Surpopulation carcérale: le difficile défi de Jean-Jacques Urvoas

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La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
Publié le 17 juillet 2016 - 19:24
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Jean-Jacques Urvoas en décembre 2013.
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Comme Christiane Taubira avant lui, Jean-Jacques Urvoas envisage des pistes alternatives à l'incarcération.
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En France, les prisons sont surpeuplées, peinant à préparer les détenus à leur sortie. Alors que les professionnels du monde pénitencier ne cessent de réclamer plus de moyens, le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas tente tant bien que mal de trouver des solutions.

Surpopulation carcérale, manque de personnel d'encadrement, les prisons sont plus que jamais des cocottes-minute: les professionnels s'en alarment, le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas tente d'apporter des réponses. Depuis plusieurs mois, le nombre de détenus dans les prisons françaises frôle le record historique établi en avril 2014 avec 68.859 personnes incarcérées. Il était de 68.685 en mai, à peine moins en juin, et juillet ne s'annonce pas bon. Le tout pour 58.683 places "opérationnelles" et avec près de 1.500 matelas au sol.

Un rapport du Conseil de l'Europe publié en mars classait la France parmi les mauvais élèves en matière de surpopulation carcérale, à la 7e place sur les 47 membres de l'organisation paneuropéenne. Fréquemment, la France est épinglée par la Cour européenne des droits de l'Homme pour "traitements dégradants" des détenus. Les conséquences de cette surpopulation sont connues: tensions et violences entre détenus et contre les surveillants, diminution des activités et moindre disponibilité des conseillers d'insertion. Au final, la prison peine à préparer les détenus à leur sortie, ce qui favorise la récidive. "Nos prisons annoncent les malheurs de demain", a mis en garde Jean-Jacques Urvoas.

Cette situation a été dénoncée ces derniers mois par les professionnels, avec le blocage en mai du Centre pénitentiaire de Perpignan, une grève à la prison La Farlède, près de Toulon en juin, le blocage de la maison d'arrêt d'Osny (Val-d'Oise) en juillet et la lettre de la directrice de Fleury-Mérogis (Essonne) à sa hiérarchie alertant sur "une situation particulièrement inquiétante". Sur les raisons de cette explosion, beaucoup voient les conséquences d'un climat sécuritaire, d'une demande de fermeté de l'opinion nourrie par l'actualité et le débat politique, qui conduirait les juges à durcir les peines.

"La durée moyenne des peines a augmenté de 9 à 11 mois, les gens vont plus facilement en prison et plus longtemps", indique Clarisse Taron, du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche). A cette surpopulation s'ajoute une pénurie de surveillants (4.000 pour un effectif de 27.000) en raison de postes vacants et de l'absentéisme. Sur les solutions, le ministre s'est déjà prononcé pour la construction de nouvelles places de prison. De 2012 à 2015, 3.085 places supplémentaires ont été créées (en tenant compte des fermetures, ndlr). A droite, on juge que 10.000 à 20.000 places nouvelles seraient nécessaires.

Quoi qu'il en soit, la construction de nouveaux établissements prend en moyenne dix ans et coûte cher, autour de 200.000 euros par cellule pour une maison d'arrêt de 500 places, selon une source pénitentiaire. "Le principal bénéficiaire du budget de la justice, c'est l'administration pénitentiaire (43% du budget) et en son sein le poids des partenariats public-privé" (PPP), expliquait récemment Jean-Jacques Urvoas au Sénat. "Nous avons aujourd'hui 50 établissements en PPP qui prennent 50% du budget de fonctionnement de l'AP, ce sont des bombes budgétaires", dénonce la CGT. Alors, où trouver l'argent en période de disette budgétaire?

La contrôleur des prisons Adeline Hazan est, elle, favorable à un "numerus clausus" ou "seuil" au-delà duquel il ne serait plus possible d'incarcérer. Jean-Jacques Urvoas n'entend pas non plus écarter la piste des alternatives à l'incarcération, chères à Christiane Taubira, qui l'a précédé au ministère de la Justice. Il a ainsi adressé début juin une circulaire aux magistrats les invitant à "pleinement" utiliser le dispositif de la "contrainte pénale", encore rarement prononcée par les tribunaux (1.729 en 19 mois) et rendra un rapport d'évaluation à ce sujet au parlement en septembre. Le ministre explique dans un entretien à l'Express vouloir avant tout provoquer la prise de conscience "d'une opinion publique schizophrène" qui "veut à la fois plus d'enfermement comme manifestation d'une sévérité légitime et de l'humanité par allergie aux conditions de vie dégradantes des détenus et des surveillants".

 

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