Pourquoi chiites et sunnites s'opposent-ils?

Rivaux éternels

Pourquoi chiites et sunnites s'opposent-ils?

Publié le :

Mercredi 06 Janvier 2016 - 17:26

Mise à jour :

Vendredi 08 Janvier 2016 - 15:27
Les deux branches majeures de l'Islam s'affrontent à distance et sur le terrain depuis la mort du prophète Mahomet en 632. Mais d'où vient ce désaccord, voire cette haine?
©Wikimedia Commons

Auteur : SGS

 
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La Moyen-Orient n'a jamais le temps de souffler. Avec la Syrie et l'Irak empoisonnées par Daech, la Turquie qui s'emporte contre les Kurdes, et le conflit israélo-palestinien qui s'éternise, c'est au tour de deux monstres de la région de rompre leurs relations diplomatiques. D'un côté: l'Arabie Saoudite (30 millions d'habitants, 90% de sunnites). De l'autre: l'Iran (80 millions d'habitants, 90% de chiites). 

> Pourquoi cette crise?

Tout a commencé le 3 janvier dernier avec l'exécution de l'imam chiite Nimr al-Nimr, considéré par les Saoudiens comme un "terroriste". Vu de Riyad, Téhéran est responsable des tensions actuelles de la région. Vu de Téhéran, Riyad aurait intentionnellement baissé le prix du pétrole, tout en gardant un niveau de production très élevé. L'Iran, elle aussi, accuse l'Arabie Saoudite de chercher à aggraver les tensions. La mèche n'a cependant pas été allumée hier, mais il y a près de 14 siècles...

On est en 632. Le prophète Mahomet décède. La question de sa succession s'impose, l'Islam se coupe en deux. Au nom des liens du sang, les futurs chiites désignent comme successeur Ali, gendre et fils spirituel de Mahomet. Au nom du retour aux traditions tribales, les futurs sunnites élisent Abou Bakr, homme ordinaire et compagnon de Mahomet. La majorité des musulmans se tournent vers Abou Bakr, qui devient le premier calife de l'Islam. Les deux branches de l'islam s'affronteront dans une guerre de succession aussi bien politique que religieuse jusqu'à la bataille de Kerbala en 680 où les partisans des successeurs d'Abou Bakr l'emportent sur les partisans du fils d'Ali. Cet l'évènement fondateur du chiisme. Aujourd'hui, 85% des musulmans sur Terre sont sunnites. Seuls quatre pays sont à majorité chiite: l'Irak, l'Iran, l'Azerbaïdjan et Bahreïn.

> Qu'est-ce qui les différencie?

Les chiites voient le Coran comme une œuvre humaine et un guide indispensable pour sa communauté. Ils reconnaissent douze imams infaillibles au regard du Coran, et croient que le douzième reviendra pour juger les hommes avant la fin du monde. Pour les sunnites, le Coran est une œuvre divine. L'imam est un pasteur élu par les hommes, il sert de lien entre le croyant et Allah. De plus, le chiisme opte pour un clergé très hiérarchisé et ne mélange pas l'autorité politique et religieuse. Les sunnites, eux, acceptent la fusion du pouvoir spirituel et temporel (comme au Maroc, où le roi est commandeur des croyants).

> Pourquoi s'entretuent-ils aujourd'hui?

Selon le journaliste du Monde, Christophe Ayad, la raison s'avère plus politique que religieuse. Dans les années 70-80, le rapprochement des Etats-Unis avec les dirigeants sunnites a mis de l'huile sur le feu. Pour les chiites, emmenés par l'Iran de l'ayatollah Khomeini suite à la Révolution islamique de 1979, leurs voisins sont corrompus et vendus au "Grand Satan" américain. Se forment alors deux blocs qui ne respectent pas forcément les deux branches de l'Islam, puisque l'Iran est allié avec le Hamas palestinien, pourtant sunnite. L'intervention américaine en Irak, en 2003, a renversé les sunnites alors au pouvoir sous Saddam Hussein. C'est sur ce terreau fertile de l'opposition entre chiites et sunnites irakien que naîtra l'embryon de ce qui allait devenir l'organisation djihadiste sunnite Etat islamique (Daech).

De nouvelles pièces sont ajoutées au puzzle déjà très complexe du Proche-Orient. Qui est avec qui? L'Iran soutient Bachar al-Assad en Syrie, et peut compter sur la Russie. L'Arabie Saoudite, elle, compte toujours sur ses alliés sunnites (Qatar, Turquie…) et sur l'Occident, tout en affirmant son opposition à Daech. Un énième duel entre chiites et sunnites est lancé. 

 

 

Auteur : SGS

 
L'esplanade des Mosquées, à Jérusalem, troisième lieu saint de l'islam.

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