Droits des femmes en Europe: entre acquis fragiles et hauts risques de régression

Droits des femmes en Europe: entre acquis fragiles et hauts risques de régression

Publié le :

Mardi 05 Mars 2019 - 14:35

Mise à jour :

Mardi 05 Mars 2019 - 14:56
© BORIS HORVAT / AFP/Archives
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La Maison de l'Europe à Paris, édité par la rédaction

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A l'occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes, le 8 mars, l'heure est au bilan. Alors même que le continent européen est l'une des régions du monde où les droits des femmes sont les plus avancés, l'égalité hommes-femmes y est pourtant loin d'être atteinte. Dans un contexte politique qui plus est marqué par la forte progression de mouvements populistes de droite, porteurs de discours racistes, xénophobes et conservateurs, ces droits si difficilement acquis connaissent depuis quelques années une tangible remise en cause, en Europe comme dans le reste du monde.

En 1977, suite aux revendications ouvrières et suffragettes pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote, l'Organisation des Nations unies (ONU) reconnaissait officiellement le 8 mars comme la Journée internationale pour les droits des femmes. Depuis, ces revendications datant du début du siècle dernier sont toujours à l'ordre du jour, et le 8 mars est devenu pour des millions de femmes l'occasion de se rassembler et de faire entendre leurs voix pour plus d'égalité et la fin des discriminations basées sur le genre.

> Le continent européen, l'une des régions du monde où les droits des femmes sont les plus avancés

Le continent européen est de nos jours considéré comme l'une des régions du monde où les droits des femmes sont les plus avancés. En 1957, le traité instituant la Communauté Économique Européenne (CEE) consacrait déjà le principe d'égalité de rémunération entre les hommes et les femmes. Trois décennies plus tard, l'Union européenne, fondée sur un socle de valeurs, faisait du principe d'égalité hommes-femmes l'un de ses grands objectifs. Dans le prolongement de la stratégie de l'Union pour l'égalité hommes-femmes, la Commission Juncker publiait d'ailleurs en début de mandat son engagement stratégique pour l'égalité des genres 2016-2019.  

"Les femmes et les hommes sont égaux. C'est l'une des valeurs fondatrices de l'Union" rappelait le premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, lors de la Journée de l'égalité salariale le 26 octobre dernier.

Dans son combat pour plus d'égalité entre les hommes et les femmes, l'Union européenne a adopté plusieurs angles d'attaques. En octobre dernier, elle s'investissait dans la lutte contre les inégalités salariales avec un Plan d'action pour éliminer l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes. Jusqu'à présent, une enveloppe de 3,3 millions d'euros a ainsi été octroyée à des projets de lutte contre les stéréotypes liés à l'orientation professionnelle et aux choix de carrière. En tout, huit grands volets d'action sont prévus.

"Les violences à l'égard des femmes sont un obstacle à l'égalité entre les hommes et les femmes", réaffirmait la Haute représentante, Federica Mogherini, à l'occasion de la Journée pour l'élimination des violences à l'égard des femmes le 23 novembre dernier.

L'Union européenne s'est également engagée aux côtés de partenaires internationaux afin de lutter contre toutes les formes de violences à l'égard des femmes. La Commission travaille ainsi avec le Conseil de l'Europe à l'adhésion de l'Union européenne à la Convention d'Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence et le harcèlement à l'égard des femmes. En partenariat avec l'ONU, la Commission a également lancé "Spotlight", une initiative conjointe axée sur l'élimination des violences à l'égard des femmes. Le 26 février dernier, elle annonçait dans le cadre de ce programme un investissement sans précédent de 50 millions d'euros afin de lutter contre les violences domestiques dans la région du Pacifique.

> Dans l'Union européenne, les femmes gagnent toujours en moyenne 16,2% de moins que les hommes

Pourtant, même s'il semblerait que nous soyons sur le bon chemin de l’Histoire, les principes vertueux du droit européen tout comme les initiatives louables en faveur des droits des femmes ne suffisent pas.

Loin d'être égalitaires, nos sociétés continuent à inculquer par l’éducation et les codes sociaux des chemins tracés quant à l'orientation professionnelle et les choix de carrières des femmes. De plus, de nos jours, les écarts de rémunération entre hommes et femmes restent flagrants. Ils vacillent entre 5% en Italie, au Luxembourg et en Roumanie à plus de 20% en République tchèque, en Allemagne, en Autriche, ou encore au Royaume-Uni. Les femmes gagnent ainsi en moyenne 16,2% de moins que les hommes et continuent en conséquence à travailler chaque année pendant deux mois sans être rémunérées, par rapport à leurs collègues masculins.

De même, la violence à l'égard des femmes continue à être très répandue sur le continent européen. Au sein de l'Union européenne, environ la moitié des femmes ont déjà subi un harcèlement sexuel verbal, physique ou en ligne et 90% des victimes de violences sexuelles sont des femmes.

> La montée des mouvements populistes, synonyme de régression pour les droits des femmes

S'ajoutant à ces mauvais résultats, le climat actuel de montée en puissance des mouvements populistes de droite, véhiculant des messages racistes, xénophobes et conservateurs représentent d'autant plus un coup de massue pour les droits des femmes en Europe. A cause notamment de discours conservateurs, parfois sexistes, remettant en cause les droits acquis des femmes en matière d'avortement ou encore d'égalité salariale, des régressions sont déjà tangibles dans plusieurs pays. Alors que Malte devenait le seul Etat membre à ne pas reconnaître de droit à l'avortement, l'Irlande l'ayant légalisé en 2018, les poussées conservatrices viennent de plus en plus limiter celui-ci dans de nombreux pays, juridiquement et dans la pratique. En France, la désignation de François-Xavier Bellamy en tant que tête de liste du parti Les Républicains pour les élections européennes a fait des remous dans la presse et chez les féministes. En cause, ses idées conservatrices et ses convictions "personnelles" contre l'avortement et le mariage pour tous.

Le 12 mars prochain, la Maison de l'Europe de Paris vous invite à découvrir les témoignages de femmes aux "métiers rares". Évidence pour certaines, réel combat contre les idées reçues pour d'autres, qu'elles soient militaires, astronautes ou ingénieures, elles seront présentes lors de notre conférence "A quand la fin des métiers rares pour les femmes dans l'Union européenne" afin de partager leur parcours et leur intégration dans des milieux professionnels traditionnellement masculins.

Voir:

Les femmes n'ont que les trois quarts des droits des hommes, selon la Banque mondiale

Journée des droits des femmes: entre dynamique #Metoo et "bulles de régression"

(Centre d’Information Europe Direct de la Maison de l’Europe de Paris)

 

La violence à l'égard des femmes continue à être très répandue sur le continent européen.


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