Zouaves Paris: la résurgence de l'extrême droite radicale violente dans la capitale

Zouaves Paris: la résurgence de l'extrême droite radicale violente dans la capitale

Publié le :

Mardi 29 Janvier 2019 - 10:07

Mise à jour :

Mardi 29 Janvier 2019 - 11:18
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Pierre Plottu

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Enquête. Jeunes, violents et très politisés: ce sont les Zouaves Paris, nouveau groupuscule d'extrême droite radicale violent héritier du GUD et très actif ces derniers mois dans la capitale. Dernière action en date, l'attaque du cortège du NPA qui défilait pour l'acte 11 des Gilets jaunes samedi 26. Bilan: une dizaine de blessés côté anticapitalistes, pour certains frappés au sol.

 

"Acte" après "acte" des Gilets jaunes, ils font parler d'eux. Dans la rue, ils se mobilisent en "équipes" de 15 à 30 membres et s'allient avec d'autres militants radicaux pour faire la chasse aux antifas et "rouges" dans les cortèges parisiens. Sur Internet circulent des photos de leurs tags racistes et des vidéos de leurs actions violentes. Dernière en date, pas plus tard que ce samedi 26: l'attaque du cortège du NPA à coups de poings, de pavés et de matériel de chantier (voir vidéo ci-dessous). Des victimes ont été rouées de coup au sol et on dénombre une dizaine de blessés, confirme le NPA contacté par France-Soir.

"Ils"? Ce sont les "Zouaves Paris" ou "ZVP". Mais d'où viennent ces militants radicaux aussi jeunes que violents? Quels sont leurs capacités de nuisance, leurs racines idéologiques, leurs liens avec le reste de la "fachosphère" de la rue, ces autres groupuscules d'inspiration fasciste adeptes du coup de poing? Bref, qui sont-ils?

Selon nos informations, les Zouaves Paris, groupe informel constitué depuis au moins l'hiver 2017, comptent une trentaine de membres plus ou moins actifs. A leur tête, les -très- jeunes Marc de Cacqueray-Valmenier, 20 ans, et Charles Ferrand, 23 ans. Le premier, Marc, est issu d'une vieille famille de la noblesse française où l'on retrouve par exemple un haut dignitaire des catholiques traditionnalistes lefebvristes ou un élu RN (ex-FN) de la Sarthe. Marc et son comparse sont passés par le Groupe union défense (GUD), groupuscule violent et néo-fasciste. Un classique dans la bande des Zouaves Paris, où tous ont fait leurs armes au sein de ce groupe ou de son héritier en province, le Bastion social.  

Cet autre groupuscule est plus connu: plusieurs de ses membres ont été condamnés ces dernières années pour des agressions racistes, parfois très violentes. Les ITT reconnues aux victimes se comptent en dizaines de jours et certains de ses membres seraient fichés S. Les Zouaves Paris sont considérés comme la version parisienne de ces Gudards relookés et, selon nos informations, les membres du groupe sont déjà bien connus des services de police et de renseignement.

Les "ZVP" commencent à faire vraiment parler d'eux pendant la dernière coupe du monde, suite à une série d'agressions racistes en marge des rassemblements de supporters français à Paris et suite à des affrontements avec les antifas. Mais c'est surtout avec les rassemblements des Gilets jaunes dans la capitale qu'ils sortent de l'anonymat, et ce dès l'acte 3 du 1er décembre marqué par des scènes de guérilla urbaine place de l'Etoile et l'attaque de l'Arc de Triomphe.

Toute l'extrême droite la plus radicale est à Paris ce jour-là défilant derrière une banderole "Le peuple aux abois/Tuons le bourgeois", reprenant une formule de Julius Evola, référence de la Nouvelle droite et des néofascistes. Comprendre: il faut tuer le bourgeois qui est en soi et ses dérives "intellectualistes" pour y préférer le "guerrier", seul à dominer ce qu'Evola estime être l'ordre hiérarchique traditionnel.

Lire- Attaque de l'Arc de Triomphe: qui est "Sanglier", ex-JNR proche d'Ayoub et incarcéré

Ce 1er décembre, une "mob" (mobilisation) composée de militants ultra-radicaux, d'anciens hooligans racistes du Kop of Boulogne et de Zouaves Paris se vante d'avoir fait "cavaler" les antifas. "Tout est vrai", a confirmé à Streetpress un militant antifasciste. Les "fafs" ont ce jour-là également constellé leur parcours de tags racistes (croix celtiques, slogans nationalistes) pour certains signés "ZVP" pour "Zouaves Paris".

Six jeunes ultranationalistes ont étés interpellés dans la foulée et jugés coupables le 10 janvier dernier de "participation à une entente en vue de commettre des violences ou des dégradations" lors de ce fameux Acte 3. A l'audience, des SMS édifiants ont été révélés ("On vient de déchirer les antifas", "on remet ça bientôt") ainsi que des photos de certains d'entre eux morceau de parpaing à la main, rapportent Le Monde et Vice. Parmi les accusés, quatre Zouaves Paris: Aloys Vojinovic -qui a passé Noël en prison pour cause de casier déjà chargé-, Louis David ainsi que les deux chefs de bande Marc de Cacqueray-Valmenier et Charles Ferrand.

Un tag de soutien à Aloys Vojinovic, alors incarcéré dans l'attente de son procès, signé "ZVP".

La violence, l'affrontement, une vision du monde fondée sur la race et/ou la religion sont ainsi dans l'ADN des Zouaves Paris, ce qui en fait les dignes héritiers des groupuscules d'extrême droite radicale violents interdits ou disparus.

Sur les réseaux sociaux, les membres des "ZVP" se font discrets, se cachant derrière des pseudos et apparaissant systématiquement le visage masqué ou affichant des avatars en photo de profil. Identifiés par France-Soir, ces comptes sont pourtant révélateurs des idées de leurs auteurs comme de leur appartenance à la mouvance d'extrême droite radicale violente.

Au fil des semaines, des mois, nous y avons trouvé les mêmes éléments. Des photos de groupe de jeunes hommes cagoulés ou aux visages floutés, aux vêtements griffés de marques prisées de l'extrême droite radicale, voire des néo-nazis, comme Lonsdale et Fred Perry. Des barres de fer ou autres clubs de golf sont régulièrement exhibés sur ces photos de groupe.

Des photos de groupe recueillies sur des profils de membres des Zouaves Paris (les visages sont floutés d'origine), à droite des clubs de golf sont exhibés.

Sur ces comptes que nous avons identifiés avec certitude fourmillent la haine raciale et l'antisémitisme, voire la glorification du nazisme et du fascisme. Entre deux hommages au négationniste Robert Faurisson (mort en octobre dernier) ou à la place Maïdan, siège de la révolution ukrainienne, apparaissent des messages de soutien au raciste Henry de Lesquen. Le GUD est célébré, bien sûr, tout comme Jean-Marie Le Pen, le mouvement politique néofasciste Ordre Nouveau (interdit en 1972, qui donna naissance au Front national et au Parti des forces nouvelles), ou encore le Comité du 9-Mai créé par le FNJ et le GUD en 1994 suite à la mort du militant nationaliste Sébastien Deyzieu en marge d'une manifestation.

Sur de nombreuses photos, des membres des Zouaves Paris brandissent une main avec trois doigts levés (pouce, index et majeur). A ne pas confondre avec un signe de ralliement serbe, il s'agit ici d'un ersatz de salut hitlérien venu d'Italie et qui a essaimé en France et en Allemagne pour contourner l'interdiction de la gestuelle nazi.

Autant de preuve que les jeunes Zouaves Paris ne participent pas aux manifestations des Gilets jaunes ou autres bagarres juste pour l'adrénaline.

Ces trois doigts levés correspondent à un ersatz de salut hitlérien.

Les membres du groupe partagent, "aiment" ou commentent aussi des publications d'acteurs plus récents de l'extrême droite radicale, par exemple des néo-fascistes italiens de Casapound ou du parti néo-nazi grec Aube dorée. Mais pas seulement: l'été dernier, des Zouaves Paris posaient avec des photos de Bachar el-Assad et des drapeaux syriens, haine d'Israël oblige.

Les liens avec les membres du Bastion social ou les hooligans de Strasbourg offender -eux-mêmes très proches- affleurent également. Tout comme ceux avec des militants et cadres de Génération identitaire qui sont "amis" avec ces comptes camouflés et y "aiment" des photos.

Les membres du groupe ont également des points de ralliement virtuels, notamment la page Facebook "Ouest Casual" très prisée de l'extrême droite radicale. Sur celle-ci, régulièrement fermée mais immédiatement rouverte à chaque fois, les provocations à destination de leur rivaux antifas sont légion. Entre deux messages de menaces et autre "trollage" de leurs ennemis sont publiés les CR (comptes-rendus) des bagarres avec la gauche radicale.

Comme celui du 12 janvier où, en marge de la marche aux flambeaux organisée à Paris par les nationalistes de Génération identitaire, les Zouaves Paris et des hooligans racistes du Kop of Boulogne (KOB) revendiquent leur présence, preuve que ces différents groupes ont, à tout le moins, des accointances.

Le "CR" de la mobilisation des ZVP et du KOB lors de la dernière Saint-Geneviève, organisée le 12 janvier dernier à Paris par Génération identitaire.

Mais c'était surtout l'occasion pour cette alliance ZVP/KOB d'aller au contact. Dans leur compte-rendu, ils clament ainsi haut et fort avoir fait de nouveau "cavaler" les antifas: "les moins bons sprinters (ont) fini(t) au sol et dans le dur", y détaillent-ils, avec le hashtag "TaTêteAuSolEtOnTeFinitAvecDesSauvages" ("ta tête au sol et on te finit avec des sauvages").

Car la "fight", l'affrontement violent, est bien perçu comme le moyen d'action militante principal par cette frange de l'extrême droite. Les Zouaves Paris mettent ainsi en scène leurs médailles obtenues lors de compétitions de sport de combat ou le butin volé aux "gauchistes" après des bagarres de rue.

Mais en attaquant un cortège de manifestants "classique", celui du NPA, samedi, une étape à été franchie par les Zouaves Paris. "Nous avons été attaqués à deux reprises", révèle Cathy Billard du NPA, contactée par France-Soir. La militante confirme également que ce sont bien des Zouaves Paris qui les ont visés, renforcés par d'autres "militants de l'extrême droite violente, identifiés comme étant plutôt de province" pour le second assaut. Puis de détailler: "des Gilets jaunes se sont interposés la première fois, mais la seconde, vu la violence dont ils ont fait preuve, personne ne s'y est aventuré. Des manifestants sont allé chercher les policiers proches, mais ils ont refusé d'intervenir". Bilan: une dizaine de blessés dans les rangs anticapitalistes, nous indique le NPA, qui envisage de porter plainte.

"Après nous avoir attaqué et avoir dérouillé nos camarades au sol, ils sont partis en disant «la bise à Clément»" confirme également Cathy Billard. Une référence claire à Clément Méric, jeune militant antiraciste tué par des militants nationalistes lors d'une bagarre, en juin 2013.

Les Zouaves Paris ont revendiqué l'attaque du NPA, toujours sur les réseaux sociaux (ici la banderole volée aux militants anticapitalistes).

Ce ne sont pas cette fois d'autres adeptes du militantisme musclé qui ont été visés, mais bien des adhérents d'un parti inséré dans le jeu démocratique. Il s'agit donc d'un acte politique, revendiqué qui plus est. Preuve supplémentaire, des Zouaves Paris ont été vus ailleurs dans la manifestation de samedi tenter de faire reprendre aux Gilets jaunes -sans succès- des slogans hostiles aux syndicats et partis politiques selon Cathy Billard.

L'attaque n'a pourtant eu que peu d'écho et n'a fait l'objet d'aucune réaction des autorités. Pourtant, après des semaines d'affrontements la tension est à son paroxysme. Dans la foulée de l'attaque de samedi, le bar identitaire "La Citadelle" a été attaqué en représailles à Lille. D'autres affrontements ou agressions ont été signalés à Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Caen, etc.

"On entend les bruits de bottes, avec des actes violents de ces groupes d'extrême droite en recrudescence", s'alarme Muriel Ressiguier. La députée FI qui vient d'être nommée présidente d'une commission d'enquête parlementaire sur les groupuscules d'extrême droite souligne en outre que ces activistes n'hésitent même plus à agir à visage découvert. "Ils testent notre démocratie: s'il n'y a pas de réaction des autorités, ils se disent que c'est feu vert...". Sur Internet, les Zouaves Paris ont d'ores et déjà annoncé leur intention de poursuivre leur action "radicale et violente" lors des prochaines manifestations de Gilets jaunes.

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Les Zouaves Paris, héritiers du GUD à Paris et adeptes de l'action violente.

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