". 

Février 1974, c'est l'époque où l'on parle abondamment de la santé du Président Pompidou. Sans naturellement y voir un lien de cause à effet, Christian Fouchet me fait part de sa conviction qu'une élection présidentielle aura lieu avant la fin de l'année. Il me confirme qu'il sera candidat à cette élection, qu'il le faut car "Giscard fera sonner d'autres casseroles contre Chaban". Et il ajoute :

"Je ne veux pas mourir sans avoir dit aux Français ce que je crois qu'il faut leur dire, et je le ferai".

Si Christian Fouchet dut finalement renoncer à solliciter les suffrages des Français, il ne s'était pas trompé sur les casseroles que Monsieur Poniatowski, en lieu et place de Monsieur Giscard d'Estaing, se chargea de faire sonner.

Comme nous parlons du Président Pompidou, Christian Fouchet me confie : "Ce pauvre Pompidou n'a pas de santé. Dieu merci, que je touche du bois ! Je suis en bonne santé". Et il était effectivement éclatant de santé.

Georges Pompidou décède le 2 avril, emporté par la maladie qui le ronge depuis des mois.

 

Le 25 juillet, Christian Fouchet m'écrit son intention de "préparer la campagne d'automne tambour battant". Il ne la mena pas.

Jusque dans la mort, il allait ressembler au Général de Gaulle. Christian Fouchet succombe à une crise cardiaque le 11 août 1974, ce coeur "dont il manquait le moins", écrira André Frossard dans son "Cavalier seul" du Figaro.

 

Voilà l'essentiel de ce grand moment passé avec Christian Fouchet. La participation, clé de la transformation de la société française, l'Europe ("jusqu'à mon dernier souffle, je regretterai profondément l'échec du plan sur l'Union politique de l'Europe qui porte mon nom"), le gaullisme, la guerre, la résistance, De Gaulle bien évidemment, tels ont été les sujets de notre conversation.

"Je ne prétends pas faire ce qu'aurait fait De Gaulle, m'avait-il également déclaré, car cela nul ne le sait, mais l'intérêt de la France nous montre la voie à suivre".

 

A la vérité, j'ai passé ce jour-là en compagnie de Christian Fouchet quatre-vingts minutes passionnantes et du plus grand intérêt. J'en arrivais à me demander pourquoi cet homme prolongeait comme à loisir notre entretien, lui pour qui le temps était compté. Et je me prenais à espérer que n'ayant pas même l'âge du Général de Gaulle en 1958, Christian Fouchet pouvait être l'homme d'un renouveau gaulliste. Une telle expérience, un tel désintéressement, une telle foi pouvaient avoir raison de tout et de tous. On a dit, après sa mort, que Christian Fouchet n'avait certainement pas donné toute sa mesure. 46 ans après sa disparition prématurée, j'en suis davantage encore persuadé.

 

"Nous allons faire la route ensemble", m'avait proposé Christian Fouchet. Nous n'aurons fait qu'un bout de chemin, suffisant en tout cas pour que j'en garde, en dépit du temps qui passe, un souvenir et une empreinte inaltérables.

 

(1) Dans un courrier du 17 novembre 1973, Christian Fouchet m'avait non moins gentiment écrit :"Merci de votre lettre. J'avais lu votre article dans Le Monde avec intérêt. De même, je vous ai regardé l'autre jour à la télévision et j'ai apprécié ce que vous avez dit". Il s'agissait d'une émission consacrée au Général de Gaulle, dans laquelle intervenaient notamment René Rémond, historien, et Henri Noguères, futur Président de la Ligue des droits de l'homme, et de jeunes gaullistes.

Alain Tranchant, aujourd’hui libre de tout engagement politique, a combattu le retour de la représentation proportionnelle en fondant l'Association pour un référendum sur la loi électorale en 1985. Il est aussi ancien Délégué départemental de mouvements gaullistes dans les années 70.  Fidèle à ses convictions, il demeure un observateur attentif de la vie politique de notre pays.

 

Auteur(s): Alain Tranchant pour FranceSoir


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