La 104ème brigade de la Garde républicaine syrienne, troupe d'élite et étendard du régime de Damas

La 104ème brigade de la Garde républicaine syrienne, troupe d'élite et étendard du régime de Damas

Publié le :

Lundi 20 Mars 2017 - 16:57

Mise à jour :

Jeudi 23 Mars 2017 - 16:13
Souvent en première ligne face aux ennemis du régime syrien, la 104e brigade de la Garde républicaine fait partie des troupes d'élite à la disposition de l'armée syrienne. Cette formation est une véritable icône de la propagande en faveur de Bachar al-Assad. Stéphane Mantoux, agrégé d'Histoire, spécialiste des questions de défense et observateur de référence du conflit irako-syrien, revient, en partenariat avec "FranceSoir", sur ces forces d'élite de l'armée loyaliste. Un article écrit en collaboration avec Mathieu Morant.
©Aymah al-Mohammed/AFP
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Stéphane Mantoux avec la rédaction de FranceSoir.fr

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La Garde républicaine a été créée en Syrie par Hafez al-Assad en 1976. Elle est commandée par Adnan Makhlouf, le cousin de sa femme. Les recrues viennent d'abord de l'armée de l'air, branche historiquement la plus liée au clan Assad. Progressivement, cette unité prétorienne passe au rang d'unité mécanisée, notamment après la dissolution des Compagnies de Défense de Rifat al-Assad suite au coup d'Etat manqué de ce frère de Hafez, en 1984. En 2011, au déclenchement de la révolution, la Garde républicaine syrienne comprend pas moins de trois brigades mécanisées (dont la 104ème, qui accompagne les 105ème et 106ème: 3.500 hommes chacune), deux régiments de sécurité (101ème, 102ème, 1.500 hommes chacun) et un régiment d'artillerie (100ème): elle équivaut en fait à une division d'infanterie mécanisée, comparable à la 4ème division blindée, sauf qu'elle obtient le meilleur matériel et qu'elle est systématiquement maintenue à plein effectif. La plupart des officiers et soldats sont alaouites mais on trouve aussi des sunnites dans l'encadrement, comme le fils de l'ancien ministre de la défense Mustapha Tlass, qui a fait défection en 2012. La Garde républicaine est destinée à prévenir tout soulèvement intérieur: c'est pourquoi elle est stationnée sur le mont Qasioun au nord de Damas, près du palais présidientiel.

Montage à partir de l'emblème de la 104ème brigade.

La 104ème brigade mécanisée, dans la Garde républicaine, a une importance symbolique particulière. Elle a été commandée, en effet, par Basel al-Assad, héritier pressenti d'Hafez, avant sa mort accidentelle en 1994, puis par son frère Bachar al-Assad, avant qu'il ne remplace son père comme président. Après avoir été commandée par le général Manaf Tlass, le fils de l'ancien ministre de la Défense Mustapha Tlass. Les deux ont fait défection, respectivement en juillet 2011 et 2012; Manaf Tlas a été arrêté dès le mois de mai 2011 après des défections dans son unité. La brigade est ensuite prise en main par Issam Zahreddine, un Druze de la province de Suweyda. En 2011, elle est équipée de véhicules blindés BMP-2 et de chars T-72 AV. Au début de la révolution (et selon les documents fournis par le régime à l'ONU), la 104ème brigade a opéré pour partie à Deraa, dans le sud de la Syrie, où un conscrit de Deir Ezzor (Est) est tué le 25 avril 2011. Un autre est tué le 8 juin à Douma (banlieue de Damas). Un troisième meurt suite à des blessures à Homs en août 2011. Deux autres sont tués à Douma en août. Un sixième est tué à Harasta (banlieue de Damas) en septembre 2011. Deux conscrits sont tués à Douma en octobre.

Un sergent tombe à Harasta en novembre 2011. La Garde républicaine brise les manifestations de mars-mai 2011 dans et autour de la capitale, et opère principalement dans celle-ci. Au moins un témoignage de soldat déserteur précise que la 104ème brigade a battu des manifestants arrêtés, et que le général Zahreddine donnait lui-même les ordres, portant un bâton électrique pour procéder aux tabassages. De petits détachements sont parfois envoyés pour des opérations à l'extérieur de la capitale, comme c'est le cas pour le siège de Homs à partir de février 2012 auquel participe manifestement la 104ème brigade (à hauteur d'un bataillon au moins). Au mois d'août 2012, la 104ème brigade est envoyée en urgence à Alep pour repousser les rebelles qui viennent de s'emparer des quartiers est et menacent les quartiers ouest. Elle parvient à stopper la poussée mais pas à reprendre la totalité de la ville.

Le général Issam Zahreddine, commandant de la 104ème brigade de la Garde républicaine.

En mai 2013, l'aviation israélienne conduit des frappes à Damas, notamment contre des stocks d'armes à destination du Hezbollah, mais vise aussi la base de la 104ème brigade à Qasioun. A l'été 2013, le général Zahreddine remplace le général Mohammad Khaddour comme commandant des forces du régime à Alep. Au moment des attaques chimiques dans l'est de la Ghouta, à Damas, le 21 août 2013, la base de la 104ème brigade sur le mont Qasioun est pointée du doigt comme site de lancement probable des roquettes M14 de 140 mm modifiées qui ont servi à cette attaque. En octobre, la 104ème brigade est mobilisée pour l'offensive du régime pour rouvrir le cordon de ravitaillement en direction d'Alep, mais une partie de l'unité est finalement déroutée vers Deir-Ezzor, menacée par les rebelles syriens, puis par l'EI qui chasse les autres rebelles de la ville, et de la province, en juillet 2014. Zahreddine mène en personne le contingent qui engage des T-72 Ural, des T-72M1, des BMP-1, quelques ZSU-23/4 d'autres unités. La 104ème brigade dipose aussi de deux lanceurs IRAM Falaq-2 et d'armes légères modernes comme des AK-74M et des fusils anti-matériel iraniens AM-50. Elle vient épauler la 137ème brigade de la 17ème division, l'unité locale déjà bien entamée par les combats à Deir Ezzor. A l'automne 2014, la 104ème brigade combat à la fois l'EI dans le centre-ville dans de difficiles combats urbains mais aussi sur l'île Sakr, à l'est de la ville. Elle engage ses T-72, suivis par l'infanterie et épaulés par d'autres T-72 et les ZSU 23/4, pour confiner l'Etat islamique dans une partie de la ville et laisser le combat final à la 137ème brigade, aux Forces nationales de défense, et à au moins une milice qu'elle a formée. La 104ème brigade bénéficie de l'appui aérien du 8th Squadron basé sur l'aéroport militaire et équipé de MiG-21; il peut aussi compter sur le 819th Squadron avec des Su-24M2. Des MiG-23BN, Mi-25 et Mi-8 sont aussi déployés sur l'aéroport militaire.

 L'EI lance une première grande offensive d'envergure en décembre 2014 à Deir Ezzor: les succès initiaux forcent les troupes de la 104ème brigade à se replier sur l'aéroport lui-même pour sécuriser l'installation, et à laisser les Forces nationales de défense et autres combattants à tenir les points les plus exposés sur la ligne de front. L'organisation salafiste emploie de nombreux VBIED, notamment un char T-55 bourré d'explosifs, mais aussi des BMP-1. Il a également fait usage de nombreux drones pour repérer et étudier les positions adverses. Durant cette offensive, Daech exécute par décapitation de nombreux prisonniers, dans un but évident de guerre psychologique et de propagande: en face, la 104ème brigade, et jusqu'au propre fils du général Zahreddine, qui sert comme officier dans l'unité, se font une spécialité de parader avec des têtes de combattants de l'EI décapités, et entassent les corps dans des camions qui font parfois le tour des positions contrôlées par le régime, ou les déversent dans des fosses communes. La bataille de Deir Ezzor est un enjeu symbolique fort, dans les deux camps. En 2014, la 104ème est par ailleurs renommée "aéroportée".

En avril 2015, la 104ème brigade est rappelée à Damas, mais est dépêchée en urgence, de nouveau, à Deir Ezzor, dès le mois suivant, l'Etat islamique ayant profité du départ de l'unité pour lancer une nouvelle offensive sur la poche du régime. On signale aussi la présence de la 104ème brigade (sans doute une partie non engagée à Deir Ezzor) à Wadi Barada (banlieue de Damas) au mois de mai.

En janvier 2016, les djihadistes lancent une nouvelle offensive sur Deir Ezzor qui lui permet de s'emparer des quartiers nord de la ville. La 104ème brigade est obligée de céder du terrain malgré l'appui aérien russe désormais disponible côté régime. En mars 2016, le général Ghassan Taraaf arrive avec une unité spéciale de 100 hommes pour renforcer la 104ème brigade à Deir Ezzor et préparer des opérations offensives. A ce moment-là, une source pro-régime indique que la garnison comprend 4.000 hommes, entre la 104ème brigade et la 137ème brigade.

La 104ème brigade se repose beaucoup sur la puissance de feu des chars, des canons D-30 et M-46, et des avions de l'aéroport militaire pour repousser les assauts successifs de l'EI. En mai 2016, un document montre les noms de 350 soldats de la brigade tués au combat depuis 2013. Un chiffre important quand on sait qu'environ un millier d'hommes de la 104ème brigade aurait combattu à Deir Ezzor (avec probablement des hommes recrutés sur place, comme ceux de la tribu al-Shaytat). Le 1er septembre, la 104ème brigade montre des photos d'un bulldozer blindé de Daech détruit dans les combats de rues. Le 6 septembre 2016, la 104ème brigade fait sauter un réseau de tunnels du groupe salafiste découvert dans la ville de Deir Ezzor. Ce même mois, l'EI relance une offensive pour prendre le terrain au sud de l'aéroport militaire, notamment le mont Tardah qui domine le secteur. Le régime ne parvient qu'à grand peine à repousser l'assaut. Le 12 novembre 2016, la 104ème brigade abat un drone des djihadistes, un quadcopter type Phantom 4, au-dessus de ses positions.

Le 14 janvier 2017, les combattants de Daech lancent une offensive de grande envergure contre les positions du régime à Deir Ezzor. Au bout de trois jours, ils parviennent pour la première fois depuis le début du siège à couper la poche du régime en deux tronçons, isolant l'aéroport militaire des quartiers de la ville et du territoire tenu plus à l'ouest. Le 22 janvier, une centaine de soldats de la 104ème brigade sont déposés par hélicoptère sur la 137ème brigade, après avoir transité par avion via Qamishli. Le lendemain, des hélicoptères Mi-8 et des Il-76 déposent de nouveau, de nuit, des hommes de la 104ème brigade mais aussi de la 1ère division blindée syrienne sur l'aéroport militaire de la ville. Le 15 février, trois hélicoptères russes et syriens parviennent à se poser sur la base de la brigade 137. Le 20 février, les combattants du régime font sauter un tunnel sous les positions de l'EI dans le quartier de Huwayqah.

Un char T-55 du régime ouvre le feu à Deir Ezzor (février 2017).

La 104ème brigade n'a pas de présence "officielle" sur les réseaux sociaux, à travers un compte Twitter ou une page Facebook. En revanche, son chef dispose de sa propre page Facebook, et d'autres pages relaient les exploits de l'unité. Une page est ainsi dédiée à la 104ème brigade. La photo de couverture de la page associe le général Zahreddine au général Hassan, le commandant des Tiger Forces, sur fond de tir de BM-21 Grad. La page du fils du général Zahreddine est également très active.

De nombreuses photos du général Zahreddine, véritable icône des pro-régime syriens, sont mises en avant. Le 16 janvier 2017, en pleine offensive de l'Etat islamique, des photos montrent Zahreddine et ses gardes du corps à côté de cadavres. Le 20 janvier, on voit encore des photos de nombreux cadavres présentés comme ceux des combattants de l'EI.

Lors de leur déploiement à l'automne 2014 sur les lignes de front de Deir Ezzor, les éléments de la 104ème apparaissent comme équipés d'un armement individuel de qualité: celui-ci est même au-dessus des standards de certaines des autres unités d'élite du régime, qu'il s'agisse de la Garde Républicaine, de la 4ème division blindée (commandée par le propre frère de Bachar al-Assad, Maher) ou encore de certains régiments de forces spéciales. Bien que les éternels AK-47, AKM, AKMS, et autres Type-56 semblent alors rester les fusils d'assaut standards, de nombreux soldats de Zahreddine sont équipés d'AK-74M, flambant neufs, pour certains équipés de lance-grenades GP-30. L'AKS-74U est lui semble-t-il réservé aux officiers, et à la garde rapprochée du général druze de la 104ème.

Garde républicain de la 104ème à Deir Ezzor, armé du fusil d'assaut AK-74M. Photo publiée en février 2015.

Des fusils d'assaut HK G3A3 et HK G3A4 sont utilisés pour le tir de précision, ainsi que des FN FAL, le fusil de précision standard aux mains des gardes républicains déployés à Deir Ezzor étant le SVD-S Dragunov, et pour le sniping lourd l'AM-50 Sayyad 2. Quelques OSV-96 sont également utilisés, ainsi qu'à partir du début de l'année 2015, le fusil de sniper Mts-116M.

Ce soldat de la 104ème est armé du fusil SVD-S Dragunov. A noter le patch du Hezbollah, porté sous le patch "Anti-terrorisme" / "Comandox" (sic).

L'armement d'appui est constitué de mitrailleuses légères PKM/PKMS, tandis que quelques lance-grenades automatiques AGS-17 sont également déployés. Différents modèles de RPG équipent la 104ème, dont des antiques RPG-2, le plus classique RPG-7 (y compris le modèle iranien), et le RPG-29. Les lance-missiles antichars utilisés comprennent le Milan franco-allemand, le Metis-M, le Konkurs, et le Fagot.

Si la 104ème est déployée à Deir Ezzor avec a priori un armement léger de qualité, l'armement lourd est constitué uniquement des matériels récupérés sur place. Seuls quelques pick-up, en particulier les Nissan Frontier équipant la Garde Républicaine, ont fait le voyage, armés à la base de mitrailleuses PK. Un armement qui sera complété sur place à l'aide de mitrailleuses DShK, KPV, ZPU et bitubes ZU-23.

Un pick-up Toyota Hilux de la 104ème, armé d'un ZU-23-2, ouvre le feu sur les positions de l'EI, durant les combats dans le secteur du cimetière de Deir ez-Zor. Janvier 2017.

Aux côtés de ces technicals, différents guntrucks sont largement utilisés, sur châssis de camions civils ou militaires. Ces camions sont armés en particulier de ZU-23-2 , de canons de 57 mm AZP S-60, et de canons M1939 de 37 mm, pour la plupart récupérés sur les stocks restant de la 113ème Brigade de Défense aérienne.

Chars et blindés (T-55, BMP-1, AMB-S) intervenant en appui des éléments de la 104ème proviennent pour l'essentiel des éléments rescapés de la 17ème division (93ème et 137ème brigades): une division durement éprouvée par les combats dans la province, et dont certaines unités ont été déployées dans d'autres secteurs de la Syrie. Toutefois, d'autres modèles de chars sont également présents dans la poche de Deir Ezzor: T-55AMV, T-72 et T-72M1, dont quelques-uns sont équipés du système TURMS-T. Si certains sont mis en œuvre par des équipages de la 104ème, il semblerait que d'autres unités de l'armée syrienne fournissent également du personnel, comme par exemple la 91ème brigade de la 1ère Division.

Un char T-55AMV, mis en œuvre par les défenseurs de Deir Ezzor: l'état des briques de blindages réactifs, où de ce qu'il en reste, donne une idée de la dureté des combats. Photo publiée en janvier 2017.

L'artillerie lourde, pour l'essentiel des D-30 de 122 mm et M-46 de 130 mm, provient également des restes de la 17ème division: les servants étant quant à eux parfois des membres de diverses unités de l'armée comme, par exemple le 141ème régiment de la 1ère division. Quelques obusiers automoteurs 2S1 de 122 mm sont alignés par l'armée syrienne et la Garde dans la poche de Deir Ezzor, tandis que des ZSU-23/4 sont utilisés pour les tirs contre des objectifs terrestres. Aux côtés de quelques lanceurs "Volcano", et il est possible que des BM-21 soient toujours à disposition des défenseurs de la poche de Deir Ezzor.

Un obusier D-30 de 122 mm ouvre le feu, à Deir Ezzor, en janvier dernier.

La 104e brigade de la Garde républicaine, troupe d'élite du régime de Damas, est dirigé par Issam Zahreddine, un Druze de la province de Suweyda.


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