Pologne et UE: du rêve au défi

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Pologne et UE: du rêve au défi

Publié le 21/12/2017 à 16:58 - Mise à jour à 17:00
© JOHN THYS / AFP/Archives
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Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

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Varsovie - La Pologne, pour qui l'adhésion à l'Union européenne en 2004 avait comblé un ancien rêve, adopte désormais une posture de défi à son égard, sous un gouvernement élu par ceux qui refusent que "Bruxelles prenne la place de Moscou".

Comment la Pologne, où 88% des habitants approuvent l'appartenance de leur pays à l'UE, source d'importantes subventions, en est arrivée là ? Des experts offrent une série d'explications historiques, politiques et économiques, tout en soulignant qu'il ne s'agit nullement d'une rupture complète.

L'abcès, vieux de plusieurs mois, a été crevé jeudi.

Réagissant à des réformes judiciaires controversées, la Commission européenne a dégainé contre la Pologne l'article 7 du traité de l'UE, une procédure pouvant aller jusqu'à priver le pays de ses droits de vote dans l'UE.

Quelques heures plus tard, le président Andrzej Duda annonçait qu'il avait décidé de promulguer les deux dernières réformes critiquées par Bruxelles. Ces lois situent le système judiciaire sous le contrôle du pouvoir exécutif et de la majorité parlementaire.

Le gouvernement polonais, tout en répétant - comme la Commission - qu'il est disposé au dialogue, ne compte pas céder d'un pouce. Peut-être parce que la Hongrie a promis de voter contre d'éventuelles sanctions au Conseil européen, ce qui les rendra inapplicables.

Pour le politologue Kazimierz Kik, la Pologne, gouvernée depuis 2015 par les conservateurs populistes de Droit et Justice (PiS) "n'est pas entrée en conflit avec l'Union, mais avec ses élites néo-libérales, démocrates-chrétiennes et social-démocrates, qui sont majoritaires au Parlement européen et à la Commission".

Le conflit avec Bruxelles ne serait qu'un reflet de la politique intérieure, un prolongement du combat contre les libéraux ayant gouverné la Pologne et qui se sont retrouvés à Bruxelles, tels Donald Tusk, président du Conseil européen, ou la commissaire au Marché intérieur Elzbieta Bienkowska, selon l'universitaire qui se définit comme "un homme de gauche favorable au PiS".

 

- Ecarts sociaux -

En cela, le PiS se fait défenseur des intérêts du grand nombre de Polonais qui n'ont pas profité directement de l'intégration européenne, voire se sont appauvris, la stratégie économique néoliberale ayant aggravé les écarts sociaux, affirme le professeur Kik à l'AFP.

Ce phénomène de mécontentement populaire n'est pas uniquement polonais, mais européen voire mondial, dit-il, citant le Brexit et la victoire électorale de Donald Trump.

"En fait, le président français Emmanuel Macron ne voudrait pas que le succès du PiS renforce le Front national de Marine Le Pen, et donc il veut la défaite du PiS pour battre le FN", analyse-t-il.

S'y ajoutent des divergences sur les problèmes de société, comme celui des réfugiés, l'avortement ou la fécondation in vitro, une majorité des Polonais refusant des comportements largement adoptés en Occident et admis par l'UE.

Aux yeux du sociologue de gauche Slawomir Sierakowski, le puissant chef du PiS, Jaroslaw Kaczynski, souvent présenté comme le stratège-décideur des conservateurs, "ne nourrit pas de ressentiment vis à vis de l'Europe, mais il trouve que l'Europe s'est mise en travers de sa vision politique" de l'avenir de la Pologne.

Sierakowski voit la cause profonde du conflit dans la mentalité conservatrice des Polonais catholiques et le manque des traditions démocratiques en Pologne, divisée au XIXe siècle et jusqu'en 1918 entre trois puissances voisines, puis gouvernée d'abord par l'autoritaire maréchal Jozef Pilsudski, ensuite par le parti communiste soumis à Moscou.

"Ce n'était pas un bon cadre pour faire naître une démocratie libérale", souligne-t-il.

Historiquement, les Polonais sont très attachés à l'indépendance nationale, refusant, comme ils disent souvent, que "Bruxelles prenne la place de Moscou".

Interrogé sur le durcissement de Varsovie face à Bruxelles, le président du think tank conservateur Institut de la Liberté, Igor Janke, juge que le PiS était "déterminé à introduire de toute façon ses réformes judiciaires" et qu'en les annonçant "il a montré qu'il voulait clore cette question".

Pour Janke, qui dit s'appuyer sur des sources au sein du parti conservateur, les responsables de ce dernier n'en espèrent pas moins rétablir des relations normales avec la Commission européenne.

Il cite à cet égard une phrase du nouveau Premier ministre PiS Mateusz Morawiecki : "La pièce polonaise du puzzle s'insère dans l'ensemble (européen), mais il ne faut pas l'y mettre à l'envers, ni en forçant, car on abimera non seulement ce fragment, mais toute l'image".

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP


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