Les nazis ont-ils survécu? Le livre enquête choc de Nicolas Lebourg

Les nazis ont-ils survécu? Le livre enquête choc de Nicolas Lebourg

Publié le :

Jeudi 06 Juin 2019 - 12:17

Mise à jour :

Jeudi 06 Juin 2019 - 14:12
© Seuil
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Pierre Plottu

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D-Day + 75 ans. Le monde commémore ce jeudi 6 le débarquement des Alliés sur les côtes normandes qui permit la libération de l'Europe de l'ouest du joug de l'Allemagne nazie. Trois quarts de siècles ont passé et le "bruit des bottes" ne fait plus peur car tous en sont persuadés: le nazisme, cette idéologie mortifère qui a mené l'Holocauste et a asservi les peuples au nom de la –supposée- supériorité d'une race, n'est plus.

Et pourtant… Les défenseurs de la "race blanche", qu'ils prétendent menacée par une "guerre" démographique, perdurent. Et s'ils sont minoritaires, ils agissent. "Depuis le 12 septembre 2001, 73% des violences homicides extrémistes sur le sol américain sont le fait des radicaux de droite", rappelle ainsi Nicolas Lebourg en introduction de son livre enquête, Les nazis ont-ils survécu? Enquête sur les internationales fascistes et les croisés de la race blanche (ed. Seuil, 320p, 20€).

Spoiler: oui, les nazis ont survécu. Ou du moins le nazisme, rénové, réadapté au "goût du jour" au fil d'un cheminement long et complexe, incessant et jamais achevé, où s'entremêlent idéologies, égos et géopolitique. Historien spécialiste de l'extrême droite chercheur associé au CEPEL (CNRS-Université de Montpellier), Nicolas Lebourg mêle petite et grande histoire pour retracer brillamment cette route, avec un style proche du roman qui fait un ouvrage dense mais digeste, accessible, fourmillant d'anecdotes révélatrices.

Comment est né le nazisme, comment a-t-il évolué avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale? Quelles sont ses branches, ses animateurs passés et présents, leurs allers-retours parfois improbables et leurs contradictions? Et, surtout, qu'en reste-t-il?

Car au-delà des derniers SS survivants ce sont ces héritiers, ces "passeurs" qui ont permis que se perpétue cette vision du monde basée sur le racisme, l'autoritarisme et la violence. Sont-ils nombreux? Non, si l'on se limite aux stricts descendants du IIIe Reich hitlérien. Mais des candidats prônant ouvertement la "remigration", forcée s'il le faut, des populations étrangères ou d'origine étrangère n'ont-ils pas pu se présenter aux élections européennes un peu partout sur le Vieux Continent sans levée de bouclier? Le complotisme, notamment antisémite mais pas seulement, ne fait-il pas florès?

L'ouvrage de Nicolas Lebourg est un précieux outil de compréhension de cette "internationale noire", vieux rêve de la marge radicale rêvant d'un "Reich de mille ans" continental, et de ses mécanismes. Un outil tout à fait pertinent alors que pénètre profondément dans le débat public sa thèse voulant que le "nous" est menacé par le "eux". Une altérophobie qui ne se cache même plus et s'exprime haut et fort jusque dans l'arc supposément républicain de l'offre politique, notamment en France.

"L'ultra-marge militante est un révélateur pertinent des dynamiques générales, avec même souvent un temps d'avance", écrit avec justesse Nicolas Lebourg dans son livre. Ce qui amène cette question: si les digues d'hier sautent aujourd'hui, quelle sera la limite demain?

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