Primaire de la droite: l'interdiction du voile dans l'espace public, la proposition ambigüe de Nicolas Sarkozy

Primaire de la droite: l'interdiction du voile dans l'espace public, la proposition ambigüe de Nicolas Sarkozy

Publié le :

Mardi 08 Novembre 2016 - 12:33

Mise à jour :

Mardi 08 Novembre 2016 - 13:01
©Patrick Hertzog/AFP
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La rédaction de FranceSoir.fr

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Candidat à la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy laisse entendre depuis plusieurs semaines que le port du voile islamique, voire des autres signes religieux, pourrait être interdit dans l'espace public. Quel impact sur la vie quotidienne des Français? Décorticage.

Alors que le premier tour de la primaire de la droite approche à grand pas, l'heure est venue de revenir sur la thématique identitaire qu'aborde largement Nicolas Sarkozy lors de ses meetings de campagne. Depuis plusieurs semaines, l'ancien chef de l'Etat laisse entendre clairement que le port du voile islamique pourrait être interdit dans l'espace public. "Nous ne voulons pas du burkini sur les plages, nous ne voulons pas de voile, nous ne voulons pas de communautarisme, partout!", a-t-il récemment déclaré au micro d'Europe 1. Une interdiction dont il voudrait qu'elle soit également effective sur le lieu de travail. "Cela serait totalement inconstitutionnel", a déploré Myriam El Khomri jugeant "clairement pas souhaitable" de "changer la Constitution sur ce sujet" et rappelant que "la règle, dans l'entreprise, c'est la liberté religieuse".

Mais qui dit interdiction du voile islamique, dit naturellement que la mesure devrait pouvoir être étendue aux autres signes religieux, au nom du respect de la laïcité et de la liberté de culte. Le candidat à la primaire de la droite s'était d'ailleurs montré (volontairement?) flou, en août dernier sur TF1, estimant que "la meilleure manière d'apaiser les tensions, c'est de proscrire tout signe extérieur de religion" dans l'espace public. Selon Marianne et l'Obs, l'interdiction de tous les signes religieux ostentatoires (grande croix, kippa ou voile musulman notamment) feraient ainsi l'objet d'une proposition de loi sur laquelle plancherait actuellement le député LR Guillaume Larrivé, coordinateur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy. Le texte viserait à interdire tout "emblème, insigne, uniforme manifestant ostensiblement dans l’espace public l’adhésion à une idéologie revendiquant l’inégalité entre les hommes et les femmes".

Mais Gérald Darmanin, le coordinateur de la campagne sarkozyste, a tenu à relativiser. "La réflexion porte sur le burkini et toutes les atteintes à l’égalité entre hommes et femmes –on peut penser par exemple à un citoyen qui refuserait d’être soigné à l’hôpital par quelqu’un du sexe opposé. Le candidat reste également favorable à l’interdiction du voile à l’université. Dans la rue en revanche, chacun porte les signes religieux qu’il souhaite dans les limites de la loi", a-t-il notamment déclaré.

Malgré tout, les doutes subsistent encore. Que changerait l'interdiction des signes religieux ostentatoires dans la vie de tous les jours? Concrètement, beaucoup de choses. Jusqu'à présent, selon la loi du 12 octobre 2010, seuls le niqab, la burqa, les cagoules et les masques sont interdits dans l'espace public (dans la rue, dans les transports, au travail, dans les services publics, à l’université), sauf en cas de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles. Mais si cette loi venait à s'élargir, les moines et les religieuses n'auraient, par exemple, plus le droit de sortir dans la rue vêtus de leurs robes de bures ou de leurs tuniques. Par conséquent, ils ne pourraient plus pratiquer la religion comme ils l'entendent...

Les contrevenants pourraient également risquer une amende, à l'instar de ce qui est actuellement fait pour la burqa. Pire encore: de faire un petit séjour en garde à vue. Pour celles et ceux qui l'ignorent, dissimuler son visage avec un niqab, une cagoule ou un masque est passible de 150 euros d'amende et d'un stage de citoyenneté.

Pourtant, la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 affirme que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.

 

Depuis plusieurs semaines, Nicolas Sarkozy cultive l'ambigüité sur l'interdiction du voile.


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