Conflit syrien: le passeport émis par le régime de Bachar al-Assad devient le plus cher du monde

Conflit syrien: le passeport émis par le régime de Bachar al-Assad devient le plus cher du monde

Publié le :

Mardi 02 Mai 2017 - 14:21

Mise à jour :

Mardi 02 Mai 2017 - 15:39
©Yasin Akgul/AFP
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Maxime Macé

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Les ressortissants syriens, y compris ceux qui vivent à l’étranger, devront désormais payer plusieurs centaines de dollars pour l'octroi ou le renouvellement de leur passeport. Un moyen pour le régime de Damas de renforcer son contrôle sur les flux de réfugiés et de remplir ses caisses.

Le passeport syrien est devenu le plus cher du monde. Début avril, le parlement syrien a modifié les frais consulaires pour accorder ou renouveler les passeports délivrés par les autorités de Damas. Selon l'agence de presse du régime, Sana, il faut désormais compter 800 dollars (soit près de 735 euros) pour se voir délivrer un passeport en règle et 400 dollars (près de 368 euros) pour un renouvellement.

Le prix de ce document est désormais près de neuf fois plus élevé que le salaire mensuel minimum en Syrie (près de 46 dollars, soit 42 euros). A titre d'exemple, le deuxième passeport le plus couteux est le turc dont le prix s'élève à 250 dollars tandis que le passeport français coûte 86 euros. Pour les autorités syriennes, ce projet de loi en cours vise à "faciliter les démarches aux citoyens" et "augmenter les recettes budgétaires".

Cette hausse importante du prix du passeport présente un double avantage pour le régime syrien. En effet, six ans de guerre ont laissé le régime de Bachar al-Assad au bord de la banqueroute et il ne doit sa relative stabilité financière qu'à son allié l'Iran (et dans une moindre mesure, la Russie) qui verse les subsides nécessaires au paiement épisodique des fonctionnaires mais surtout pour solder l'armée et acheter des armes.

Selon les chiffres dévoilés par les Nations unis fin mars, la barre des 5 millions de réfugiés syrien hors de leur pays a été franchie, soit près de 25% de la population, dont la majorité se situent en Turquie, au Liban et en Jordanie. Augmenter le prix du renouvellement des passeports représente donc une manne financière non négligeable pour Damas et permettra en plus de savoir où se situent les réfugiés qui entreprendraient cette démarche auprès des ambassades et des consulats syriens. Certains, dans l'incapacité de payer de telles sommes risquent de se retrouver piégés dans leurs pays d'accueil où ils ne bénéficient pas toujours du statut de réfugiés. C'est par exemple le cas au Liban, le pays n'ayant pas ratifié la Convention de Genève de1951 relative au droit des réfugiés.

Dans le même temps, Damas doit faire face à une baisse drastique des effectifs de son armée, durement éprouvée par six années de guerre. Et ce alors que des nombreuses unités de l'armée syrienne à la loyauté suspecte sont encore casernées par crainte des défections et des désertions. Pour contrer cette hémorragie de soldats, la Syrie a recours à la conscription forcée, notamment dans les rangs de la jeunesse.  C'est pour fuir cet enrôlement contraint que de nombreux jeunes syriens ont pris la route de l'exil, qui deviendra encore plus difficile depuis l'augmentation du prix d'octroi des passeports, les condamnant de fait à la clandestinité.

D'autant que l'obtention de l'asile politique dans de nombreux pays occidentaux, dont la France, est conditionnée à l'absence de prise d'arme que ce soit dans les rangs de l'armée syrienne ou dans ceux de l'opposition.

Selon un classement publié en 2016 par Henly and Partners, le document de voyage de la République arabe syrienne est l’un des pires au monde. Il se classe 100e sur 104 et permet théoriquement de se rendre dans une trentaine de pays sans obtenir de visa.

Le prix de ce document est désormais près de neuf fois plus élevé le salaire mensuel minimum en Syrie.

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