Pedro Sanchez, la nouvelle gauche espagnole

Pedro Sanchez, la nouvelle gauche espagnole

Publié le :

Mardi 06 Janvier 2015 - 12:48

Mise à jour :

Mercredi 07 Janvier 2015 - 19:52
Pedro Sanchez a été propulsé à la tête du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) en juillet dernier. Une étape vers la présidence du gouvernement espagnol pour cet ambitieux au physique avantageux, quasi inconnu de la population il y a un peu plus d'un an. Encore jeune en politique, il détaille déjà aux médias espagnols ses solutions pour "remettre l’Espagne en marche".
©Pedro Sanchez/Facebook.
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Astrid Seguin

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Pedro Sanchez, "Pedro el guapo" (le beau Pedro) comme le surnomment les Espagnols, est le nouveau visage du Parti socialiste ouvrier espagnol, le PSOE. Le 13 juillet dernier, ce novice en politique s’est fait élire secrétaire général du parti par les militants à 48,7% des voix, largement devant le favori, le député Eduardo Madina (36,2 %), et l'ex-parlementaire José Antonio Perez Tapias (15,1 %). 

A 42 ans, Pedro Sanchez symbolise le renouveau au sein d’un parti sclérosé par la perte du pouvoir en 2011, après une présidence du gouvernement occupée pendant sept ans par Jose Luis Rodriguez Zapatero, et une sévère défaite aux élections européennes du printemps dernier. Des échecs qui ont conduit à la démission du secrétaire général du parti, Alfredo Perez Rubalcaba, le 26 mai. 

Peu connu des Espagnols il y a encore un an, Pedro Sanchez s’est rapidement approprié au début de l'année 2014 médias et plateaux de télévision. Il faut dire que son allure, entre un Cary Grant, un Matteo Renzi (dont il se revendique) et un Barack Obama espagnol ne déplait pas à la gente féminine. L’homme soigne savamment son image. Dans son clip de campagne, se sont ses proches qui dressaient son portrait –sa femme Begona notamment avec laquelle il a deux filles, Ainhoa, 7 ans, et Carlota, 9 ans. 

Trilingue

Autre atout dans son jeu, l’homme parle couramment l’anglais et le français et maîtrise les réseaux sociaux.

Pedro Sanchez se décrit comme un "militant de base" qui compte bien "remettre l’Espagne en marche". Et pour ce faire, le nouveau leader de l’opposition veut rendre aux classes moyennes et populaires une place centrale. "Ca suffit les complexes", répond-t-il à ceux qui lui serinent que les Espagnols ne croient plus en la politique. L’homme se veut positif, mais pas naïf. "Attention, il ne faut pas tomber dans la complaisance. Nous devons en finir avec l’inertie".

S’il gagne les primaires pour être le candidat du PSOE à la présidence du gouvernement espagnol en 2015 et si le parti remporte les législatives de fin 2015, l’homme a déjà annoncé dans les médias trois mesures qu’il mettra en œuvre en priorité: abrogation de la réforme du travail mise en place par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, abrogation de la loi limitant l’IVG, et mise en place d’un grand pacte social tourné vers le système éducatif.

De nombreuses références économiques émaillent le discours du jeune politicien. Il est titulaire de plusieurs diplômes en économie, notamment d’un master en économie européenne de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et d’une maîtrise en leadership public de l’Instituto de estudios superiores de la empresa (IESE). Pour Pedro Sanchez, le principal problème du pays est l’inégalité entre les citoyens. A cela s’ajoute le fait "qu’aujourd’hui les politiciens sont plus préoccupés par ce qui nous rend différent que par ce qui nous unit".

Lors d’une visite à Paris, il a regretté la fuite des cerveaux et surtout des jeunes Espagnols vers d’autres pays européens pour trouver du travail (25% des Espagnols sont au chômage). En écho aux propos de Manuel Valls, qui affirmait en juin dernier que "la gauche peut mourir", il avait confié au journal El País que la social-démocratie survivrait en conservant ses valeurs et objectifs de toujours, mais en changeant les outils pour mettre en œuvre une nouvelle réalité sociale. "Le socialisme doit récupérer son impulsion de modernisation", a-t-il ajouté.

Les détracteurs du jeune politicien ont déjà aiguisé leurs couteaux. D’aucuns lui reprochent son manque d’expérience. Pedro Sanchez n’a occupé jusqu’ici aucun poste clé dans le PSOE, auquel il a adhéré en 1993. Avant de s’engager en politique, il a travaillé en tant qu’assistant parlementaire au Parlement européen et à l’ONU pendant la guerre du Kosovo (1998-1999). 

En 2004, il entre au conseiller municipal de Madrid à la suite d’une démission. Cinq ans plus tard, en 2009, il entre au Congrès des députés et y reste 3 ans. Il y revient en 2013, après un passage dans le secteur privé en tant que consultant. 

La brûlante question de l’indépendance de la Catalogne sera l’un des sujets sensibles lors de la campagne des législatives de 2015. Pedro Sanchez a d’ores et déjà manifesté son opposition au référendum voulu par les nationalistes au mois de novembre. Il plaide néanmoins pour une révision de la Constitution vers plus de fédéralisme. 

"Une tâche énorme l’attend" à la tête du Parti socialiste espagnol, a déclaré son prédécesseur de 62 ans, Alfredo Perez Rubalcaba. Pas suffisant pour impressionner Pedro Sanchez. Derrière lui lors des meetings, le terme "Cambiando" (changement). 

Peu après son élection à la tête du PSOE, il a eu l’occasion de rencontrer le nouveau roi d’Espagne, Felipe VI, et le président du gouvernement conservateur issu du Parti populaire (PP), Mariano Rajoy. A propos de ce dernier, Pedro Sanchez répète à l’envi qu’il souhaite être celui qui le mettra à la retraite. Déterminé, le jeune loup…

 

 

Pedro Sanchez est surnommé "Pedro el guapo" (le beau Pedro) par les Espagnols.


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