
Christiane Taubira : « La décision de Sarkozy ne rattrape pas le discours de Dakar »
Maud Guillaumin, (propos recueilli par), le lundi 12 mai 2008 à 04:00
FRANCESOIR. Pour vous, la décision de Nicolas Sarkozy sur l’esclavage va dans le bon sens. Cela rattrape-t-il son discours prononcé à Dakar et dénoncé par les intellectuels africains ?
CHRISTIANE TAUBIRA. Non, pour cela, il faudrait un autre discours. Mais je suis satisfaite que le président de la République dise que c’est l’histoire de la France et qu’il faut l’assumer comme telle, qu’il y a aujourd’hui encore des répercussions sociales, et que la lucidité, le respect de cette histoire vont aider à dénouer des tensions dans la société.
Certaines associations noires vont plus loin et dénoncent la persistance de préjugés et de discriminations. Pensez-vous que c’est mélanger les problèmes ?
Absolument pas. Lorsque Nicolas Sarkozy parle de répercussions sociales, il évoque les discriminations mais il ne le pas dit clairement et c’est dommage. Le fait que 3.000 entreprises aient signé la charte de la diversité prouvent qu’elles reconnaissent pratiquer des discriminations à l’embauche. Il faut donc casser les mécanismes de préjugés, toutes les représentations dévalorisantes construites lorsqu’il fallait justifier l’esclavage. Ce sont des réflexes de défiance dont les gens sont encore imprégnés et qu’il faut combattre grâce aux politiques publiques.
Nicolas Sarkozy a annoncé samedi que l’histoire de l’esclavage serait enseignée à l’école à la rentrée. C’était pourtant déjà le cas…
J’aime bien dire du mal du Président… mais j’admets qu’en l’occurrence il n’a pas tort. Le président de la République promet enfin d’appliquer l’article 2 de la loi de 2001.Les éditeurs de manuels scolaires ont mis cinq ans pour certains à intégrer l’enseignement de l’esclavage dans les ouvrages. Il y a eu un temps de latance et d’inertie : il y a donc la loi et les faits. Cette fois, Sarkozy a engagé le sommet de l’Etat à faire appliquer cette loi.
Vous critiquez souvent Nicolas Sarkozy et pourtant vous avez accepté une mission pour lui. N’est-ce pas paradoxal ?
Faux ! Ce n’est pas pour lui. Il s’agit d’un rapport pour la présidence française de l’Union européenne. C’est un sujet européen et non français. Il faut réfléchir aux moyens de faire des accords de partenariat économique (APE) entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Or ces 77 pays ont des situations très différentes et beaucoup ont rejeté ces APE nuisant, selon eux, à leurs économies fragiles. Le but est donc de dissiper les malentendus. En jeu, ce sont en effet des émeutes de la faim qui, faute d’accords justes, pourraient se multiplier par milliers.
Le week-end prochain votre parti, le PRG, tient son congrès. Son président Jean-Michel Baylet est candidat à sa propre succession.
Il sera encore candidat dans 250 ans ! L’unique programme de ce parti, c’est le renouvellement de son président, et pourtant il y a une base très dynamique sur le terrain urbain. S’il ne pensait pas uniquement aux alliances, le PRG pourrait être un grand parti.
Edition France Soir du lundi 12 mai 2008 n°19794 page 4


4 commentaires












4 commentaires
Vos commentaires
Les commentaires sur cet article sont maintenant fermés.