Mesures de Macron: qui sont les salariés qui n'auront rien?

Mesures de Macron: qui sont les salariés qui n'auront rien?

Publié le :

Mardi 11 Décembre 2018 - 11:50

Mise à jour :

Mardi 11 Décembre 2018 - 12:19
© PASCAL ROSSIGNOL / POOL/AFP/Archives
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Damien Durand

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Emmanuel Macron a annoncé plusieurs mesures destinées à augmenter le pouvoir d'achat des travailleurs lors de son allocution du lundi 10. Mais derrière ces promesses se cache la réalité de mesures à l'impact difficile à définir et qui pourraient ne concerner qu'un nombre limité de personnes.

Il avait face à lui un mouvement disparate composé de retraités, de chefs d'entreprises, de salariés précaires, de salariés plus stables mais étouffés par les dépenses quotidiennes, de chômeurs, d'urbains, d'habitants de la France périphérique, de partisans du "moins d'impôt", ou d'autres voulant plus de services publics. Autant dire qu'il n'y avait quasiment aucune chance qu'Emmanuel Macron ne fasse lundi 10 au soir une déclaration apte à satisfaire tous les mécontentements.

Et le détail de ses annonces, critiquées à peine prononcées, s'il fera quelques heureux (la leader Jacline Mouraud a exprimé sa satisfaction en appelant à "une trêve") a surtout cumulé les mécontents. Et pour cause: si le chiffre des bénéficiaires est très difficile à estimer, pas sûr que les annonces pour améliorer le pouvoir d'achat concernent un nombre massif de mécontents.

Sur la hausse du Smic –qui n'en est pas une (voir ici)– outre la hausse mécanique du 1er janvier (qui ne doit rien à Emmanuel Macron), elle se fera via la prime d'activité. Or, non seulement celle-ci n'est pas touchée uniquement par les Smicards (le plafond pour un célibataire sans enfant est de 1.500 euros nets), mais,surtout, tous les Smicards n'en bénéficient pas. Par exemple, le plafond de cette allocation de la CAF (et donc payée par les versements des autres cotisants) est de 2.900 euros pour un couple avec deux enfants. Une personne au Smic à plein temps vivant avec un conjoint gagnant 1.750 euros nets, soit à peine plus que le salaire médian, gagnera déjà trop pour prétendre à la prime d'activité. Elle ne sera donc pas concernée par l'annonce du président de la République.

Lire aussi - Macron: 100€ de plus pour le Smic? Pourquoi c'est faux

La défiscalisation des heures supplémentaires, quant à elle, bénéficiera d'abord… à ceux qui en effectuent déjà (environ huit millions de personnes dans le privé). Ces salariés pourront profiter de la défiscalisation annoncée signifiant a priori que les revenus des heures supplémentaires ne rentreront pas dans le calcul de l'impôt sur le revenu (cette affirmation reste toutefois à confirmer). La "désocialisation" des heures supplémentaires (le non-paiement de cotisations sociales) ne représente qu'un faible gain depuis la forte baisse des cotisations salariales en 2018, d'autant que la CSG et la CRDS devraient rester dues.

Un vrai gain sur le pouvoir d'achat pourrait survenir si des entreprises décidaient, face à la basse du coût de ce travail, de faire appel à des salariés qui jusque-là ne travaillaient que 35 heures. Pour eux le gain sera réel dans cette logique du "travailler plus pour gagner plus" chère à Nicolas Sarkozy. Mais il est impossible de quantifier un chiffre qui repose d'abord sur les prévisions des entreprises. Et certains économistes craignent que cette facilitation des heures supplémentaires ait des conséquences sur le niveau d'emploi: pourquoi embaucher un salarié supplémentaire (ou conserver un CDD), avec un salaire alourdi par les charges sociales, quand on peut faire appel à des heures supplémentaires à bas coût?

Quant à la prime demandée par l'Etat aux employeurs et à destination de leurs salariés, la dimension incitative ne donne aucune visibilité sur ce que sera la réalité de ce coup de pouce. Et là aussi, qui seront vraiment les salariés concernés? Les cortèges de gilet jaunes comptaient de nombreux petits patrons qui ne voulaient pas entendre parler de hausse du Smic –ce en quoi ils ont obtenu satisfaction d'ailleurs– qui ne seront guère enclins à payer une prime de fin d'année, pour des raisons légitimes de manque de moyens. Cet hypothétique bonus risque de concerner surtout les grands groupes… qui ne comptent que 4,7% de salariés au Smic contre environ un quart dans les TPE-PME. Le portrait du gagnant des annonces du lundi 10 est encore difficile à cerner, mais les contours qui apparaissent ne le montrent pas vêtu d'un gilet jaune, arpentant le pavé ou tenant les barrages depuis presque un mois.

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