Coronavirus : Les propos du président Dutertre aux Philippines doivent être remis dans leur contexte

Coronavirus : Les propos du président Dutertre aux Philippines doivent être remis dans leur contexte

Publié le 05/04/2020 à 20:35 - Mise à jour le 06/04/2020 à 10:39
gloverbh222 de Pixabay
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Auteur(s): France-Soir et François Schmitt

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Temoignage de Francois Schmitt aux Philippines dimanche 5 avril 2020

Français, vivant aux Philippines depuis 8 ans, époux d’une haute fonctionnaire de la Police Nationale en service à Manille, nous ne communiquons, depuis le début de la pandémie, que par WhatsApp. Nous avons conscience des risques et surtout comme pour ses collègues, le devoir passe avant tout.  Quelques clarifications sur ce qui se passe dans ce pays et certains propos du président Dutertre que l’on peut lire dans la presse européenne s’imposent. Ces propos méritent d’être remis dans leur contexte en tenant compte des particularités de l’évolution de ce pays.

Les philippines, un archipel au contexte souvent méconnu :

  • Un archipel de 7107 Iles avec 110 Millions d’habitants. Classé parmi les pays les plus corrompus ou le trafic et la consommation de drogue atteignaient des sommets.  Le tourisme était considéré comme celui de rencontres faciles, de libertinage et une corruption à tous niveaux.
  • La classe moyenne représente 20% de la population (administration, enseignement, secteurs privés) et la classe aisée 10% des citoyens.  Le reste de la population (70%) vit au jour le jour d’agriculture rurale, de tous petits commerces et petits boulots. Le revenu moyen est de 400 à 450 Pesos Philippins soit 8 à 9 Euro par jour en fonction de l’activité et de la région. 
  • Cette dernière catégorie vit dans des logements simples et précaires à 6 ou 7 personnes dans moins de 20 m2. En temps normal la maison n’est pleine que le soir.

Le confinement aux Philippines – une autre vie car sans travail veut dire sans revenu. Plus de revenus journaliers, très peu d’économies ou pas du tout, et tout le monde se retrouve confinés dans le petit coin qui sert de logement sans travail sans revenu. 

Au bout de quelques jours, la faim attise la tension.

Le président des Philippines, un homme ferme mais de parole, souvent décrié dans la presse internationale :

Rodrigo Dutertre, avant d’être élu président en 2016, était maire de Davao depuis 1988. Il en a fait une ville exemplaire.  Au cours de mes trente visites à Davao, je m’y suis toujours senti en sécurité.  Son programme présidentiel avait comme priorités la lutte contre la drogue et la sécurité. La population lui témoigne toujours une grande confiance.  Sans hésitation il a tenu ses promesses. Il l’a dit, il le fait et continue de le faire sans mâcher ses mots mais il exécute le programme promis au peuple philippin.  A l’étranger, certains peuvent s’en offusquent peut-être par méconnaissance du contexte ou du personnage. Juger sans connaitre est une grosse erreur. J’ai eu l’occasion de le rencontrer personnellement, et à chaque fois j’ai apprécié le contenu de ses messages, son humour et le sérieux qu’il savait « distiller » aux bons moments.  La situation aux Philippines est plus difficile à gérer que dans un pays « plus nanti »

Les messages du président ont été pris hors de contexte dans la presse étrangère face à la crise sans précédent de la pandémie.   Le président a fait usage d’un ton très ferme envers ses concitoyens nécessaire dans la situation actuelle.  Ses propos ont été, à tort sorti de leur contexte par les médias pour distiller aux français en particulier qu’il fait bon vivre en France même si on peut y manquer de masques, de tests, de blouses, bientôt de médicaments, ou de respirateurs.

Le Président DUTERTE a dit : 

« que ceux qui souhaitent entraver le bon déroulement de la quarantaine où le bon déroulement des services publiques, des services de soins, et de sécurités, dévoués corps et âmes et mis en première ligne pour endiguer cette pandémie, dans ce contexte déjà très difficile, qu’il serait prêt à les punir voir les tuer ».

De plus en réponse à une question des droits de l’homme il a déclaré :

« Vos problèmes ce sont les droits de l’homme, les miens c’est la vie des hommes et de mes concitoyens. Les trafiquants de drogue mettent la vie de mes frères en danger ainsi que celles de leurs familles, je continuerais ce que j’ai commencé ».

Il faut comprendre que sans une fermeté clairement affichée dans ses mots et sans ses instructions strictes à l’adresse de ceux qui s’aventureraient à troubler l’ordre des choses, les risques de mourir d’autres choses (que du Corona Virus) sont beaucoup plus grands ici qu’en France. « Les dealers sont à l’affût pour reprendre la rue et les pillards ne demandent que ça »

Remis dans leur contexte, les propos du président Dutertre ne font que répondre aux besoins de la situation.

Mais plus important regardons les efforts colossaux de solidarité mis en place pour soutenir les philippins en grande difficulté.  Les entreprises, le gouvernement, les autorités locales, toutes les classes sociales ont fait de gros efforts à la demande Président.

  • 300 Billions de pesos en argent liquide, en nourriture, et en infrastructure de soins et de sécurité vont être distribués à tous ces gens démunis durant cette pandémie. Une allocation en fonction de la situation de la famille se situant entre 6000 et 8000 pesos Philippins.
  • La distribution de nourriture, riz, pâtes, sardines a déjà commencée.
  • Des cuisines de quartier ont été mise en place par la classe moyenne et les autorités locales, pour soutenir les plus démunie avec une nourriture correcte.
  • Des transports spéciaux et dortoirs ont été aménagé pour le personnel soignant et médical.

J’ai pu observer cela à Iloilo, la ville où je réside et ailleurs.

Le président Duterte, connaissant la corruption dans son pays, a aussi mis en garde fermement les personnes en charge de la distribution de nourriture et des fonds à destination des pauvres gens démunies ?

Cela a choqué la presse internationale, mais il faut prendre en considération le contexte de la corruption aux Philippines. J’ai pu lire de nombreux articles n’en tenant pas compte.

Le Président a très fermement menacé les élus, gouverneurs, députés, maires, chefs de quartier si d’aventure ils ne faisaient pas leur travail de distribution d’argent et de nourriture correctement et sans intérêt personnels. Un numéro de téléphone existe à la présidence depuis son élection, et, pour l’avoir utilisé personnellement dans d’autres circonstances, je peux en garantir l’efficacité et la promptitude. 

Le comportement et la manière d'appréhender les situations de ce genre sont liés au niveau de peur ou de stress vécus. Notre prise de conscience sur la gravité de la chose est importante et c'est pour cela que la nécessité de certaines décisions s’impose.  Aux Philippines, en l’état actuel des choses, seules de telles dispositions peuvent être assimilées.

En temps normal, la réalité du quotidien ne ressemble en rien à celle de la France. Les jugements et critiques sur les décisions du président Dutertre et la manière drastique dont elles sont interprétées par des tiers externes, ne peuvent pas toujours être comprises par l'opinion publique d'un pays ne vivant pas sur le même fonctionnement qu'aux Philippines.   L'écho et la compréhension des propos émis par le dirigeant sur le peuple n'a pas la même résonance que nous soyons en France, en Australie ou aux Philippines.  La fermeté du Président peut sembler abusive pour certains, pour d’autres (le peuple philippins) c’est un message nécessaire, clair et fonctionnel.

Le programme de transformation culturelle et sociétale est encore fragile, et ce n'est pas le moment de mettre en danger les efforts entrepris depuis des années par le gouvernement.  Le contexte de la pandémie, requiert une fermeté sans pareil et un discours autoritaire. Comme le lait sur le feu, la situation actuelle pourrait dégénérer rapidement et fragiliser la transformation mise en place.  Un alpiniste doit adopter un comportement adéquat et faire les bons choix selon les parois qu'il s’apprête à franchir.  Pour le moment l'humain doit s'adapter à une paroi qui s'appelle Covid-19 et non l'inverse. Il n'y a que de cette manière que nous pourrons un jour, j’espère proche, venir à terme de cette paroi à franchir et enfin retrouver une vie sereine normale et constructive pour tous.

 

Auteur(s): France-Soir et François Schmitt


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