Exclusif - Hulot accusé d'atteintes sexuelles: le secret bien gardé des cadres écolos

Exclusif - Hulot accusé d'atteintes sexuelles: le secret bien gardé des cadres écolos

Publié le 15/02/2018 à 13:42 - Mise à jour à 18:16
© LUDOVIC MARIN / AFP/Archives
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Auteur(s): Pierre Plottu, Damien Durand et Maxime Macé

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Ils savaient, mais n'ont rien dit. Voilà ce qui ressort de l'enquête de "France-Soir" sur les accusations d'atteintes sexuelles touchant Nicolas Hulot rendues publiques par le magazine "Ebdo" vendredi dernier. Qui "ils"? Des cadres écologistes de premier plan, dont certains occupent ou ont occupé les plus hautes fonctions de l'Etat.

"Tout le monde le sait, et depuis toujours". Cette confession sur Nicolas Hulot, partagée sous le sceau du secret, revient en boucle dans les cercles écologistes. Mais ce "tout le monde" (plutôt "quelques uns" en réalité) qui réagit depuis l'onde de choc de l'enquête d'Ebdo, que savait-il exactement? Que le ministre qui aspirait à une carrière chez les écologistes avant de céder à l'appel du gouvernement Philippe avait un "passif", celui en l'occurrence évoqué dans l'hebdomadaire. Et, surtout, ceux qui savaient n'ont jamais parlé.

Il ne s'agit pas ici du goût, fut-il prononcé, du ministre de la Transition écologique pour les femmes –que même son épouse confirme–  mais bien des conditions dans lesquelles celui-ci aurait parfois été assouvi. Deux femmes ont ainsi porté des accusations graves contre Nicolas Hulot. Pour la première, petite-fille de président dont le nom a été révélé dans la foulée de l'article d'Ebdo par les médias, une plainte a été déposée mais ne sera jamais suivie d'une enquête puisque les faits sont prescrits. Des faits qui "n'apparaissent pas établis" a écrit le procureur de la République de Saint-Malo, chargé de l'affaire. Difficile d'être définitif, en l'absence de procès.

Voir également: Critiqué pour son enquête sur Nicolas Hulot, Ebdo assume et se défend

Et pourtant. Le petit monde de l'écologie politique dans lequel Nicolas Hulot a toujours gravité, de près ou de loin, connaît cette "rumeur", tout aussi persistante que consistante, une fois encore "depuis toujours". Un historique du mouvement longtemps au premier plan et désormais sur son Aventin nous confirme que non seulement il savait ce qui s'est passé dans la propriété corse de l'animateur, et surtout qu'il n'était pas le seul à le savoir. Mais aussi que personne n'a rien dit.

Cette omerta à l'œuvre pendant de longues années, et pas seulement chez les écolos, aurait-elle été brisée par le scandale Denis Baupin et les mouvements #Balancetonporc et #MeToo? Rien n'est moins sûr au regard de l'accueil qui nous a été réservé pendant notre enquête sur les accusations portées à l'encontre de Nicolas Hulot par une autre jeune femme.

Entre pertes de mémoire opportunes et refus d'aborder le sujet, nous nous sommes aussi retrouvés confrontés à des menaces à peine voilées. "Tout ceci peut avoir de graves conséquences, et pour tout le monde...", nous tance par exemple une parlementaire écolo historique. Puis d'ajouter, péremptoire: "je n'ai jamais entendu parler de ces ragots. Mais ce que je sais, c'est que c'est impossible".

D'autres langues se sont aussi déliées. Oui, affirment celles-ci, au moins une autre jeune femme (elle était âgée d'une vingtaine d'années au moment des faits) a porté des accusations de harcèlement sexuel contre Nicolas Hulot. Oui, poursuivent-elles, cette collaboratrice écolo à l'Assemblée nationale en a parlé jusqu'aux plus hauts responsables d'Europe Ecologie-Les Verts -dont certains occupent ou ont occupé des fonctions de tout premier plan au sein de l'Etat- il y a au moins un an et demi de cela. Non, enfin, aucun de ces cadres n'a jamais décidé de porter les faits sur la place publique ou devant la justice, à une époque où ils tenaient, avec la gauche, les rênes du pays. Et si cela fait suite à la demande de la victime présumée, qui refuse d'évoquer l'affaire (contactée par France-Soir elle dénonce une "traque médiatique" et réclame le droit à la tranquillité) aucun de ceux qui parlent aujourd'hui ne remet en cause la véracité de ses dires.

En savoir plus: Nicolas Hulot dément des rumeurs de harcèlement sexuel 

"J'ai connu des faits de harcèlement sexuel dans un emploi précédent, où l'auteur avait sous-entendu que c'est moi qui avais essayé de le séduire, me culpabilisant", a ainsi déclaré cette jeune femme le 27 mai 2016 devant des policiers qui le consignent sur procès verbal révèle Ebdo. Les agents investiguent alors sur le scandale Denis Baupin, qui a éclaté le 9 mai 2016 suite à la publication d'une enquête de Mediapart et France Inter révélant les accusations -classées pour cause de prescription depuis- d'agressions sexuelles et de harcèlements sexuels contre celui-ci. Car cette jeune femme aurait aussi été victime de celui qui était alors député EELV de Paris et vice-président de l'Assemblée nationale.

"Ce qu'elle a subi par Denis Baupin, elle l'a aussi subi par Nicolas Hulot", nous affirment des sources concordantes et qui côtoyaient alors les divers protagonistes. "C'est une personne qui, du point de vue de plein de gens, est une victime mais qui refuse d'être considérée comme telle", résume une autre source, confirmant les propos de plusieurs élus, collègues de bureau et amis que nous avons pu joindre.

Autant de témoins directs ou indirects qui décrivent une atmosphère pesante au sein du groupe écolo d'alors: des collaboratrices qui rasent les murs, des cadres qui ne voient rien, ou font mine de ne rien voir. Nicolas Hulot n'est pas élu et n'est donc pas dans les murs, mais des sources nous affirment qu'il a commis des actes de même nature que ceux un temps reprochés à Denis Baupin.

"Il est allé au-delà de la drague" et au moins avec la jeune collaboratrice, abonde un autre. Une ancienne élue assène: "ce n'est pas de la conquête. C'est une star, personne ne doit lui résister". "Nicolas aime les femmes, il faut qu'on fasse attention...", a ainsi déclaré un ancien patron du parti et ami proche de Nicolas Hulot très récemment à l'une de nos sources. C'était avant les révélations d'Ebdo. Contacté à ce sujet, celui-ci n'a pas répondu à nos sollicitations.

Lire aussi: La polémique autour de Hulot sans impact sur sa popularité

D'autres pourtant démentent totalement ces affirmations. "J'ai travaillé neuf ans à ses côtés et je n'ai jamais entendu le moindre mot machiste de sa bouche", assure par exemple une ancienne collaboratrice de la Fondation Hulot. Un vieux compagnon de route de Hulot, ami "depuis quelques décennies", tombe lui aussi de l'armoire et nous assure qu'il n'a "jamais vu Nicolas se comporter en mâle alpha".

Pourtant, en 2016, alors que Nicolas Hulot vient d'annoncer qu'il ne sera finalement pas candidat à la présidentielle de 2017, Yannick Jadot, justifie la décision de celui qu'il soutenait dans les colonnes du Parisien: "des rumeurs ont circulé de manière pas très sympathiques et il a voulu protéger sa femme et ses enfants". A ce sujet, une de nos sources soulève une question troublante: "si la peur du scandale l'a empêché de se présenter à la présidentielle de 2017, pourquoi Nicolas Hulot accepte-t-il de devenir ministre quelques mois après?". La question mérite d'être posée, mais ne doit pas en occulter une autre: pourquoi personne, et surtout les cadres qui ont entendu le témoignage de la jeune femme ou en ont eu vent, n'a réagi?

Nicolas Hulot est-il coupable ou innocent des allégations portées contre lui? Il appartient à la justice de le dire après enquête et auditions des protagonistes. Encore faut-il pour cela qu'elle soit saisie, ou se saisisse.

Contacté par France-Soir, le ministre de la Transition écologique et solidaire n'était pas en mesure de répondre à nos sollicitations dans les délais impartis.

Auteur(s): Pierre Plottu, Damien Durand et Maxime Macé


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