Hollande: Mélenchon et FI "sont-ils encore de gauche?"

Hollande: Mélenchon et FI "sont-ils encore de gauche?"

Publié le :

Vendredi 08 Juin 2018 - 10:50

Mise à jour :

Vendredi 08 Juin 2018 - 11:45
François Hollande était jeudi soir l'invité de la Fondation Jean Jaurès pour faire le bilan de son quinquennat. Un exercice que l'ancien président a surtout utilisé pour faire passer ses messages dont le moindre n'a pas été de désigner, sans les nommer, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon comme les premiers adversaires de la gauche de gouvernement, menacée par ceux qui voudraient l'achever.
© MEHDI FEDOUACH / AFP
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Pierre Plottu

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Une prise de parole aux accents de meeting. François Hollande était l'invité de la Fondation Jean Jaurès pour dresser "l'inventaire" de son quinquennat, jeudi 7 au soir à la Maison de la Chimie (Paris 7e arr.). Un peu plus de deux heures et trente minutes d'échanges, ou plutôt de discours rythmé par les questions des intervenants Anne Muxel (sociologue, CEVIPOF), Daniel Cohen (économiste, Paris I Sorbonne) et Gilles Finchelstein (PDG de la Fondation), qui ont permis à l'ancien président de défendre son action, esquisser l'avenir et distribuer quelques piques, tout particulièrement à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron.

En introduction, l'historien Alain Bergounioux a donné le ton de la soirée en définissant l'objectif de "comprendre ce qui nous est arrivé", soit la faillite de la gauche de gouvernement, dont la défaite à la présidentielle de 2017 a été le point d'orgue. François Hollande saisit la balle au bond pour réaffirmer qu'"un candidat uni de la gauche était en mesure de l'emporter" à la dernière présidentielle. Un message qu'il a martelé tout au long de la soirée, devant un public -nombreux- acquis à sa cause et un important parterre de journalistes.

"Ce qui a été le plus difficile, insupportable, pour le président que j'ai été, ce n'est pas d'affronter une crise économique, ce ne sont pas les actes terroristes, puisque ces éléments étaient déjà présents pendant la campagne. Non, ce sont les comportements humains", a ainsi attaqué le président en visant, sans les nommer à ce stade, les frondeurs. Avant de dénoncer leur "manque de compréhension des enjeux", il s'est interrogé sur la "légèreté" des responsables politiques de tous bords face à la crise terroriste notamment.

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François Hollande a défendu pied à pied son bilan économique, lançant "j'assume!" en reconnaissant avoir favorisé une politique de l'offre plutôt que de la demande, et donc financée par les ménages plutôt que les entreprises. Puis, évoquant l'impopularité que ce cap a entraîné: "Quand la croissance est faible en France on accuse le gouvernement, quand elle reprend on remercie l'Europe".

L'ex-président a aussi loué son action européenne ("j'admets ne pas avoir renégocié les traités mais je les ai complétés"); rappelé la mise en place du mariage pour tous ("une reconnaissance réelle de l'égalité" dont le remercient, assure-t-il, de nombreux Français qu'il rencontre lors des séances de dédicaces de son livre); ou encore défendu sa méthode fondée sur le dialogue avec les syndicats (en référence appuyée à Emmanuel Macron, sans le citer toutefois: "On me l'a reproché à l'intérieur même du gouvernement!").

Alors, quinquennat parfait que celui de François Hollande? La question se pose en écoutant l'intéressé. Mais celui-ci concède toutefois -exercice d'inventaire oblige- une faute et un regret.

La première est d'avoir laissé Manuel Valls faire "l'annonce précipitée du recours à l'article 49-3" avant même le début des débats sur la loi El-Khomri. Le regret c'est d'avoir laissé trop durer les débats sur la déchéance de nationalité, proposée après les attentats du 13 novembre 2015.

Un peu léger? Oui. Mais c'est parce que François Hollande n'était en réalité pas venu faire son inventaire, mais plutôt occuper ce terrain pour ne pas le laisser à ses seuls détracteurs. Il l'a annoncé dès sa prise de parole, son but était de tirer les leçons du passé pour préparer l'avenir.

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"Monsieur petites blagues", toujours aussi incisif, a ainsi alerté sur le risque de laisser le champ libre aux "populistes de gauche, de droite et du centre". L'occasion de glisser un tacle appuyé à Jean-Luc Mélenchon et à la France insoumise, dont il a dénoncé "les manifestations qui ne mènent nulle part", en s'interrogeant faussement: "Sont-ils encore de gauche?".

Car c'est bien contre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, ceux qui ont "trahis" et qu'il juge responsables de sa défaite, que François Hollande a dirigé ses coups les plus durs. A ceux qui en appellent à l'union de la gauche (ou tentent de la construire, Benoît Hamon en tête), et tout en rejetant l'idée qu'il y aurait "deux gauches irréconciliables", Hollande a rappelé que "Mélenchon ne veut pas l'union mais la disparition de la gauche de gouvernement. (...) Je le dis aux générations futures, aller vers ceux qui veulent vous couper la tête, ce n’est pas une bonne idée". 

A ceux qui au contraire donnent le PS -notamment- déjà mort, il répond en vantant le rôle que doit jouer la sociale démocratie en occupant la position centrale mais délaissée portant la vision d'un monde et d'une Europe aux frontières ouvertes, mais pas sans règles. Et puis, a-t-il lancé: "les partis ne peuvent pas uniquement être des partis Internet!".

Bilan de la soirée: des tacles appuyés, des ennemis désignés pour mieux ressouder les troupes et même des propositions pour l'avenir (la création d'un capital "formation mais aussi économique" propre à chacun pour créer les conditions d'une réelle égalité des chances). Face à la faillite des partis et l'individualisme qui règne en maître François Hollande veut faire entendre ses solutions. L'intense séquence médiatique, initiée avec une interview au Monde mi-mars et qui se poursuit avec la promotion de son livre, en est le signe (il sera également dans l'émission Au Tableau! de C8 le 13 juin). La question se pose donc: veut-il revenir, ou travaille-t-il au retour au pouvoir de la sociale démocratie? Lui-même n'a pas répondu.

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François Hollande jeudi soir: "Mélenchon ne veut pas l'union mais la disparition de la gauche de gouvernement".


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