Référendum au Kurdistan: les pays frontaliers haussent le ton contre le gouvernement de Barzani

Référendum au Kurdistan: les pays frontaliers haussent le ton contre le gouvernement de Barzani

Publié le 25/09/2017 à 16:53 - Mise à jour à 17:20
© SAFIN HAMED / AFP
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Auteur(s): MM

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Près de 5 millions de Kurdes vivant au Kurdistan irakien doivent se prononcer, ce lundi sur leur indépendance vis-à-vis de l'Irak. Bagdad s’y oppose et appelle à des représailles contre le gouvernement de Massoud Barzani. Un appel entendu par les pays voisins de l'Irak.

Alors que les habitants du Kurdistan irakien sont appelés aux urnes ce lundi 25 pour un référendum qui doit ouvrir la voie à un Etat indépendant kurde au nord de l'Irak, les pays frontaliers de la région haussent le ton face à cette initiative du gouvernement de Massoud Barzani.

Même si ce dernier a déjà prévenu que le vote n'entraînerait pas l'annonce immédiate de l'indépendance, "après le référendum, nous nous tenons prêts à commencer un long processus de dialogue avec Bagdad" assure-t-il, l'initiative n'est pas du tout du goût des voisins de la province autonome. Comme mesure de rétorsion, Bagdad a par ailleurs demandé à tous les pays qui échangent avec le Kurdistan de cesser toute transaction pétrolière.

Au premier desquels la Turquie qui voit d'un très mauvais œil la possible création d'un Etat kurde en Irak qui renforcerait les velléités séparatistes de sa propre minorité kurde dans le sud-est du pays, théâtre de violents affrontements entre les séparatistes du PKK (Parti des Travailleurs du Kiurdistan) et l'armée d'Ankara depuis les années 80.

Recep Tayyip Erdogan a d'ors et déjà menacé de stopper toute exportation de pétrole kurde irakien par son pays. "Voyons par quels canaux et où le (Kurdistan irakien) vendra son pétrole. Les vannes sont chez nous. Une fois que nous fermons les vannes, ce travail est terminé", a-t-il menacé, créant ainsi une insécurité économique pour un Kurdistan indépendant dont le pétrole représente la majorité des revenus. La frontière entre le Kurdistan et la Turquie a également été fermée par les autorités turques alors que le gouvernement d'Erdgan se réserve le droit de mener des actions militaires ciblés dans la région autonome "contre des éléments terroristes". 

De son côté, l'Iran, qui soutient le régime chiite irakien a également pris des mesures contre le Kurdistan, suspendant toutes ses liaisons aériennes entre le pays et la région autonome. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a d'ailleurs qualifié "d'illégal et illégitime le référendum", soulignant que "l'Iran est attaché à l'intégrité territoriale, la souveraineté nationale et l'évolution démocratique de l'Irak et toute action contraire à ces principes (...) pourrait nuire à tous, en particulier aux Kurdes".

Du côté des chancelleries occidentales, on a également accueilli la nouvelle du référendum kurde avec une certaine fraîcheur. Washington a ainsi menacé de cesser tout soutien politique et militaire en cas de proclamation d'indépendance, tandis que Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a dénoncé "une initiative inopportune". 

Le gouvernement irakien, vent debout, contre l'initiative de Barzani pourrait également envisager le recours à la force contre les séparatistes kurdes, même si la situation militaire de l'armée irakienne ne semble pas aller dans le sens de cette possibilité. En effet, les violents combats pour reprendre Mossoul et Tal Afar à l'Etat islamique, ont mis à mal les forces d'élites de l'armée irakienne qui doit encore lutter contre les djihadistes dans la province d'al-Anbar et autour de la poche d'Hawija.

Quoiqu'il en soit les peshmergas, force de sécurité du Kurdistan, ont fait savoir qu'ils s'attendaient à une action militaire irakienne en cas de victoire du "oui" au référendum et affirment se tenir près à repousser l'armée irakienne qui pourrait être appuyée par les milices chiites de la mobilisation populaire. Des troupes irakiennes ont d'ailleurs été déployées aux frontières du Kurdistan sur injonction du Parlement.

Au total, 12.072 bureaux de vote ont été installés dans la région autonome du Kurdistan et dans les zones disputées. Ainsi, dans la riche province pétrolière de Kirkouk que Barzani souhaite rattacher au Kurdistan irakien, les peshmergas kurdes avaient profité du retrait des forces irakiennes de la ville face aux djihadistes de l'Etat islamique en 2014 pour occuper la ville et prendre le contrôle notamment des raffineries.

Reste que le résultat du vote ne fait aucun doute: les Kurdes, partagés entre l'Irak, la Syrie, l'Iran et la Turquie, n'ont jamais accepté le traité de Lausanne de 1923 les privant d'un État indépendant sur les dépouilles de l'empire ottoman.

Auteur(s): MM


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Les pays voisins du Kurdistan voient d'un mauvais œil la possibilité d'un Etat kurde indépendant.

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