Politiques

Elections - Les machines à voter moins fiables que le papier

Aurore Merchin, le mercredi 9 juillet 2008 à 04:00

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Manque de transparence, erreurs entre nombre de votes et d’émargements, sécurité et confidentialité mises en question, les ordinateurs menacent-ils la démocratie ?

Perte de convivialité, de solennité, risques de fraudes ou au contraire progrès technologique susceptible de ramener les citoyens aux urnes ? Face à la polémique sur l’utilisation d’ordinateurs de vote, Chantal Enguehard, enseignante et chercheuse en informatique du CNRS à Nantes, a voulu déterminer si ces machines modifiaient le fonctionnement des bureaux de vote. « Quand on met en place quelque chose, il faut pouvoir l’évaluer », explique l’universitaire qui présentait hier les conclusions de son étude, or « aucune étude objective n’avait été réalisée à partir des chiffres officiels relevés sur les procès-verbaux des bureaux de vote ». On se pince encore un peu plus fort à la lecture de ses résultats.

Un taux d’erreurs cinq fois supérieur

« C’est un lieu commun de dire qu’il faut développer la I-démocratie », annonçait en 2003 Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, en arrêtant le règlement technique des machines à voter. A la pointe des évolutions numériques, la ville d’Issy-les-Moulineaux est une des premières à abandonner ses traditionnelles urnes transparentes à papier pour adopter le système. Pour la présidentielle de 2007, ce sont 82 communes et 1,5 million d’électeurs qui appuieront sur un bouton au lieu de glisser un bulletin papier. « Le dispositif est surtout critiqué par les informaticiens qui mettent en avant le fait que le risque zéro n’existe pas. Mais le système traditionnel ne garantit pas un meilleur déroulement du vote que ces machines », souligne alors Eric Legale, responsable du dispositif à Issy. Faux, vient de démontrer Chantal Enguehard : « Globalement, sur les quatre tours d’élections (de la présidentielle 2007), les nombres de votes et d’émargements sont différents dans 29,8 % des bureaux de vote procédant au vote électronique. C’est le cas de 5,3 % des bureaux de vote utilisant le vote à l’urne. » Des écarts qui, au regard des procès-verbaux de bureaux de vote consultés (de nombreuses villes, comme Reims, ne les ont pas transmis à la chercheuse), seraient moins imputables à la réticence des électeurs qu’à la gêne de fonctionnement des organisateurs…

Laissez passer les petits papiers…

Le taux d’erreur, de l’ordre du millième, ne serait pas de nature à faire basculer le résultat d’une élection. Mais aux dernières cantonales, le candidat des Verts à Boulogne-Billancourt, Sébastien Scognamiglio, s’est vu refuser l’accès au second tour alors qu’il avait rassemblé 1.765 voix sur les 17.656 électeurs, soit 10 % des voix nécessaires. Mais le logiciel de la préfecture ne prenant pas en compte plus de trois chiffres après la virgule, il lui fallait rassembler 1.765,6 voix. Ce 0,6 % d’électeur devait se cacher dans les limbes de la marge d’erreur entre votes et émargements. A la présidentielle, Jean-Marie Le Pen avait recueilli 10,44 % des voix au premier tour. Ce score tombe à 8,83 % pour les seules villes ayant eu recours aux machines à voter. Ses électeurs auraient-ils craint plus que les autres un défaut de confidentialité ? Car celui-ci existe. Des chercheurs de Princeton aux Etats-Unis ou des hackers hollandais ont ainsi démontré la possibilité de pirater les machines pour en truquer le résultat ou violer le secret du vote. Après les avoir utilisées pendant quinze ans, les Pays-Bas ont donc décidé cette année de renoncer à leurs machines pour revenir au « tout papier ». Les modèles hollandais de machines restent les plus utilisés en France (80 %)…




Edition France Soir du mercredi 9 juillet 2008 n°19844 page 5

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2 commentaires

Vos commentaires

Isséen, le jeudi 10 juillet 2008 à 18:47
Les Pays Bas viennent de renoncer

Après des années d'utilisation intensive, les Pays Bas viennent d'annoncer le retour au vote papier. Et ce après un audit approndi, dont les résultats sont sans appel pour les ordinateurs de vote : non fiables et couteux. Il faut rappeler que le constructeur batave fournit l'essentiel des communes françaises équipées. Mais en France tout va bien, les "anti" seraient des retrogrades. Concernant l'argument des économies financières, curieusement aucune commune ne donne de chiffres bien que, comme à Issy, on annonce en fanfare que c'est rentable. Il suffit d'aligner quelques chiffres pour voir que c'est aussi un gouffre pour les finances publiques. Alors pourquoi cette acharnement à vouloir imposer un système couteux et opaque en remplacement d'un système transparent et moins couteux .
Isséen, le vendredi 11 juillet 2008 à 19:23
Les Pays-Bas renoncent :
Après des années d'utilisation intensive, les Pays-Bas viennent d'annoncer le retour au vote papier. Et ce après un audit approfondi, dont les résultats sont sans appel pour les ordinateurs de vote : non fiables et coûteux. Il faut rappeler que le constructeur batave fournit l'essentiel des communes françaises équipées. Mais en France tout va bien, les "anti" seraient des rétrogrades. Concernant l'argument des économies financières, curieusement aucune commune ne donne de chiffres bien que, comme à Issy, on annonce en fanfare que c'est rentable. Il suffit d'aligner quelques chiffres pour voir que c'est aussi un gouffre pour les finances publiques. Alors pourquoi cette acharnement à vouloir imposer un système coûteux et opaque en remplacement d'un système transparent et moins coûteux ?

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